Bouquin #77 : Miniaturiste, de Jessie Burton

[Miniaturiste – Jessie Burton – 2014]

Lu en quatrième de couverture : « Si vous avez aimé Le Chardonneret de Donna Tartt, vous adorerez ce livre. » Pitié, quelle erreur ! La comparaison tombe absolument à plat : non seulement les deux romans n’ont rien en commun – si ce n’est leur rattachement (mineur pour Le Chardonneret) à la ville d’Amsterdam – mais le dernier opus de Tartt surpasse largement, en fond et en qualité, le premier roman de Jessie Burton… J’attendais beaucoup de Miniaturiste, ce grand succès commercial encensé par la critique : j’ai certes passé un bon moment de lecture, mais j’en ressors tout de même un brin déçue, avec cette impression amère d’avoir trop vite mordu à l’hameçon pour un texte finalement bancal et largement perfectible. 77 Miniaturiste

Pour son premier roman, Jessie Burton s’est parée d’un synopsis courageux et très alléchant : à l’automne 1686, Petronella – Nella – Oortman, tout juste dix-huit ans, débarque à Amsterdam pour y vivre avec son nouveau mari, le mystérieux Johannes Brandt. La jeune fille découvre une ville active, commerçante, ouverte sur tous les flots et résolument moderne – à l’inverse, la bonne société amstellodamoise reste sclérosée par un esprit obtu, scrutateur, où tout se dit et tout se sait. Dans cette ambiance hostile, au cœur d’un manoir respirant le non-dit, Nella la naïve louvoie pour trouver sa place et tente de résoudre un curieux mystère : quelles sont les intentions du miniaturiste dont elle reçoit des cadeaux étrangement réels et prémonitoires ?

Suspense, histoire, et portrait de femme forte : voici, à vue de nez, ce qu’on pouvait espérer de Miniaturiste. Le contrat, certes, et respecté… mais l’ensemble manque cruellement de souplesse, et malgré des efforts visibles, Burton nous offre à lire une copie mal ficelée, où le twist, utilisé à outrance, tente de masquer les faiblesses de l’intrigue : quitte à alléger certaines actions, on aurait aimé en savoir beaucoup plus sur la figure du miniaturiste, et quelques pages supplémentaires n’auraient pas été du luxe pour rattraper une fin bouclée à la va-vite.

L’écriture, de même, m’a frappée dès les premières pages… pour sa simplicité presque pauvre, sans doute accentuée par l’usage du présent. Jessie Burton dissèque chaque action, parfois de plus inutiles, et les invectives que s’adresse Nella (« Voyons, Nella-Elisabeth ! Allons ! ») m’ont plusieurs fois fait rire, pour leur aspect franchement niaiseux, absolument ridicule.

Si le style ne frappe pas loin, il a tout de même l’avantage de ne pas freiner le lecteur dans son immersion dans le récit… et, de ce côté-là, c’est une réussite : pour peu que l’on oublie tous les défauts énumérés ci-dessus, l’histoire devient alors captivante, pas trop mal menée – on arrive à y croire. Inspirée par une maison de poupée ayant appartenu à la véritable Petronella Oortman, Jessie Burton a multiplié les recherches, et parvient sans difficulté à recréer le froid esprit de la haute société amstellodamoise – dans ce monde sans pitié, Dieu et l’argent règnent en maîtres. L’auteur a le mérite de se frotter à des thèmes osés, presque militants (féminisme, sexualité, racisme) et ne s’en sort pas si mal que ça, malgré l’accumulation de révélations jusqu’aux limites du probable. L’héroïne, si stupide dans les premières pages, se façonne peu à peu, et par la force des choses, un caractère de femme forte : schéma classique, usé jusqu’à la moelle, mais qui, ici, fonctionne relativement bien – j’ai particulièrement aimé les derniers chapitres, construits autour d’un trio féminin intelligent et bien pensé.

Miniaturiste ne restera sûrement pas longtemps dans ma mémoire – ni dans ma bibliothèque – mais fut tout de même une bonne lecture, dont j’aurais cependant espéré mieux, surtout venant de la sélection Gallimard.

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7 réflexions sur “Bouquin #77 : Miniaturiste, de Jessie Burton

  1. J’ai pour ma part apprecié la lecture de ce livre. Même si j’ai été tres décue par l’histoire du miniaturiste. Je pensais que le roman allait évoluer de manière un peu fantasique autour de ce personnage et finalement cela n’est pas le cas. J’ai cependant beaucoup aimé les personnages (particulièrement Marin) et j’ai adoré la peinture que nous fait Jessie Burton de la société d’Amsterdam de cette époque.

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