Bouquin #167 : Le bleu du lac, de Jean Mattern

[Le bleu du lac – Jean Mattern – 2018]

Entre mon père et mon mec, il y a un autre homme qui compte dans ma vie. C’est un appui et un complice, un brave type dont j’ai investi pas à pas le territoire et qui m’y a offert une juste place ainsi que quelques clés pour aborder un monde commun. Je ne t’en parle jamais ici, je me méfie des hommages et des déclarations, mais cette fois-ci plutôt qu’une autre la référence s’impose, peut-être parce qu’il sera question dans ce billet d’amour et de sensibilité et que ce sont des mots qui à mes yeux lui collent au corps, que ce texte, en vérité, ne pouvait m’être fourni par d’autres mains. Ce gars-là, donc, est à la fois collègue, ami et un peu mentor, je déteste ce terme, tu comprends l’idée. Il m’a filé ce bouquin comme plusieurs autres trésors dont je t’ai déjà parlé ici, , , et , et je te dis tout cela aujourd’hui, c’est ainsi, peut-être parce que j’ai le besoin d’afficher un bonheur, celui d’avoir trouvé un partenaire de jeu auprès de qui travailler la matière et le sens. Décidément (mais tu commences à en avoir l’habitude), je ne peux te parler d’un livre sans y mêler le sel de mon quotidien, tout comme je ne peux lire innocemment et à l’œillère, en occultant mes sources et mes gratitudes.

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Bouquin #166 : Bad News, d’Anjan Sundaram

[Bad News, derniers journalistes sous une dictature – Anjan Sundaram – 2016 ; 2018 en France chez Marchialy]

Grand retour d’Anjan Sundaram chez Marchialy : en voici un que j’ai attendu avec impatience, tant Kinshasa jusqu’au cou m’avait marquée, l’an dernier. A l’est d’une frontière, et avec plus de bouteille, le reporter retourne en terrain meurtri, cette fois-ci pour le compte de l’Union Européenne : dans le cadre d’un programme censé former un contingent de journalistes indépendants à la bonne pratique de leur métier, Sundaram prend poste à Kigali, capitale du Rwanda. Nous sommes en 2009, à quelques mois d’une nouvelle élection présidentielle, un temps où il ne fait pas bon sortir la plume pour écrire ce que l’on pense…

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Bouquin #165 : Le septième jour, de Yu Hua

[Le septième jour – Yu Hua – 2013 ; rééd en Babel poche 2018]

Lecture de hasard : je devais partir à Porto quelques jours entre copines, et afin de satisfaire aux bons désirs bagagiers des compagnies charter, j’ai du me restreindre à n’emporter qu’un tout petit mini riquiqui bouquin dans mon tout petit mini riquiqui sac à dos. Arrivée à l’aéroport, déconfiture : vol annulé, pas l’ombre d’un décollage pour les jours à venir, ravalez votre déception et circulez, y’a rien à voir. Je me retrouve donc, par dépit, à Nantes. Adieu les pasteis de nata et la livraria Lello. Bonjour l’orgie compensatoire de kouign-amann et la visite de rigueur chez Coiffard, temple de beau bois et de bonnes feuilles. C’est donc dans une librairie bien française, sans escalier majestueux à la Poudlard mais avec quelques solides échelles, que je trouve de quoi subsister et alourdir mon sac. Tout ça pour dire : sans les contrôleurs aériens et leurs grèves fort emmerdantes mais compréhensibles, je n’aurais sans doute jamais fourré mon nez dans le bouquin dont je m’apprête à te parler. Et j’y aurais sans doute perdu quelque chose…

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Bouquin #164 : A la source, la nuit, de Seyhmus Dagtekin

[A la source, la nuit – Seyhmus Dagtekin – 2004 ; reéd. 2018 chez Le Castor astral]

Ô pépite que ce petit livre emporté par hasard dans mes pérégrinations de congés et lu comme une berceuse… Et quelle plume dont je fais juste la découverte et sous laquelle je tombe en pâmoison ! A la source, la nuit m’a suivie, coincé-corné dans un coin de sac, pour quelques jours de baroudage ; et dans ces moments-là, toujours un peu euphoriques, face au monde et à l’extérieur de mes quatre murs, j’accorde autant d’importance au bouquin que j’emporte qu’à mon stock de pansements pour petons fatigués : les deux me sont VITAUX. Le livre en question, choisi pour son poids plume, sa souplesse et sa capacité à m’exfiltrer du présent, a pour mission de m’offrir un ailleurs, un espace où prendre l’air et renverser la réalité, souffler. Les lectures de voyage – si court, si insignifiant soit ledit voyage – gardent donc une saveur singulière, tout comme je leur accorde une plus grande valeur, un rôle à tenir. C’est un peu con, ça ne marche pas à tous les coups, mais c’est ainsi que je procède : élire the-one-and-only bouquin, y placer tous mes espoirs, savourer.

Bref, trêve d’épilogue : mon but aujourd’hui, c’est de te faire découvrir (et adorer) A la source, la nuit, le texte absolument magnifique qui a enchanté ma semaine passée, alors reste encore un peu, je te jure, c’est d’une merveille dont je te parle.

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Bouquin #163 : Les incurables, de Jon Bassoff

[Les incurables – Jon Bassoff – 2015 ; 2018 pour la traduction française]

J’avais une folle envie de noir et de thrills : j’ai été servie. Délice que la parution du deuxième Jon Bassoff, « écrivain dérangé » dont je comprends désormais cette juste appellation tant Les incurables gratte au plus profond du malaise et du vice, toujours plus loin dans le glauque et la folie. On en rirait presque : ça a d’ailleurs été ma première réaction, un rire nerveux et jaune, nuage de lait dans le cauchemar. Et puis on finit par ne plus rire du tout et choper la chair de poule : pitié, sortez-moi (vivante !) de cet enfer !

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Bouquin #162 : Séquoias, de Michel Moutot

[Séquoias – Michel Moutot – 2018]

En voici un dont j’aurais pu ne pas croiser le chemin, pour tout un bouquet de bonnes et mauvaises raisons : pas envie de manger du pavetton, lassitude de l’Amérique et de ses saint mythes de réussite, et puis la chasse à la baleine, très peu pour moi, merci. Mais il se trouve que Michel Moutot a pointé son nez à la librairie pour une très belle rencontre, et je l’ai écouté bouche bée. Diantre, ce gars-là sait raconter des histoires, et j’embarque Séquoias en me disant que cela plaira sûrement à mon père. J’en lis tout de même les premières pages sur le chemin retour…

Et je ne décroche pas.

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C’est le 1er, je balance tout ! (Avril 2018)

Ça y est, me voici revenue dans le grand jeu du bilan mensuel ! Je ne sais pas si c’est de saison ou d’humeur, mais je prend de nouveau un plein plaisir à tenir ce coin du web (je t’expliquais le mois dernier mes doutes quant à son existence…), d’autant plus depuis que je ne m’astreins plus à écrire sur chacune de mes lectures. Ce qui se voulait, au départ, un carnet virtuel au recensement précis de mes découvertes prend de plus en plus la forme d’un espace libre que je tiens avant tout pour moi-même et que je délaisse peu à peu de toute contrainte. Seule exception à cette non-règle autocentrée : le joyeux rendez-vous du 1er, lancé par Julia-Lupiot et face auquel je me sens pleinement à l’aise. Mais je blablate, je blablate : halte là, place au bilan du mois !

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