Bouquin #125 : Le Pavillon d’or, de Yukio Mishima

[Le Pavillon d’or – Yukio Mishima – 1956]

Toi qui traînes régulièrement en ce lieu, tu commences à connaître mes petites craintes : je n’approche les maîtres qu’à pas de loup, je renifle mille fois le morceau avant d’y planter mes crocs, bref, il me faut quelque temps pour faire germer la confiance et plonger. Itou, donc, pour Mishima : cela fait bien un an et des poussières que je souhaite découvrir le bonhomme sans oser franchir le seuil de son œuvre, briser l’aura intimidante, le mythe. Il y a quelques jours cependant, je me suis sentie prête. J’ai pris mes heures, mon calme, mes lignes de réflexions. J’ai construit ma lecture plus qu’elle ne fut linéaire, j’ai cherché des explications à mes pourquoi diable, j’ai marqué et gribouillé : j’ai choisi d’habiter le roman, de ne pas en laisser une seule miette.

Et j’en ressors à la fois épuisée et heureuse, embrouillée et stupéfaite, avec l’envie de tout laisser tomber pour bouffer du Mishima plein-pot. Ce qui arrivera, petit à petit, au fil des ans bien sûr, une fois digéré le premier pas, une fois établies mes impressions… ce que, cette fois-ci, je suis bien en mal de faire : prend donc la bafouille qui vient comme un cercueil de sensations cueillies à chaud et mal dégrossies, mais marinées d’enthousiasme – c’est ce qui compte.

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Bouquin #124 : Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley, de Hannah Tinti

[Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley – Hannah Tinti – 2017]

Oh l’heureuse surprise. La chouette histoire qui tombe à pic, change les idées, nous plie en quatre dans les valises de l’aventure et se dévore goulûment. Les personnages au sommet de leur rôle, ces bons copains que l’on peine à lâcher. La narration au poil, l’action pétaradante et rudement bien menée, les emprunts au cinéma, petits meurtres pour grands paysages, geyser de sang sur fond glaciaire, et puis l’amour, le vrai, donc sans larme ni cri ni exaltation superfétatoire, l’amour en silence ou qui peine à se dire, l’amour le plus beau car jusqu’à la mort : bref, que du bon et ça fait du bien.

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C’est le 1er, je balance tout ! (Avril – Mai 2017)

Deux-mois-en-un, parce qu’au 1er mai je voguais quelque part entre les cartons, le ménage et les révisions express de dernière minute et que j’ai franchement eu la flemme de me poser pour « balancer » avril sur la toile. Deux-mois-en-un et ma vie tourneboulée pour le meilleur, deux-mois-en-un truffés de lectures au poil et de chouettes découvertes, bref, voilà le programme…

(Pour les règles du jeu, rdv chez Lupiot !)

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Bouquin #123 : L’ordre du jour, d’Eric Vuillard

[L’ordre du jour – Eric Vuillard – 2017]

Il m’avait bluffée à l’automne dernier avec 14 juillet : quelques phrases à peine et je nageais déjà dans la ferveur et la colère citoyenne d’un Paris bouillant, parmi les pics et les plombs. L’exaltation, immersive et servie crue : voilà donc ce que je cherchais, de nouveau, à travers ma lecture du dernier récit d’Eric Vuillard, qui sait décidément pointer sa plume vers ces moments que l’on dit « charnière », dans ces quelques instants qui dessinent l’Histoire et annoncent l’explosion. Cette fois-ci pourtant, le voyage diverge : pas de mouvements de foule, aucune clameur mais plutôt le silence entendu, l’aveuglement volontaire et les petites manigances du pouvoir – tapis rouge qui se déroule au-devant d’un certain Adolf, dont l’ascension n’a plus rien de surprenant lorsqu’un écrivain se charge de rétablir quelques vérités…

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Bouquin #122 : La coalition, d’Emmanuel Bove

[La coalition – Emmanuel Bove – 1927 ; réédition chez L’Arbre Vengeur : avril 2017]

Je ne connaissais pas Bove. Vu sur une table de la librairie et imaginé en énième contemporain français, ce qui a priori – parce que des a priori, j’en ai encore beaucoup trop – ne me botte pas des masses. Jusqu’à ce qu’un représentant de joyeuse humeur me fourre le bouquin entre les mimines en insistant : grand texte, grand texte. J’ai lu une deuxième fois, avec un peu plus d’attention, la quatrième de couverture. J’y ai appris que Bobovnikoff, dit Bove, est mort plutôt jeune – à 47 ans, en 1945 – et en est tombé dans l’oubli. Que La coalition est paru pour la première fois en 1927, et qu’il raconte la chute et les illusions de grandeur. Je me suis mordue les doigts d’avoir passé outre ce programme si alléchant, et j’ai rattrapé le retard.

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Bouquin #121 : Dans une coque de noix, de Ian McEwan

[Dans une coque de noix – Ian McEwan – 2016]

Imaginez : vous êtes à la toute nouvelle aube de votre vie, tapi dans le noir d’un utérus devenu trop étroit, l’oreille ventousée à cette paroi visqueuse qui vous sépare du monde extérieur. Depuis cette antichambre secrète et moite, vous entendez : tout, du ronflement de votre voisin de lit aux programmes nocturnes de la BBC, des conversations futiles aux inquiétantes messes basses qui couvent le crime à venir…

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Bouquin #120 : Article 353 du code pénal, de Tanguy Viel

[Article 353 du code pénal – Tanguy Viel – 2017]

Je ne sais si c’est le titre le liseré bleu Minuit l’enthousiasme unanime les critiques pointues qui en sont la cause, mais j’ai longtemps tourné autour de ce bouquin sans oser enfourcher le cheval. Par peur, sûrement (ou par bêtise) : il y a des textes dont on sait à l’avance qu’ils nous renverseront par leur grandeur mais que l’on n’approche qu’à pas de loup. Tel est du moins mon fonctionnement : un soupçon de crainte mêlé d’excitation qui éloigne le moment de la rencontre, le repousse aux limites de l’oubli. Mais quelquefois le calendrier s’en mêle – comme on reçoit Tanguy Viel ce mardi à la librairie*, j’ai bazardé vite fait bien fait mes sottes inquiétudes et j’ai plongé. Deux fois. Délicieux cyclone.

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