Bouquin #76 : Pays de neige, de Yasunari Kawabata

[Pays de neige – Yasunari Kawabata – 1935/1948]

Je n’ai rien compris.

Je n’ai vraiment, absolument rien compris.

Qu’il s’agisse, d’ailleurs, du fond comme de la forme : la narration m’est apparue aussi opaque que la structure même de ce roman, que j’espérais contemplatif, très poussé sur l’esthétique, et qui, en vérité, m’a semblé construit sur de multiples défauts.

L’on m’a notifié, sur Twitter, que je lisais « au kilomètre » et qu’en conséquence, je ne pouvais comprendre que le plus facile de la littérature. La remarque m’a fait sourire – m’a piquée également – mais elle comporte tout de même une part de vérité : certes, je ne lis pas avec un esprit marathonien – que cela soit clair – mais en ce qui concerne la littérature japonaise, très éloignée de la culture occidentale, beaucoup d’œuvres restent inaccessibles à mon instinct de débutante. Je suppose que ce premier roman de Kawabata (l’auteur a obtenu le Nobel en 1968) en fait partie, et je le classe d’ores et déjà sur la liste des textes à relire lorsque j’aurais approfondi mes connaissances sur le pays du Soleil levant.

76 Pays de neige

Je vais tenter ici de résumer une histoire à laquelle je suis restée entièrement hermétique : il est question, il me semble, d’une histoire d’amour ébauchée par un tokyoïte en retraite régulière dans un petit village de montagne. Shimamura – tel est son nom – s’éprend peu à peu d’une geisha, Komako. A cela s’ajoute la présence d’une autre tentation, en la personne de Yoko, jeune femme dont on ne sait vraiment quel est son rôle, son passé, ses aspirations. Kawabata maintient un flou de rigueur ; ce qui, en temps normal, ne m’aurait pas dérangée si les moments de grâce de l’amour naissant ne se voyaient pas annulés par un style pesant, des dialogues inutiles et une traduction à mes yeux très mauvaise.

Que je m’explique : le récit entier semble construit sur l’ellipse, mais déborde de dialogues bavards, creux, à n’en plus finir, qui saccagent brillamment le moment contemplatif ébauché quelques lignes plus haut. J’aurais imaginé une retraite silencieuse, un amour de regards, de doutes : au contraire, je me retrouve avec un texte disert, fourmillant jusqu’à l’étourdissement. L’écriture, de même, ne m’a pas convaincue – bien que la faiblesse, je pense, réside dans une traduction bâclée : utiliser « par contre » à toutes les sauces, c’est franchement moche, et ça ne passe pas.

Je reste néanmoins convaincue que Pays de neige, en soi, conserve un fort potentiel – on y lit notamment de magnifiques descriptions sur les paysages enneigés et la glaciale beauté de la geisha. Néanmoins, cela reste un texte à ne pas mettre entre toutes les mains : sa construction en non-dits et ses personnages torturés – Komako, une vraie drama-queen – plairont surement beaucoup aux vrais amateurs de littérature japonaise, mais rebutera très certainement ceux qui, comme moi, n’y connaissent rien.

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19 réflexions sur “Bouquin #76 : Pays de neige, de Yasunari Kawabata

  1. Ah, c’est dommage ! Je déteste passé à côté d’un livre, ça me met systématiquement en colère. Néanmoins, Pays de neige est un roman très complexe, sur lequel Kawabata a apporté, à maintes reprises, diverses corrections et ce, pendant 12 ans ! Pour découvrir cet auteur, je te conseillerais La Danseuse d’Izu, un recueil de nouvelles très belles, assez contemplatives ; elles m’ont fait l’effet d’une papillon : élégantes, raffinées, mélancoliques, mais aussi éphémères… je n’en garde pas un souvenir tenace… Pour appréhender la littérature japonaise, je te conseillerais plutôt (simplement parce que j’ai préféré) de lire du Mishima, notamment les terribles nouvelles de La Mort en été : bouleversantes, violentes, perverses, cruelles, crues et infiniment modernes.
    Car finalement, tout n’est qu’une question de goût, et on a le droit de ne pas aimer un Prix Nobel, même si on est passionnée de littérature ; on a aussi le droit de ne pas comprendre un livre sans craindre la condescendance des autres…

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    1. Ça me met en colère également, contre moi même surtout, qui n’ai pas su saisir l’intérêt du texte. J’ai vu en effet dans la préface que Pays de neige était le produit de longues années de travail, bien que pour ma part, j’ai plutôt ressenti les multiples corrections comme un moyen d’alourdir le récit déjà très confus…
      On m’a en effet beaucoup conseillé Mishima, je pense m’y atteler bientôt (j’ai un recueil de nouvelles, Dojoji, dans ma bibliothèque) et j’espère que cette fois ci, j’en sortirai enchantée !
      Et oui, merci beaucoup de le rappeler car cela ne semble pas à la portée de tout le monde (je m’en culpabilise d’ailleurs souvent) : on a tout à fait le droit de ne pas accrocher aux plus grands des écrivains ! 🙂

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  2. C’est très agaçant de passer à côté d’un roman dont on sent qu’il a un fort potentiel… De cet auteur, j’ai lu Les Belles Endormies, qui -si je me souviens bien- doit être plus « simple » pour commencer la littérature japonaise…

    Quand au très gentil commentaire sur Twitter, je trouve cela assez fou…parce que bon, entre Duras, Claudel ou Saint-Exupéry, je me demande où est la littérature « facile »…

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  3. Je trouve ta réaction très intelligente de te dire que tu relira ce texte un jour, c’est beau de laisser un chance à un autre moment… Je trouve juste dommage que les gens ce permettent de critiquer, nous lisons ce que nous voulons, la littérature est tellement riche que l’on peut passer de tout à son contraire, aimer, ne pas aimer, comprendre et ne pas comprendre…

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  4. C’est ta première lecture de Kawabata ? J’ai eu de bons échos par ailleurs de Pays de neige. Si tu as envie de retenter Kawabata à l’occasion, j’ai bien aimé Les belles endormies. L’ambiance du roman est très très particulière et déstabilisante, quasi hypnotique en un mot. C’est un roman qui vaut le coup d’être découvert je pense.
    Mon billet est ici mais il n’est pas très développé, avec du recul je me rend compte que je n’ai pas su formuler mes impressions : https://synchroniciteetserendipite.wordpress.com/2015/06/13/les-belles-endormies-yasunari-kawabata/

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  5. Certains livres/films japonais sont assez difficile d’accès même quand on connaît un peu la culture. Je me souviens particulièrement d’un film que j’ai vu dont la fin m’a laissé complètement perplexe et frustrée car je sentais que le message passé était hyper important mais impossible d’en comprendre le sens. Concernant la littérature japonaise, j’en lis assez régulièrement et j’ai déjà lu du Kawabata même si celui-ci n’en fait pas partie. Je ne pense pas que la lecture au kilomètre (que ce soit vrai ou faux pour n’importe qui) empêche la compréhension d’un texte (ça enlève peut-être un peu de saveur mais pas plus). Donc je te rejoins sur l’appréhension d’un peu de culture japonaise, mais si tu ne comprends toujours pas après, je pense qu’il ne faut pas trop s’inquiéter : cette civilisation est totalement différente de la nôtre que ce soit dans les mentalités ou les symboles et à part un grand expert ou un expat de longue date, je doute qu’un occidental même averti puisse saisir la totalité des sens donné à un texte japonais.
    Si je peux te conseiller un auteur beaucoup plus accessible par les occidentaux : Murakami. Le premier livre que j’ai lu de lui (La course au mouton sauvage) m’avait énormément plu!

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    1. Je connais bien Murakami (et j’adore !), très accessible en effet, d’où son succès. C’est vrai que l’écart entre les cultures et les civilisations rend la littérature japonaise très opaque pour le lecteur occidental, et c’est plutôt frustrant. La traduction aussi peut jouer (celle que j’ai lue m’a parue assez moche).

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      1. Oui c’est vrai que pour des littératures étrangères de ce genre, il vaut mieux trouver une bonne traduction… En général, je suis plutôt satisfaite des éditions Piquier… c’était quelle édition ?

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      2. Biblio poche.
        J’ai trouvé ce matin même un exemplaire de la danseuse d’Izu, de Kawabata également, mais dont le traducteur différait : j’ai eu l’impression de lire un tout autre écrivain tellement le style différait, en bien plus beau. Donc je pense simplement être tombée sur une mauvaise traduction de Pays de neige (peut être n’y en a t’il qu’une), ce qui a vraiment freiné le plaisir de la lecture.

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  6. Cette remarque sur Twitter comme quoi tu lis au kilomètre est complètement injustifiée : les billets que j’ai pu lire sur ton blog m’ont toujours beaucoup intéressée et j’apprécie tes qualités de lectrice (la preuve avec cette très belle chronique sur Robert Antelme, ou celles sur Marguerite Duras). Et puis quoi, on a le droit de ne pas être admiratif (ve) quand on lit un classique ! (surtout quand c’est traduit).
    Je n’ai pas lu Kawabata mais « La mort en été » de Mishima, un recueil de nouvelles dont certaines sont reprises dans le recueil folio « Dojoji » dont tu parles : cela m’a beaucoup plu.
    Il y a aussi « Le fusil de chasse » d’Inoué, un autre classique, que j’ai aimé lire.
    A bientôt !

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