Bouquin #151 : Mauvais plan sur la comète, de Jean-Charles Chapuzet

[Mauvais plan sur la comète – Jean-Charles Chapuzet – Marchialy, 2018]

Ça tient un peu du voyeurisme, cette nouvelle lecture. De l’envie d’en savoir plus sur cette référence commune, ce « cassos » complètement à l’ouest et largement raillé, peut-être même un peu méprisé, et l’autre nénette pas finaude avec son perroquet et ses pousses de poireau… La découverte de Strip-Tease, naturellement entre copines, naturellement un peu paf un lendemain de bringue, fut pour moi un moment partagé entre admiration pour cette forme de journalisme à l’os, sans jugement – des histoires vraies parce que brutes, souvent même brutales – et stupéfaction (bien vite tournée en persiflage) quant à ces deux péquenauds charentais baignés dans leur misère et leur idiotie. Il faut bien se l’avouer : Strip-Tease est une bonne émission (ou peut-être la moins pire du genre), mais représente avant tout, de même que les télé-réalités d’aujourd’hui, une catharsis bien solide et rassurante pour celui qui la mate – ouf, ce n’est pas nous, il y a pire que nous.

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Bouquin #150 : Le colis, d’Anosh Irani

[Le colis – Anosh Irani – 2016 ; janvier 2018 pour la traduction française]

On entend souvent – et à juste titre – qu’on ne peut simplement apprécier l’Inde : soit l’on se prend de passion pour ce pays moite, bruyant et coloré, soit l’abhorre. Mon premier contact avec l’Inde remonte à 2009 : un baroudage familial de trois semaines entre Rajasthan et Uttar Pradesh dont je garde un souvenir douloureux – l’Inde m’a éprouvée, physiquement, moralement, et j’avoue (avec quelque surcouche de honte occidentale) y associer une grande violence et un profond malaise. Cela a joué dans mon ouverture culturelle : j’ai longtemps tenu le pays en dehors de mes attirances. Puis Le colis s’est immiscé dans la pile des nouveautés de janvier, puis je me suis décidée à retenter l’expérience Satyajit Ray en chopant deux-trois DVD à la médiathèque, puis j’ai regardé de nouveau quelques clichés de ce voyage amer…

De la à y retourner, je ne pense pas. Mais il semblerait bien que l’Inde et moi, nous fassions la paix.

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Bouquin #149 : Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin

[Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin – 2016 ; jan. 2018 pour la parution française]

Congères, montagne, solitude : les premières me manquent, la deuxième m’appelle et j’entretiens une relation complice avec la troisième – autant te dire que je n’ai pas résisté longtemps avant de fourrer le nez dans ce roman d’ermite. Et quelle belle surprise ! Quelle ambiance, franchement ! Le poids de la neige m’a totalement envoûtée, et son évocation me ramène à des images encore très fortes, d’une simplicité instinctive et à l’estompe difficile…

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Bouquin #148 : Une longue impatience, de Gaëlle Josse

[Une longue impatience – Gaëlle Josse – 2018]

Sans voix sans plume. Il est bien dur de trouver les mots justes, les mots les plus proches, les plus rigoureux pour habiller de critique un texte qui se suffit à lui-même, qui n’appelle à aucune analyse, à aucun retour sinon cet ordre, ou plutôt ce beau conseil : LISEZ-LE. Lisez, bon dieu, lisez absolument cette longue impatience, ce requiem modeste et splendide et nu, offert, généreux. C’est une évidence mise en phrases, une douleur commune et authentique. Un de ces romans que l’on découvre en se disant qu’on ne pourrait mieux exprimer l’intime, que oui, c’est ça, c’est exactement ça, tellement, mais tellement ça. Je vais tout de même t’en parler un peu, de ce texte magnifique, du moins essayer – je crains bien ne pas être à la hauteur, ne pas pouvoir précisément radiographier la moelle ni pointer du doigt toutes les émotions que cette attente sans issue a charriées au cœur. Garde donc en tête cet impératif : c’est une merveille qu’il faut lire. Point. Tu peux d’ores et déjà quitter cet écran et filer chez ton libraire (si on est dimanche et/ou qu’il est minuit, avise, ou passe commande par ici).

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Bouquin #147 : Une vie comme les autres, de Hanya Yanagihara

[Une vie comme les autres – Hanya Yanagihara – 2015 ; janvier 2018 pour la traduction française]

J’ai laissé passer un temps, celui de la digestion, celui du ravalement d’aigreur, avant de me lancer dans ce billet mûri à grands renforts d’annotations, de schémas, de tableaux à points (oui oui !) et de recherche – assez vaine – d’exégèse éclairée sur ce long (et bavard, et éreintant) roman dont je ressors… perplexe. Pour ne pas dire déçue, du moins amère. Huit-cents pages et des brouettes, ça valait bien ce lourd attirail de notes que je trimballe dans mon carnet rouge pour tenter d’y voir plus clair – pour tenter, également, de déceler du positif sous le voile gris de ma rancœur et ne pas livrer ici un avis beuglard et las. Pourquoi A Little Life, succès quasi-univoque lors de sa parution anglophone en 2015, n’a-t-il pas su me toucher outre mesure ? Où se situe la faille – à l’intérieur, à l’extérieur du roman ? Quelques questions auxquelles je m’attelle aujourd’hui, histoire de perdre encore un peu de temps à tourner autour de ce bouquin qui m’a déjà occupée une belle douzaine de nuits, avec avidité, jusqu’au dégoût.

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Bouquin #146 : Les grandes marées, Jim Lynch

[Les grandes marées / précédemment paru en français sous le titre A marée basse – Jim Lynch – 2005]

Douceur bienvenue pour commencer l’année – d’autant plus après ma lecture du lugubre et éreintant pavetton Une vie comme les autres (dont je vous parlerai très vite, bien sûr)… Douceur, donc, que ce premier roman judicieusement reparu en français, qui insuffle un peu de peps à cette rentrée littéraire de poids lourds à mes yeux bien moins alléchante que celle de septembre : on tient là une petite pépite de tendresse et de nostalgie, et quelques bons conseils pour qui aime courir les plages à marée basse…

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