Bouquin #181 : La vraie vie, d’Adeline Dieudonné (#RL2018)

[La vraie vie – Adeline Dieudonné – 2018]

Effectivement, c’est un bon premier roman. Entamé par le hasard d’une calme après-midi à la librairie et dévoré dans la foulée avec un appétit bienvenu, presque libérateur, au terme de quelques semaines de « panne de lecture » (une grande première pour moi, lignes vides de sens, esprit sec comme du bois mort, franchement rien d’agréable). Ça se lit tout seul : un ton vif, une narration prenante, et toujours ce petit plaisir coupable à tourner les pages comme on s’empiffre, histoire de savoir jusqu’où ira le vice…

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Bouquin #180 : Le cœur converti, de Stefan Hertmans (#RL2018)

[Le cœur converti – Stefan Hertmans – 2016, VF 2018]

Enfin, ranger laine et aiguilles et voler quelque temps à mes travaux d’hiver pour te parler littérature. Grande et belle littérature, si tant est que ces deux cousins poncifs, et mochement sectaires soient à la hauteur du bouquin dont je m’apprête à faire l’éloge, mais pour lequel, une fois encore, je ne trouve que des mots banals – stupéfaction qui me saisit au devant de ce Cœur converti, autour duquel je tourne, bouche bée, depuis trois semaines, mâchant et remâchant mes phrases abruties et vaines. Donc je vais te dire, en premier, ceci : c’était GÉNIAL. C’était PRÉCIEUX. Et je vais tenter de t’expliquer pourquoi…

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Bouquin #179 : Frankie Addams, de Carson McCullers

[Frankie Addams – Carson McCullers – 1946]

Congés il y a peu, et ce féroce besoin d’échapper à la nouveauté-nouvelle. Je choisis au pifomètre Carson McCullers parce que je n’ai jamais rien lu d’elle et pour le poids plume de Frankie Addams dans mes bagages. Aussi parce qu’il y est question d’adolescence, et qu’une fois de plus je reviens aux racines comme on part en pèlerinage, c’est quelque chose de sacré et d’amer auquel j’accorde beaucoup trop d’importance, une solennité un peu mièvre. Bref, Frankie. Camarade d’une semaine mélancolique et de jours déclinants, certitude d’un temps regretté, le monde autour de moi me semble bleu-gris, j’entends son souffle lent et je n’y vois qu’une immense peine, seigneur, je déteste l’automne. Il n’y a pas de hasard à cette lecture étouffante : peut-être d’ailleurs le texte façonne-t-il un peu mon humeur, je ne saurais placer la limite entre mes tourments saisonniers et les infortunes de ma Frankie. Ma Frankie chevillée au corps, roman dans lequel je m’englue, j’avance à pas de fourmi, c’est un délice et une petite souffrance. Et me voici, encore, à faire de cet espace un déversoir de l’intime, à la faveur d’un bouquin qui absorbe et magnifie mes peurs, et face auquel je me répète : je suis bien trop sensible et bien trop égocentrique. (Surtout égocentrique.) Ah, Frankie…

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Bouquin #178 : La somme de nos folies, de Shih-Li Kow (#RL2018)

[La somme de nos folies – Shih-Li Kow – 2014, VF 2018]

Tout le monde aime l’automne. Ses camaïeux d’orange et de pourpre, l’odeur suave des feuilles mortes et celle, piquante, du froid matinal, tout le monde aime l’automne et ses promesses de gros pulls et de thé chaud, tout le monde aime l’automne – je ne comprends pas du tout cet engouement. Aucun plaisir à couvrir de nouveau mon cou, à frissonner au réveil, aucun plaisir à abandonner les terrasses estivales et les glaces dominicales, à sentir le monde s’effondrer un peu et la mélancolie m’envahir – vraiment, aficionados de l’automne, que trouvez-vous à cette saison âcre et vermeille ? Oh, les paysages, peut-être, ou le bonheur de retrouver pelotes et aiguilles, de manger des noix fraîches et d’allumer les premières flambées. Mais à part ça…

Bref, une fois installée dans cet automne que je redoute et qui parfois me terrifie, peut-être m’y sentirai-je bien, par la force des choses, mais en attendant, j’ai besoin de choses douces et bienveillantes, du réconfort à ces jours moribonds. Au pifomètre, La somme de nos folies, livre élu pour son titre et sa couv’, promesse potentielle d’un bon remontage de moral et d’un voyage en dehors de mes angoisses cycliques et saisonnières…

Et ma foi, ça n’a pas trop mal marché. 

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Bouquin #177 : Ásta, de Jón Kalman Stefansson (#RL2018)

[Ásta – Jón Kalman Stefansson – 2017, trad. par Eric Boury : 2018]

Ne pas avoir aimé Ásta, comment est-ce possible ? Ne devrais-je d’ailleurs pas me taire, quand je lis partout, j’entends partout cette gloire à la plume splendide de Jón Kalman Stefansson, quand je vois partout les mêmes yeux devenir brillants et le même sourire béat éclore à l’évocation de son nom ? Pour la première fois dans la toute petite histoire de ce blog, et bien étrangement, il me coûte de rédiger ce billet à contresens de l’élégie universelle. Mais il faut bien le dire : Stefansson m’a ennuyée. Stefansson m’a agacée. Stefansson m’a coûté quelques soupirs et une paire de rames pour affronter ses pages…

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Bouquin #176 : Terres fauves, de Patrice Gain (#RL2018)

[Terres fauves – Patrice Gain – 2018]

Ô bien aimés romans sur la nature et les hommes, leur fougue commune et leurs crocs féroces ! C’est un topos mille fois modelé et sans doute celui qui, en littérature, me séduit le plus : grand air et âmes rugueuses, fenêtre ouverte sur une brutalité entière et tellement limpide que j’en envie les contours, moi, jeune femme nourrie au tout-confort d’un monde occidental pré-apocalyptique. Mais le nature-writing n’est-il pas, au fond et peut-être avant tout, un baume à nos peurs connectées et urbaines, l’espoir imprimé d’un ailleurs à notre siècle ?

Bref, Terres fauves. Que j’aurais pu lire rien qu’à son titre, si en plus de cette prometteuse accroche mon génial collègue (toujours lui, pour les habitués du coin) ne m’en avait vanté la rudesse et le rythme. C’est l’histoire d’un gars qui s’en prend plein la poire du début à la fin, et ça file en cavalcade, sans un souffle.

Accroche-toi, c’est parti.

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Bouquin #175 : La vérité sort de la bouche du cheval, de Meryem Alaoui (#RL2018)

[La vérité sort de la bouche du cheval – Meryem Alaoui – 2018]

De temps en temps, explorer la sororité. Prendre pour nourriture des voix de femmes qui parlent de femmes et trouver en elle des réponses à mon propre genre. Jalouser le cercle, le secret et le vase clos, bouffer des livres comme du médicament, en rattrapage et sans méthode. Je ne sais pas vraiment ce que j’attendais de la lecture de La vérité […], sans doute cette intimité mystique qui me passionne et me sidère, les mots d’une (grande) sœur sur notre féminin multiple. Il faudrait pourtant que j’arrête de chercher en tout texte le remède ou l’éclairage, que j’arrête, bon sang, une fois pour toutes, de lire à la lumière exclusive de mes marottes et de me vautrer dans un essentialisme méprisant et trop facile. Mais c’est ainsi, c’est ainsi en ce moment du moins, car même pour de grandes et belles entreprises je reste volage et je m’y prends mal : voilà, la femme me fascine, la femme m’attire, la femme en moi se questionne et décide de lire du féminin mal barré pour y déceler le lien, un semblant de communauté et de corps partagés. Chez les putes cette fois-ci, et y ai-je trouvé ma came ? Pas sûre. Mais c’était une belle histoire, et cela m’a suffi.

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