Bouquin #104 : Le garçon, de Marcus Malte

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[Le garçon – Marcus Malte – 2016]

J’aime les personnages solitaires. Lorsque je me prends à écrire, toujours naissent sur la page des âmes esseulées, des inadaptés, des étranges, des types un peu cassés et pas très bavards. Lorsque j’ai lu pour la première fois le résumé du Garçon, dans je ne sais quel magazine écumant les titres les plus attendus de la rentrée littéraire, une voix a résonné : « Lola, ce livre est fait pour toi ». J’ai attendu Noël. J’ai attendu la fin des partiels : semaine de calme après la tempête, semaine passée au creux du plaid à faible lumière, semaine délicieuse à boulotter les aventures de ce brin d’homme jeté à la face du monde… Lire la suite

Bouquin #103 : Le tour du monde en 72 jours, de Nellie Bly

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[Le tour du monde en 72 jours – Nellie Bly – 1890]

Il y a un an, je découvrais une héroïne : Nellie Bly, bout de femme intrépide, joueuse et bardée de bagou, en immersion pendant dix jours dans un asile de la honte pour le compte du New York World. Exhumé par les superbes éditions du Sous-sol, le reportage m’avait absolument conquise, tant il trempait avec vigueur la plume dans une plaie d’époque, avec toujours ce ton malicieux, ce regard affûté et un culot à tout épreuve. J’attendais donc beaucoup du Tour du monde en 72 jours, deuxième opus des aventures de la jeune femme… Et si l’ensemble ne manque pas de piquant, je ressens tout de même une certaine frustration à la lecture de ce voyage dont, en définitive, l’on apprend pas grand chose, si ce n’est qu’il représenta un incroyable coup marketing pour l’ami Pulitzer… Lire la suite

2016 – Prendre le temps

Je ne m’en rends compte que maintenant : c’est devenu un acte. Une brasse à contre-courant, un retrait, un biais. Prendre le temps : saisir ce qui échappe et semble fuir toujours plus avant, décaler son regard, bousculer ses habitudes et celles de la société. Prendre ce temps pas plus précieux qu’hier mais toujours plus fragmenté, orienté, monétisé. En 2016, je me suis vue dans cette dimension-là, à cheval sur l’horloge, et j’ai réalisé : je ne pourrai m’accomplir qu’en recul du monde à cadence, avec ce privilège que je m’accorde, ce nouvel angle de vue.
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Bouquin #102 : Le loup des steppes, de Hermann Hesse

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[Le loup des steppes – Hermann Hesse – 1927]
« Seulement pour les fous »

A peine deux-cents pages et pourtant bien dix jours de voyage aux côté de ce Loup des steppes, que je rends à mes étagères bouffi de marques-page, annoté à chaque ligne, surligné, corné, défiguré, essoré de toute part… Et encore, je sens qu’une seule lecture, aussi intense ait elle été, ne suffit pas à comprendre l’entière moelle de ce roman énigmatique, parfois aux frontières de l’essai ou du traité philosophique – roman entier, réfléchi dans son moindre détail, pensé jusqu’au plus petit symbole et dont le rythme même participe du propos…

Aussi, devant tant de richesse, ne suis-je pas certaine d’avoir tout saisi, tout perçu : ce que je sais seulement, c’est que ce petit rien en papier a eu sur moi des effets d’orage, et offre un brillant point d’orgue à cette année de lecture souvent tournée vers la recherche de ce qui me fait moi – de ma propre humanité. Lire la suite

Bouquin #101 : La quête, de Naguib Mahfouz

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[La quête – Naguib Mahfouz – 1964]

A la faveur d’une énième braderie de bibliothèque (sacro-saint désherbage pour lequel je réponds toujours présente), me voici à lire, pour une fois, autre chose que de la « littérature blanche », à explorer une zone inconnue, en dehors de celle qui m’est confortable et à laquelle je ne déroge finalement que peu. Mahfouz entre mes mains : auteur prolixe, prix Nobel 88 et dont, pourtant, je n’avais jamais goûté la plume – je commence donc à tâtons, avec La quête
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Bouquin #100 : Pnine, de Vladimir Nabokov

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[Pnine – Vladimir Nabokov – 1957]

Au début, on pourrait le croire simple maladroit, curieux débonnaire. Timofey Pnine arrive en gare et saute dans le mauvais train. Avec enthousiasme, naïveté – les charmes du parfait antihéros. Puis les saynètes s’enchaînent, décousues : Pnine, marionnette un peu gauche, évolue en société sous les yeux d’un narrateur plein d’esprit et à l’humour chatouilleur… Lire la suite