Bouquin #125 : Le Pavillon d’or, de Yukio Mishima

[Le Pavillon d’or – Yukio Mishima – 1956]

Toi qui traînes régulièrement en ce lieu, tu commences à connaître mes petites craintes : je n’approche les maîtres qu’à pas de loup, je renifle mille fois le morceau avant d’y planter mes crocs, bref, il me faut quelque temps pour faire germer la confiance et plonger. Itou, donc, pour Mishima : cela fait bien un an et des poussières que je souhaite découvrir le bonhomme sans oser franchir le seuil de son œuvre, briser l’aura intimidante, le mythe. Il y a quelques jours cependant, je me suis sentie prête. J’ai pris mes heures, mon calme, mes lignes de réflexions. J’ai construit ma lecture plus qu’elle ne fut linéaire, j’ai cherché des explications à mes pourquoi diable, j’ai marqué et gribouillé : j’ai choisi d’habiter le roman, de ne pas en laisser une seule miette.

Et j’en ressors à la fois épuisée et heureuse, embrouillée et stupéfaite, avec l’envie de tout laisser tomber pour bouffer du Mishima plein-pot. Ce qui arrivera, petit à petit, au fil des ans bien sûr, une fois digéré le premier pas, une fois établies mes impressions… ce que, cette fois-ci, je suis bien en mal de faire : prend donc la bafouille qui vient comme un cercueil de sensations cueillies à chaud et mal dégrossies, mais marinées d’enthousiasme – c’est ce qui compte.

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Bouquin #92 : Le tatouage (et autres récits), de Junichirô Tanizaki

[Le tatouage ; Les jeunes garçons ; Le Secret – Junichirô Tanizaki – 1910-1911]

Toujours le corps, toujours la peau, toujours les odeurs et leur ivresse et leurs désirs et ces étincelles qui fusent sans bride ni repos. Après m’avoir conté les petons mignards d’une jeune geisha, Tanizaki redouble de séduction et me laisse languissante, palpitante, sous le feu de ces trois nouvelles de jeunesse réunies en un livre ardent par les éditions Sillage. Lire la suite

Bouquin #86 : Chroniques de l’oiseau à ressort, de Haruki Murakami

[Chroniques de l’oiseau à ressort – Haruki Murakami – 1995]

Pas le moindre mot, ou plutôt, tous les mots à la fois. Pas la moindre idée, et toutes les pistes du monde à explorer. Dévoré en une semaine au fil de nuits pâles et délicieuses, Chroniques de l’oiseau à ressort me laisse le cerveau retourné, dans un vrac total – je tente depuis quelques jours de remettre les éléments à leur place pour tirer tout le jus de ce bouquin à la richesse infinie et souvent insondable.

Dans ma quête de clarté, j’ai fouiné à travers le web – une fois n’est pas coutume – en quête de ficelles exégétiques qui auraient pu, un tant soit peu, ramener un brin de lumière dans le fouillis de ma propre lecture… Las : il apparait, au fil des analyses semées çà et là par les internautes, que ce roman trouve un écho différent en chaque lecteur. A travers les strates de cet énorme pavé s’ouvrent ainsi une multitude de passages où s’engouffrer et où se perdre, à la recherche de réponses qui ne seront jamais données. Il y a de quoi égarer son bon sens, oublier ses repères, et la chronique qui suit sera surement – j’en suis bien désolée – à l’image de mon expérience : déboussolante, et déboussolée.

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Bouquin #76 : Pays de neige, de Yasunari Kawabata

[Pays de neige – Yasunari Kawabata – 1935/1948]

Je n’ai rien compris.

Je n’ai vraiment, absolument rien compris.

Qu’il s’agisse, d’ailleurs, du fond comme de la forme : la narration m’est apparue aussi opaque que la structure même de ce roman, que j’espérais contemplatif, très poussé sur l’esthétique, et qui, en vérité, m’a semblé construit sur de multiples défauts.

L’on m’a notifié, sur Twitter, que je lisais « au kilomètre » et qu’en conséquence, je ne pouvais comprendre que le plus facile de la littérature. La remarque m’a fait sourire – m’a piquée également – mais elle comporte tout de même une part de vérité : certes, je ne lis pas avec un esprit marathonien – que cela soit clair – mais en ce qui concerne la littérature japonaise, très éloignée de la culture occidentale, beaucoup d’œuvres restent inaccessibles à mon instinct de débutante. Je suppose que ce premier roman de Kawabata (l’auteur a obtenu le Nobel en 1968) en fait partie, et je le classe d’ores et déjà sur la liste des textes à relire lorsque j’aurais approfondi mes connaissances sur le pays du Soleil levant.

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Bouquin #67 : Abandons (nouvelles), de Hiromi Kawakami

[Abandons – Hiromi Kawakami – 1999]

Puisque je souhaite découvrir la littérature du pays du soleil levant, et que, malgré l’élaboration de listes d’écrits à aborder, je reste très bordélique, je me laisse souvent tenter par l’inconnu lorsque le nom de l’auteur correspond à l’idée que je me fais d’un patronyme japonais : une mélodie saccadée avec quelques W, deux-trois K et pas mal de I. C’est sur ce schéma bancal qu’un recueil de nouvelles sobrement intitulé Abandons a atterri sur mes étagères à l’issue d’une énième virée chez les bouquinistes. Erreur : plutôt que de me fier à mon instable « pifomètre », j’aurais mieux fait, cette fois-ci, de demander conseil à un libraire. Sur les huit nouvelles présentées, deux ont su me ravir ; quant aux autres, je reste perplexe…

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Bouquin #64 : Le pied de Fumiko, de Junchirô Tanizaki

[Le pied de Fumiko et La complainte de la sirène – Jurichirô Tanizaki – 1917 et 1919]

Lorsque me prend une envie de douceur et de poésie, je me tourne instinctivement vers la littérature est-asiatique, que je connais pourtant très, très (très, très, très) mal. Et cette association géographiquement hasardeuse – et très imprécise – entre la prose du Levant et l’apaisement de son lecteur fonctionne à coup sûr ! C’est ainsi que j’ai abordé pour la première fois l’œuvre de Tanizaki, à travers deux écrits de jeunesse nageant dans les eaux troubles du désir et de l’amour…
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Bouquin #26 : L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, d’Haruki Murakami

[L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage – Haruki Murakami – 2013]

Il y a de ces auteurs vers lesquels on aime revenir, pour une lecture dont on sait par avance qu’elle sera belle et tendre, poétique et réconfortante. Pour moi, Murakami est de ceux-là. Son univers tout particulier m’a frappée à l’été 2013, lorsque j’ai découvert sa trilogie 1Q84 ; le coup de foudre s’est confirmé quelques mois plus tard, aux premières lignes de Kafka sur le rivage, qui reste depuis mon grand favori. Et si jusque-là, je n’avais lu que les traductions françaises, j’ai choisi de me pencher sur le travail de l’écrivain sans sa version anglaise, dont on jure souvent qu’elle serait plus « fidèle » à la plume Murakamienne. Soit. La différence ne s’en est pas trop ressentie mais le plaisir est resté intact : une fois de plus, la créativité et l’écriture de Murakami m’ont envoûtée, et son évocation de la solitude m’a touchée en plein cœur. Lire la suite