Bouquin #175 : La vérité sort de la bouche du cheval, de Meryem Alaoui (#RL2018)

[La vérité sort de la bouche du cheval – Meryem Alaoui – 2018]

De temps en temps, explorer la sororité. Prendre pour nourriture des voix de femmes qui parlent de femmes et trouver en elle des réponses à mon propre genre. Jalouser le cercle, le secret et le vase clos, bouffer des livres comme du médicament, en rattrapage et sans méthode. Je ne sais pas vraiment ce que j’attendais de la lecture de La vérité […], sans doute cette intimité mystique qui me passionne et me sidère, les mots d’une (grande) sœur sur notre féminin multiple. Il faudrait pourtant que j’arrête de chercher en tout texte le remède ou l’éclairage, que j’arrête, bon sang, une fois pour toutes, de lire à la lumière exclusive de mes marottes et de me vautrer dans un essentialisme méprisant et trop facile. Mais c’est ainsi, c’est ainsi en ce moment du moins, car même pour de grandes et belles entreprises je reste volage et je m’y prends mal : voilà, la femme me fascine, la femme m’attire, la femme en moi se questionne et décide de lire du féminin mal barré pour y déceler le lien, un semblant de communauté et de corps partagés. Chez les putes cette fois-ci, et y ai-je trouvé ma came ? Pas sûre. Mais c’était une belle histoire, et cela m’a suffi.

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Bouquin #174 : Nirliit, de Juliana Léveillé-Trudel (#RL2018)

[Nirliit – Juliana Léveillé-Trudel – 2015 ; sortie française 2018]

Il s’agit donc encore une fois de trouver les mots, et tu sais comme cela m’est dur, lorsqu’un texte résonne si fort pour lui-même, semble tout dire et te foudroie par sa justesse, sa sincérité, sa puissance, tu vois j’en trouve des mots, mais ils sont tièdes et trop convenus pour arriver à la cheville de ce bouquin ravageur. Alors je me perds dans Salluit, loin de tout et à portée de clavier, je visionne à m’en brouiller la vue, mille fois, les mêmes photographies de baraquements austères sur fond de neige que l’on voudrait éternelle et qui semble si douce, si innocente à travers l’écran, à travers Google et ses imaginaires qu’une simple recherche réveille en moi – à quand l’exil en contrée vierge et au nord de ce monde ? Salluit, ma belle, tu me paraîtrais presque cocon à te voir parader dans ta robe de pixels bien silencieuse, je rêve de toi à présent, tu m’attires malgré ta misère et tes morts, far north, terre sainte, face cachée de la lune. Salluit, « ville des gens maigres », village plutôt, village des gens maigres et blessés par l’abandon. Tu es mirage pour qui se rêve en touriste dans tes rues si sobres et simples, un autre genre d’exotisme, mais pour pleinement te saisir, péquenaude du Grand Nord, il faut te lire.

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Bouquin #173 : Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (#RL2018)

[Arcadie – Emmanuelle Bayamack-Tam – août 2018]

Cela part d’un résumé-éditeur dont les inclinaisons me tentent : une communauté bucolique et libertaire, fusion d’inadaptés et d’âmes fragiles, remet son altruisme en question à l’arrivée de choses qui dérangent – des migrants. Voici un thème qui m’interpelle et me révolte, une misère face à laquelle je reste conne et c’est pour cela, précisément, que j’ouvre Arcadie : j’ai besoin de littérature pour comprendre l’accueil et les effrois qu’il suscite. Arcadie, pourtant, n’a pas tenu ses promesses, sinon sur une soixantaine de pages, à peine (le livre en compte quatre-cent et des brouettes). Mais j’y ai découvert une plume sagace et un personnage unique, et il ne m’en fallait pas plus pour pardonner à POL son synopsis complètement foiré (vendeur ? On y reviendra).

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Bouquin #172 : Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier (#RL2018)

[Par les écrans du monde – Fanny Taillandier – août 2018]

BRILLANT. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit, sans doute le plus juste. Deux-cent-cinquante pages de construction et de déconstruction de l’Histoire telle qu’elle nous a été contée et que nous la connaissons tous : deux tours hautes et grises filmées en 4:3, un avion perpendiculaire, puis un deuxième, fumée, feu, fumée, effondrement. J’avais sept ans et demi et je faisais un puzzle sur la grande table du salon lorsque ma mère m’a intimé (les larmes aux yeux, je me souviens à présent) de ne plus regarder, qu’on prendrait le temps de m’expliquer, plus tard. Au flanc des tours agonisantes il y avait ces points noirs qui filaient vers le bas, j’ai compris plus tard que c’étaient des corps, et le lendemain à l’école tout le monde ne parlait que de ça.

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Bouquin #170 : Station Eleven, d’Emily St. John Mandel

[Station Eleven – Emily St. John Mandel – 2013 ; trad. 2016]

Je te parlais ici de l’importance d’élire LE bouquin à emmener en vacances, LE camarade valeureusement tiré de son sommeil de bibliothèque pour subir la torture d’un voyage en tête à tête avec une paire de tongs pas fraîches dans une valise trop petite, dont il ne sortira que pour passer entre toutes les mains – eh, fais donc voir ce que tu lis en ce moment ! – après avoir été essoré (froissé, corné, adoré) de gare en gare, sous de multiples néons. Bon, en vrai, mon sac comptait onze bouquins pour quinze jours de vacances (et pas assez de tee-shirts propres), mais un seul m’a suivie lors de mon mini-périple de cent-douze-mille heures (= un week-end) en train à travers la France des copains, et ce truc-là s’inscrit sans nul doute parmi mes trois meilleures lectures de 2018 so far, tellement c’est de la bombe, tellement c’est intense et brillant et impossible à lâcher.

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Bouquin #169 : Casting sauvage, d’Hubert Haddad

[Casting sauvage – Hubert Haddad – 2018]

A petite dose, Hubert Haddad requinque. J’ai sur sa plume un regard un peu tendre – tu en fais trop, parfois – et une grande admiration – tu en fais trop mais tu le fais bien. Ce n’est pourtant pas mon genre, les livres écrits au dictionnaire, surtout en ce moment où je rêve de textes toujours plus libres et spontanés, mais je me suis prise au jeu de cette errance verbeuse dans un Paris de cicatrices, et Casting sauvage m’a emportée.

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