Bouquin #198 : La lune s’enfuit, de Rax Rinnekangas

[La lune s’enfuit – Rax Rinnekangas – 1991]

Mot d’ordre de l’été : découvrir. Après mon tout premier (et beaucoup aimé) Saramago, j’ai enchaîné sur l’inconnu : ce minuscule bouquin pioché au pifomètre à la médiathèque et dévoré à l’aube le temps d’un court voyage en train. Le lieu de ma lecture a son importance : j’en garde le souvenir d’un mouvement limpide et irrévocable – celui qui me conduit bienheureusement vers les montagnes ; celui qui éloigne fatalement les trop jeunes héros de leur enfance…

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Bouquin #197 : Tous les noms, de José Saramago

[Tous les noms – José Saramago – 1997]

J’ai attendu les congés comme le Messie avec la délicieuse conviction que cela m’offrirait enfin le temps pour lire – et pour lire autre chose que de la nouveauté-nouvelle, parenthèse bénie entre les alléchantes parutions de printemps et la prodigieuse rentrée à venir. C’est bien là un des inconvénients d’être venue trop jeune au métier de libraire : il ne me laisse que peu d’espace pour ces petites séances de rattrapage, où je bouquine avant tout pour me faire plaisir – aussi pour aborder, enfin, de grandes plumes jusque-là ignorées. Au pifomètre de ce panthéon nécessaire et fantasmé (et par hasard d’une trouvaille de brocante !), j’ai choisi Saramago : trois jours et trois nuits de loufoqueries éclairées en compagnie d’un bien curieux personnage…

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Bouquin #196 : Les habits du plongeur abandonnés sur le rivage, de Vendela Vida

[Les habits du plongeur abandonnés sur le rivage – Vendela Vida – VF printemps 2019]

En voici un que je conseille à toutes nos clientes en quête d’une lecture « fraîche pour l’été, pas prise de tête, quelque chose de léger mais pas gnangnan, vous voyez ? » Je dis clientES à dessein : si d’ordinaire je suis plutôt réticente à l’idée de binariser la littérature à base d’a priori genrés, Les habits du plongeur […] fait à mes yeux exception : c’est un livre puissamment féminin, sororal avant tout, le regard tantôt cruel, tantôt compatissant d’une femme – l’autrice – sur les mésaventures burlesques de son héroïne – laquelle pourrait tout à fait être nous-même, puisque le texte est au « tu », et nous plonge d’emblée dans le cauchemar de la débrouille…

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Bouquin #195 : Les domestiques, de Gustavo Bossert

[Les domestiques – Gustavo Bossert – 2001]

Lecture de hasard, puisqu’elle me fut confiée, à l’aube d’une nuit printanière passée à parler bouquins, par un voisin curieux et passionné. Lecture forcément douce et heureuse, née de cette amitié exquise ; lecture hors du temps aussi, car ce bonbon n’est plus diffusé depuis des lustres, et qu’il me tire le nez au dehors de mes piles de nouveauté – une respiration (enfin!), deux soirées exilée au milieu de nulle part, aux côtés d’un couple vieillissant et de leurs tyranniques serviteurs…

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Bouquin #194 : Le grand silence, de Jennifer Haigh

[Le grand silence – Jennifer Haigh – 2011, VF 2019]

Je ne connais pas grand chose à l’esprit de famille. Pour des raisons qui toujours se dérobent, une froideur aux racines bien antérieures à ma naissance, j’éprouve face aux noms de ma généalogie une empathie tout juste courtoise, distendue par défaut – ou par dépit. Je me souviens de quelques curieux rassemblements pour les fêtes, d’accolades données aux rares enterrements. De visages qui un temps me furent très chers, mais jamais d’un clan.

Je ne connais pas grand chose non plus à la religion, sinon la vague jalousie d’une enfance en pays pieux mais en dehors des codes, quand tant de mes ami.e.s souscrivaient à un catéchisme régulier et à l’inévitable communion, puis, plus tard, me racontaient parfois leurs souvenirs de camps scouts et de pèlerinages.

Famille et église, deux versants d’un même sentiment d’appartenance qui me reste étranger et dont l’absence à sans doute contribué à façonner mon rapport à la communauté : une admiration envieuse, depuis la marge. On se remet aisément de ces manques, une fois apprivoisés, mais je me suis tout de même longtemps tenue à distance, involontairement, des livres me rappelant à ce vide, et les grandes aventures familiales et amicales, en littérature, ne sont pas vraiment ma tasse de thé. J’ai osé l’écart, par hasard (parce que le sujet m’intéressait, parce que Gallmeister ne me déçoit jamais) avec Le grand silence. Ce fut une lecture remarquable et je t’en parle, une fois encore, à hauteur d’intime et dans le désordre.

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Bouquin #193 : L’étoile du Nord, de D. B. John

[L’étoile du Nord – D. B. John – VF 2019]

Mais que diable ai-je attendu plus d’un mois pour ENFIN te parler de ce roman tout à fait génial ? Mes excuses, camarade lecteur, mais ce frileux printemps ne me laisse pas tant de répit, et je joue les abonnées absentes sur ce coin du web. Quoi qu’il en soit, me voici de retour, piano piano, pour t’en mettre plein les mirettes avec un délicieux paveton cousu à la grosse ficelle… et terriblement addictif.

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Bouquin #192 : Au bord de la Sandá, de Gyrðir Elíasson

[Au bord de la Sandá – Gyrðir Elíasson – 2007, trad. 2019]

Il y a quelques mois, La Peuplade avait renversé mon cœur avec l’inoubliable Nirliit, splendeur nordique pour laquelle je t’engage vivement à prendre ton billet – voyage rugueux, tape-cul, d’une violence et d’une lumière absolue. A peine moins au Nord, mais plus au calme, plus isolée cette fois, me voilà de retour dans le giron de la maison, qui publie cet hiver un roman splendide en terre de lave, au bord de la rivière Sandá…

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