Bouquin #70 : Dix heures et demie du soir en été, de Marguerite Duras

[Dix heures et demie du soir en été – Marguerite Duras – 1960]

Le soleil, l’Espagne et ses manzanillas que l’on boit au frais. L’orage sanguinaire, la naissance du désir, et un triangle amoureux d’une sensualité palpable, incandescente, sur le point de se donner à voir. Au soir, un double meurtre… Dans ma découverte de l’œuvre Durassienne, j’ai pioché au hasard ce titre à la fois précis et très poétique, comme un appel aux vacances, à la fraîcheur, au repos du crépuscule. J’en ressors à la fois conquise et très agacée…

70 Dix heures et demie du soir en été

Maria aime Pierre qui ne sait plus trop où il campe. Car il y a Claire, cette amie du couple, dont les yeux d’eau éveillent un désir de chair interdite, alors que les trois êtres – plus un enfant – sillonnent l’Espagne dans le berceau de l’été. L’orage gronde entre les cœurs comme dans le ciel : une escale s’impose. Ce sera dans un village atterré par la mort de deux jeunes amants, tués par un mari jaloux. Rodrigo Paestra est son nom, et il se cache sur les toits.

Il m’est difficile d’aller plus avant dans l’intrigue, au risque de trop en révéler – le récit, très simple, est également court, cent-cinquante pages. S’il n’y a qu’une chose à en retenir, c’est que Duras fait du Duras – pour le meilleur (souvent) comme pour le pire. Derrière l’érotisme subtil dégagé par le triangle d’amour – entre homme et femme, mais aussi entre les rivales – éclot tout le génie de l’écrivain qui parvient, avec parcimonie, à distiller les indices, la langueur, les instants de désir. Autre point parfaitement maîtrisé : la nuit d’orage hantée par la perte de Rodrigo Paestra, dont la traque et la fuite apportent un rythme salvateur au récit.

Salvateur, dis-je, car sans cet épisode, le propos s’enlise dans une écriture à la fois très belle et très énervante, comme c’est souvent le cas avec Duras. Le discours est pondéré, ponctué de répétitions minutieuses, de « peut-être », d’incertitudes sans doute nées de l’alcool qu’éponge Maria, tant pour effacer le drame du mari trompeur que pour s’effacer elle-même au regard de ses compagnons de voyage. Duras écrit avec la précision d’un metteur en scène, au présent, détaillant les gestes, les souffles et les regards. Souvent, l’effet marche, mais quelquefois, ce trop-plein de mots pourtant utilisés avec économie – on le sent – en devient lassant.

Je poursuis toutefois ma route Durassienne – je ne sais pourquoi, c’est subit, mais son style me fascine – en espérant mieux apprécier mes prochaines pioches !

Toutes mes chroniques sur Duras sont par ici.
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