Bouquin #121 : Dans une coque de noix, de Ian McEwan

[Dans une coque de noix – Ian McEwan – 2016]

Imaginez : vous êtes à la toute nouvelle aube de votre vie, tapi dans le noir d’un utérus devenu trop étroit, l’oreille ventousée à cette paroi visqueuse qui vous sépare du monde extérieur. Depuis cette antichambre secrète et moite, vous entendez : tout, du ronflement de votre voisin de lit aux programmes nocturnes de la BBC, des conversations futiles aux inquiétantes messes basses qui couvent le crime à venir…

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Bouquin #120 : Article 353 du code pénal, de Tanguy Viel

[Article 353 du code pénal – Tanguy Viel – 2017]

Je ne sais si c’est le titre le liseré bleu Minuit l’enthousiasme unanime les critiques pointues qui en sont la cause, mais j’ai longtemps tourné autour de ce bouquin sans oser enfourcher le cheval. Par peur, sûrement (ou par bêtise) : il y a des textes dont on sait à l’avance qu’ils nous renverseront par leur grandeur mais que l’on n’approche qu’à pas de loup. Tel est du moins mon fonctionnement : un soupçon de crainte mêlé d’excitation qui éloigne le moment de la rencontre, le repousse aux limites de l’oubli. Mais quelquefois le calendrier s’en mêle – comme on reçoit Tanguy Viel ce mardi à la librairie*, j’ai bazardé vite fait bien fait mes sottes inquiétudes et j’ai plongé. Deux fois. Délicieux cyclone.

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Bouquin #119 : Kinshasa jusqu’au cou, d’Anjan Sundaram

[Kinshasa jusqu’au cou – Anjan Sundaram – 2013 ; avril 2017 pour la traduction française chez Marchialy]

Dernier-né dans la famille Marchialy et tout aussi puissant que l’aîné Tokyo Vice. Avec comme toujours ce graphisme au poil et tellement évocateur : le texte entier résonne dans la maigreur du cabot de couv’, un soupçon de crainte filtre de la foule amassée au loin… Misère, frayeurs, violence et débrouillardise : Anjan Sundaram nous conte un Congo aux abords hostiles, une rencontre avec l’autre dans l’incompréhension et le malaise… et dessine, sous le vernis un peu glauque de cette confrontation, le portrait d’un peuple essoré mais combatif, en désespoir de cause.

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Bouquin #118 : Des erreurs ont été commises, de David Carkeet

[Des erreurs ont été commises – David Carkeet – 1997 ; avril 2017 pour la traduction française]

J’ai ri ! Mais que j’ai ri ! Il n’y a rien de plus savoureux que d’observer son prochain – fictif – s’embourber dans la dèche, enchaîner les catastrophes et vivre une existence en peau de banane : c’est un péché-mignon que David Carkeet conjure à merveille, dans un roman à la fois sensible et désopilant, dévoré en deux soirs – un bonbon.

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Bouquin #117 : Vent de sable, de Joseph Kessel

[Vent de sable – Joseph Kessel – 1929]

D’un avion à l’autre… Je cherchais un supplément de voyage à me mettre sous la dent après ma lecture de Fille de l’air et me voici à tomber par un heureux hasard sur Vent de sable, posé comme un appel sur le dessus d’un de mes (bien trop nombreux et bien trop lourds) cartons de déménagement. Kessel : valeur sûre, et cette promesse toujours tenue d’un regard franc sur les hommes, leur courage et leurs accomplissements. Comme d’hab’, je suis conquise, je fonds d’admiration et – un peu – de nostalgie, bref : c’est le pied.

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Bouquin #116 : Fille de l’air, de Fiona Kidman

[Fille de l’air – Fiona Kidman – 2013 ; avril 2017 pour la traduction française]

C’est l’histoire d’une gamine que l’on voulait pianiste ou danseuse – métier d’art certes, mais « de femme ». C’est l’histoire d’une brindille coriace, d’une beauté dans le cambouis. C’est un sourire émail diamant sous le casque blanc de l’aventure, pour quatre ans de vol, de records et de gloire – puis la guerre, puis l’oubli. « Garbo des airs », la surnommait-on : surnom à peine repris par Fiona Kidman, qui livre, au delà du glamour et des robes de soie, un portrait intime et finement mené de son héroïne nationale, l’audacieuse et solitaire Jean Batten. Lire la suite

Bouquin #115 : La mélopée de l’ail paradisiaque, de Mo Yan

[La mélopée de l’ail paradisiaque – Mo Yan – 1988]

Quel titre ! Mais quel titre ! Malicieux, piquant, terriblement ironique : quelques mots assemblés en un sourire-fil-de-fer pour une histoire merdique, au fond du trou. Paradisiaque, ah, la belle affaire ! Le bel enfer ! Venez à jeun, mouchoir – et second degré – en poche : laissez-vous conter la pestilence et les coups de fouet, la révolte et les chaînes… et, sous ce magma de crasse, de désespoir, le combat d’un amour pur qui suffoque et file droit vers l’échec.

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