Bouquin #182 : Dégradation, de Benjamin Myers

[Dégradation – Benjamin Myers – 2016, VF 2018]

Sacrebleu, j’ai enfin lu un thriller. Le genre de truc qui ne m’arrive absolument jamais, ou sinon par nécessité absolue d’avoir au moins une bonne bille à conseiller contre quelques nuits blanches et frissons d’horreur. Bon, en vrai, Dégradation est plutôt un roman noir, mais il s’y passe assez de trucs dégueulasses pour outrepasser les frontières d’une littérature de genre que de toutes façons je maîtrise mal et mériter le terrifiant statut de machine à thrills. Évidemment, y’a un policier bourré de tics et un journaliste trop porté sur la bibine, on n’échappe pas aux braves clichés poussiéreux monogenrés et dépressifs usés jusqu’à la corde. Mais ces deux là ont suffisamment de cran (et de poisse) pour mener l’histoire tambour battant et résister, l’alcool aidant, à l’horreur indicible qui leur saute à la gorge…

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2018 – faire sa part, se désoler.

Je suis là de nouveau, un peu perdue. Inquiète, toute en fronces et en chagrins. C’est ainsi que tu t’achèves, 2018, dans cette frayeur qui ne me quitte jamais vraiment, sans paillettes ni résolutions, douleur au corps de voir le monde périr. Je suis éponge des sécheresses et des avertissements, bouche amère face à l’urgence. Atrocement pessimiste. Mélancolique aux beaux jours.

Je vais pourtant bien, moi. Avec mon amoureux en or, mon quotidien de libraire chichement payée mais riche de son métier, ma maison tout juste acquise, mon ventre certes toujours creux mais offert à l’avenir. Je suis heureuse de mon état, de ma santé galopante, de ma toute petite famille si aimante, de mes finances correctes, de ma solitude respectable, de mes efforts, de mes progrès.

Tout roule.

Tout se casse la gueule.

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Bouquin #181 : La vraie vie, d’Adeline Dieudonné (#RL2018)

[La vraie vie – Adeline Dieudonné – 2018]

Effectivement, c’est un bon premier roman. Entamé par le hasard d’une calme après-midi à la librairie et dévoré dans la foulée avec un appétit bienvenu, presque libérateur, au terme de quelques semaines de « panne de lecture » (une grande première pour moi, lignes vides de sens, esprit sec comme du bois mort, franchement rien d’agréable). Ça se lit tout seul : un ton vif, une narration prenante, et toujours ce petit plaisir coupable à tourner les pages comme on s’empiffre, histoire de savoir jusqu’où ira le vice…

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Bouquin #180 : Le cœur converti, de Stefan Hertmans (#RL2018)

[Le cœur converti – Stefan Hertmans – 2016, VF 2018]

Enfin, ranger laine et aiguilles et voler quelque temps à mes travaux d’hiver pour te parler littérature. Grande et belle littérature, si tant est que ces deux cousins poncifs, et mochement sectaires soient à la hauteur du bouquin dont je m’apprête à faire l’éloge, mais pour lequel, une fois encore, je ne trouve que des mots banals – stupéfaction qui me saisit au devant de ce Cœur converti, autour duquel je tourne, bouche bée, depuis trois semaines, mâchant et remâchant mes phrases abruties et vaines. Donc je vais te dire, en premier, ceci : c’était GÉNIAL. C’était PRÉCIEUX. Et je vais tenter de t’expliquer pourquoi…

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Bouquin #179 : Frankie Addams, de Carson McCullers

[Frankie Addams – Carson McCullers – 1946]

Congés il y a peu, et ce féroce besoin d’échapper à la nouveauté-nouvelle. Je choisis au pifomètre Carson McCullers parce que je n’ai jamais rien lu d’elle et pour le poids plume de Frankie Addams dans mes bagages. Aussi parce qu’il y est question d’adolescence, et qu’une fois de plus je reviens aux racines comme on part en pèlerinage, c’est quelque chose de sacré et d’amer auquel j’accorde beaucoup trop d’importance, une solennité un peu mièvre. Bref, Frankie. Camarade d’une semaine mélancolique et de jours déclinants, certitude d’un temps regretté, le monde autour de moi me semble bleu-gris, j’entends son souffle lent et je n’y vois qu’une immense peine, seigneur, je déteste l’automne. Il n’y a pas de hasard à cette lecture étouffante : peut-être d’ailleurs le texte façonne-t-il un peu mon humeur, je ne saurais placer la limite entre mes tourments saisonniers et les infortunes de ma Frankie. Ma Frankie chevillée au corps, roman dans lequel je m’englue, j’avance à pas de fourmi, c’est un délice et une petite souffrance. Et me voici, encore, à faire de cet espace un déversoir de l’intime, à la faveur d’un bouquin qui absorbe et magnifie mes peurs, et face auquel je me répète : je suis bien trop sensible et bien trop égocentrique. (Surtout égocentrique.) Ah, Frankie…

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Bouquin #178 : La somme de nos folies, de Shih-Li Kow (#RL2018)

[La somme de nos folies – Shih-Li Kow – 2014, VF 2018]

Tout le monde aime l’automne. Ses camaïeux d’orange et de pourpre, l’odeur suave des feuilles mortes et celle, piquante, du froid matinal, tout le monde aime l’automne et ses promesses de gros pulls et de thé chaud, tout le monde aime l’automne – je ne comprends pas du tout cet engouement. Aucun plaisir à couvrir de nouveau mon cou, à frissonner au réveil, aucun plaisir à abandonner les terrasses estivales et les glaces dominicales, à sentir le monde s’effondrer un peu et la mélancolie m’envahir – vraiment, aficionados de l’automne, que trouvez-vous à cette saison âcre et vermeille ? Oh, les paysages, peut-être, ou le bonheur de retrouver pelotes et aiguilles, de manger des noix fraîches et d’allumer les premières flambées. Mais à part ça…

Bref, une fois installée dans cet automne que je redoute et qui parfois me terrifie, peut-être m’y sentirai-je bien, par la force des choses, mais en attendant, j’ai besoin de choses douces et bienveillantes, du réconfort à ces jours moribonds. Au pifomètre, La somme de nos folies, livre élu pour son titre et sa couv’, promesse potentielle d’un bon remontage de moral et d’un voyage en dehors de mes angoisses cycliques et saisonnières…

Et ma foi, ça n’a pas trop mal marché. 

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Bouquin #177 : Ásta, de Jón Kalman Stefansson (#RL2018)

[Ásta – Jón Kalman Stefansson – 2017, trad. par Eric Boury : 2018]

Ne pas avoir aimé Ásta, comment est-ce possible ? Ne devrais-je d’ailleurs pas me taire, quand je lis partout, j’entends partout cette gloire à la plume splendide de Jón Kalman Stefansson, quand je vois partout les mêmes yeux devenir brillants et le même sourire béat éclore à l’évocation de son nom ? Pour la première fois dans la toute petite histoire de ce blog, et bien étrangement, il me coûte de rédiger ce billet à contresens de l’élégie universelle. Mais il faut bien le dire : Stefansson m’a ennuyée. Stefansson m’a agacée. Stefansson m’a coûté quelques soupirs et une paire de rames pour affronter ses pages…

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