Bouquin #144 : Sonietchka, de Ludmila Oulitskaïa

[Sonietchka – Ludmila Oulitskaïa – 1992]

C’est une histoire de prénoms presque jumeaux, c’est une histoire d’échos : la Sonetchka si petite et désespérée offrant sa prose dans L’accompagnatrice a réveillé une sœur cadette, quasi homonyme, en sommeil depuis bien longtemps dans ma pile à lire : Sonietchka. Sonietchka qui fut donc un peu également de hasard, et dont la lecture m’a bien troublée : je peine à rassembler mes pensées autour de ce roman court et étrange, comme empli de promesses volontairement non assumées…

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Bouquin #143 : L’accompagnatrice, de Nina Berberova

[L’accompagnatrice – Nina Berberova – 1985 pour la traduction française chez Actes Sud]

Lecture de hasard, cueillie au petit matin à la faveur d’un vide-greniers d’hiver et savourée dans la foulée, sur un coin de canapé, par une après-midi froide et pâle – tableau parfait ! Je ne connaissais pas encore la plume de Berberova, qui semble lentement sombrer parmi les grandes oubliées de la littérature du siècle dernier : j’ai découvert un trait économe et subtil, une finesse dans l’esquisse qui m’a énormément touchée.

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Bouquin #142 : Little Bird, de Craig Johnson

[Little Bird – Craig Johnson – 2005]

Mazette ! J’ai lu un polar ! Ce que ne m’étais pas arrivé depuis… 2010, 2011, dans ces eaux-là ? Bon, j’admets facilement avoir quelques réserves (mauvaises, sûrement infondées) sur le genre, que je résume souvent en triptyque « flics flingues et voyous », ce qui, à première vue, ne me tente pas énormément. Mais puisque Craig Johnson a posé ses valises pour une soirée à La Rochelle, précisément dans notre très chère librairie Calligrammes… j’ai sauté à pieds joints sur son premier bouquin, un peu à l’aveuglette – advienne que pourra.

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Bouquin #141 : Vulnérables, de Richard Krawiec (#RL2017)

[Vulnérables – Richard Krawiec – 2017 pour la traduction française]

Encore un texte qui m’a été fourré entre les mains par mon collègue aux goûts ambitieux, encore du sombre et de la violence, encore un coup de cœur. Vulnérables (At the mercy en VO) n’aurait pu avoir meilleur titre ni meilleur sujet : il y est question de ces galériens de l’ordinaire, du voisin qui trime sans joindre les deux bouts, de cette Amérique à l’or fané, pourrie par le crack, l’ignorance, la violence gratuite et jubilatoire quand on n’a que le poing pour clamer ses frustrations. C’est crade et ça pue, ça se lit souvent d’un œil, c’est pas mignon, ça dérange, on y suffoque ; mais bon dieu, qu’est-ce que ça fait du bien, qu’est-ce que c’est nécessaire parfois, de dire le brutal, l’enfance rongée, le quotidien du pauvre invisible !

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Bouquin #140 : Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar

[Mémoires d’Hadrien – Marguerite Yourcenar – 1951]

Peut-être un soudain besoin de recul, de sagesse, de latin, de toutes ces choses présumées d’une grande œuvre que l’on souhaite remède ou savoir ou que sais-je encore. Et comme à chaque fois qu’il s’agit de pousser la première page d’un monument de la littérature, me voici à aborder ces « mémoires » bieeeeen longtemps après avoir reniflé le morceau, dans l’envie et la crainte – effroi stupide face aux grands textes, mais je n’y peux rien (ça vous arrive à vous aussi, de flipper face à la renommée d’une œuvre ? Franchement, dites-le moi, je me sentirai moi seule 🙂 !).

J’ai fait bon voyage. L’exercice m’a complètement subjuguée, la prose emmenée où je voulais : loin, loin, loin, sur des terres anciennes et au cœur de l’âme humaine – l’héritage et l’intime en réponse à mes questions de jeune citoyenne pas toujours adaptée au monde.

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Bouquin #139 : Pedro Páramo, de Juan Rulfo

[Pedro Páramo – Juan Rulfo – 1955]

Qu’elles sont douces et hors du temps, les lectures de vacances ! J’avais choisi, pour ma bienheureuse semaine de congés, plusieurs classiques à dévorer l’esprit libre, sans imminence de la nouveauté, afin de goûter – comme cela m’avait manqué ! – au juste recul de textes mûrs et socles. De la lecture de rattrapage, du plaisir brut, de l’éducation. Je n’ai eu, au final, qu’un compagnon de repos : Pedro Páramo, longtemps convoité et gardé au chaud pour les jours de calme. Je l’ai lu avec parcimonie, quelques pages par ci, quelques lignes par là, pour le simple bonheur de faire durer l’ambiance, de ne jamais quitter les terres nues et bouillantes du Mexique comme j’aurais aimé ne jamais quitter mes montagnes et ma pouzzolane auvergnate. Une pleine semaine, donc, aux côtés de ce livre étrange et cousu de cris, que je brûle déjà de relire tellement je l’ai aimé…

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Bouquin #138 : Le dernier des yakuzas, de Jake Adelstein

[Le dernier des yakuzas – Jake Adelstein – 2017 – Merci Marchialy pour le SP ! 🙂 ]

Qu’est devenu le culotté Jake Adelstein après avoir balancé les frasques illégales de Tadamasa Goto, ponte de la mafia japonaise, par voie de presse ? On peut parier que le bonhomme, pour intrépide qu’il soit, a plutôt chaud aux fesses. Et pour cause : le Parrain et toute sa clique, version Soleil levant et cerisiers en fleurs, s’est lancé à ses trousses et compte bien avoir sa peau. Mais le journaliste ne se laisse pas intimider : il réplique en engageant pour garde du corps un ancien yakuza au ravissant surnom de « Tsunami » et aux manières tout aussi brutales. C’est ainsi que Saigo, faux repenti en disette de violence, fait son entrée dans la vie d’Adelstein. Et que ce dernier, par contrat de mégalomanie, se retrouve à écrire, en échange, la biographie de son protecteur…

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