Bouquin #133 : La fin de Mame Baby, de Gaël Octavia (#RL2017)

[La fin de Mame Baby – Gaël Octavia – 2017]

C’est un roman de femmes comme on en fait peu. Sans volonté de les montrer fortes ou en combat, sans parcours du néant à la consécration, sans obstacle franchi ni nécessité du dépassement de soi. C’est un roman de femmes banales et livrées brutes, qui tournent en rond avec leurs petites et grandes misères, leurs jalousies, leurs attaches. C’est un premier roman magnifique, de celui que j’aimerais offrir à toutes les étincelles de mon entourage, à commencer par ma mère, car il parle de ce que l’on a de plus intime et impalpable : notre relation au lien, à la communauté, nos rapports entre filles et celui, complexe et toujours en question, à notre corps comme terrain jamais neutre.

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Bouquin #132 : Point cardinal, de Léonor de Récondo (#RL2017)

[Point cardinal – Léonor de Récondo – 2017]

C’est le récit d’un être. C’est le récit d’un être qui dit : « je suis ». C’est, aussi, beaucoup d’audace : il en faut encore, hélas, pour produire une littérature de la transidentité, parler avec grâce d’un tabou injustifié. Alors, parfois, ça achoppe un peu, il y a quelques ratés, quelques idées communes. Je pardonne. Car ce que nous dit Léonor de Récondo, du fond de sa prose, c’est de ne faire qu’un, d’oser se montrer tel(le). C’est sans doute un livre un peu imprécis sur le sujet dont il s’inspire. Mais c’est un texte de courage et d’honneur, un récit foudroyant d’humanité, et très juste – une beauté.

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Bouquin #131 : C’est le cœur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood (#RL2017)

[C’est le cœur qui lâche en dernier – Margaret Atwood – 2017]

Août – soleil en joie, sommeil en berne, et pas de congé pour les braves : autant te dire que tout ce que je demande à la littérature en ce moment, c’est juste de bonnes trames, avec du rythme, des personnages racés et pléthore de rebondissements histoire de ne pas piquer du nez passée la dixième page. J’ai choisi Atwood au pifomètre, avec l’envie de me laisser couler dans le premier scénario venu – je me devais aussi, je pense, de découvrir cette plume en retour de vogue (promis, un jour, je lirai La servante écarlate au delà des quelques bribes et bonnes images déjà chopées ça et là. Promis.) J’ai jubilé tout du long et j’en suis sortie totalement revigorée, avec la poire fendue jusqu’aux oreilles : exactement ce dont j’avais besoin !

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Bouquin #130 : Ostwald, de Thomas Flahaut (#RL2017)

[Ostwald – Thomas Flahaut – août 2017]

Roman sur fond de misère sociale, de lutte ouvrière, de jeunesse désillusionnée. Rien de bien tentant à première vue – j’ai failli faire l’impasse, et puis je me suis dit ma foi, pourquoi ne pas tenter, c’est un primo-romancier, on a presque le même âge, sait-on jamais, je pourrais trouver en lui une voix-de-ma-génération qui me parle, qui me réconforte.

En vérité, je n’ai rien trouvé de tel. Les premières pages m’ont d’ailleurs plus agacée que conquise, et je m’apprêtais à lâcher l’affaire quand la machine s’est enfin ébranlée, faiblement, avec ses petits défauts et ses dissonances, mais suffisamment pour revigorer mon intérêt… Lire la suite

Bouquin #129 : Zabor ou Les psaumes, de Kamel Daoud (#RL2017)

[Zabor ou Les psaumes – Kamel Daoud – août 2017]

En toute honnêteté : j’ai sorti les rames. Et je ne peux qu’être un peu déçue face à ce Zabor si prometteur – mon premier Daoud, une impatience – et qui, pourtant, m’a épuisée comme une longue lutte. C’est qu’il regorge de beauté et d’évidence, ce beau livre, tout cousu de phrases si nettes et justes que l’on se prendrait volontiers à les recopier une par une tant chaque fil apporte au récit sa nécessaire étincelle. Tout cela aux dépens d’une narration très vite opaque, comme délaissée pour l’intellect et la morale de toute chose…

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Bouquin #128 : Une histoire des loups, d’Emily Fridlund (#RL2017)

[Une histoire des loups – Emily Fridlund – 17 août 2017]

J’ai attendu quelque temps – et beaucoup cogité – avant de me lancer dans la rédaction de ce billet. Histoire de mesurer les effets à long terme, de jauger les dégâts de la foudre une fois calmée la tempête. Quelques semaines après l’immersion, force est de constater : j’en suis toujours patraque, et repenser à l’expérience m’agace l’échine. Je cherche des qualificatifs. Étrange. Dérangeant. Organique. Sensible. Tout cela à la fois et encore : rien de suffisant, d’assez fort et oblique pour pleinement cerner la bête. Érotique. Glacé. Libérateur. Surpuissant.

On va commencer par ça : surpuissant. Lire la suite