Bouquin #214 : Désintégration, d’Emmanuelle Richard

[Désintégration – Emmanuelle Richard – 2018]
Sélectionné pour le Prix du Meilleur Roman des éditions Points

A bien des égards, je suis une privilégiée. Certes, je vis sur un Smic (banal), j’ai un prêt à rembourser (sans surprise) et la gueule de mes factures de chauffe me fait souvent grincer les dents l’hiver (évidemment), mais je n’ai pas à me plaindre – je ne compte rien, je mange bien et mes fins de mois sont comme les débuts, ni étriquées, ni dispendieuses. Que retenir, donc, de cette Désintégration, cri du pauvre attrapé au vol par ma conscience de bien-lotie, torpille de haine à l’égard des jolies gens, de la rive gauche BCBG, des incapables de la trime ? Une lucidité brillante, des crocs acérés jusqu’au jubilatoire… et un certain agacement.

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Bouquin #211 : La nuit des béguines, d’Aline Kiner

[La nuit des béguines – Aline Kiner – 2017]

Je ne sais pas si c’est de saison, mais j’ai subitement eu besoin, il y a quelques jours, d’un roman érudit ambiance « Moyen-âge et héroïnes badass » – tout comme, à la même époque l’an dernier, je m’étais laissée séduire par Le cœur converti dont je garde un souvenir brillant et étrangement automnal… Je suis donc allée piocher dans l’insondable et délicieuse liste de mes envies et en ai tiré La nuit des béguines, très encensé à sa parution et dont j’avais mystérieusement loupé le coche (puisqu’on ne peut pas tout lire, frustration permanente du métier, que je compense allègrement en ce moment béni de congé mat’ où j’écume une PAL de cinq mètres…). J’y ai ainsi trouvé mon content de Moyen-âge et ma dose d’héroïnes badass, et me suis glissée, un temps, dans l’habit de ces femmes extraordinairement libres et savantes, à l’aube du XIVe siècle…

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Bouquin #208 : La vallée des rubis, de Joseph Kessel

[La vallée des rubis – Joseph Kessel – 1955]

Je reviens à mes premières amours. Kessel, longtemps chéri comme un grand-père (troisième homme de ma vie, disais-je alors), lu abondamment il y a quelques années et tristement délaissé depuis, par manque de temps pour mon panthéon personnel… L’immense Kessel, sa plume de sel et de fer, ses voyages innombrables et périlleux livrés en feuilletons dans les journaux d’époque, ce regard si clairvoyant, si prompt à dresser de justes portraits, à nous faire aimer les hommes, leur bravoure, leur folie ! Dans cette folle passion, j’ai tout de même de la chance : le bonhomme fut prolifique, assez pour me faire rêver encore quelques dizaines d’années, à raison d’une évasion par ci, par là, à la lueur de mon admiration béate. Pour ce retour aux délices kesseliens, j’ai choisi la Birmanie et son ventre couleur de sang…

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Bouquin #204 : Roissy, de Tiffany Tavernier

[Roissy – Tiffany Tavernier – 2018]
Sélectionné pour le Prix du Meilleur Roman des éditions Points

Il y a des romans de hasard. De ceux que l’on découvre par surprise, sans rien décider, à l’aventure d’une enveloppe décachetée. Je n’aurai sûrement jamais lu Roissy s’il n’avait été sélectionné pour le prix du Meilleur roman des éditions Points, auquel je participe cette année en tant que jurée – ça aussi un hasard, coup de tête heureux. Je m’y suis plongée un soir, presque par devoir… et j’ai succombé.

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Bouquin #201 : Maggie Exton, de Zoé Shepard

[Maggie Exton – Zoé Shepard – 2019]

C’était sympa, mais je n’ai rien compris. Du moins tout juste assez pour avoir envie de finir (bazarder ?) le bouquin au plus vite – au point où j’en étais rendue dans mon gouffre d’ignorance, j’aurais d’ailleurs dû m’accorder le plaisir de sauter des pages, cela m’aurait épargné bien des heures inutiles à pester contre la construction de ce roman. Pas un mauvais roman, attention : juste terriblement mal foutu – d’autant plus que mon cerveau, en bon mouton aoûtien, a tiré les persiennes et me laisse ramer seule…

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Bouquin #200 : Partiellement nuageux, d’Antoine Choplin

[Partiellement nuageux – Antoine Choplin – 2019]

J’écris aujourd’hui la deux-centième chronique de ce coin du web – pour l’occasion, j’ai réservé une petite douceur, de ces textes très courts à lire d’une traite à faible lumière, comme une escapade poétique à demi-secrète. Cela fait du bien, de temps en temps, entre deux pavés narratifs, de grignoter un opuscule plus confidentiel, peu de pages, une respiration. Aujourd’hui donc, voyage en terres de mémoire, dans un Chili partiellement nuageux, sous la plume lumineuse et simple d’Antoine Choplin.

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Bouquin #190 : Né d’aucune femme, de Franck Bouysse

[Né d’aucune femme – Franck Bouysse – 2019]

Il faut tout de même que je te parle de Rose. C’est important, surtout maintenant, pour qu’un caractère libre chasse de cet espace la nuque baissée de mon précédent billet. Rose m’obsède, à sa manière – une présence douce et opiniâtre. Je l’ai connue il y a quelques semaines et je ne sais toujours pas comment te la présenter, tant elle m’impressionne. C’est une sacré gamine, Rose. Une héroïne sauvage, une lumière.

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Bouquin #186 : Kiruna, de Maylis de Kerangal

[Kiruna – Maylis de Kerangal – 2019]

Il y a une sorte d’endroit merveilleux où je peux passer des heures : Google earth. De préférence aux exils Nord et Sud, dans ces coins isolés à peine documentés par des connectés de passage, où l’on trouve parfois de surprenants villages bâtis à la va-vite, en préfabriqués austères, avec en leur centre une église aux dorures immaculées, presque indécentes. Les routes sont droites et larges, les silhouettes emmitouflées brillent de fluo, beaucoup d’hommes, du béton, des grues, des casques de chantier. Ce qui me fait rêver devant un écran, ce que j’associe gentiment avec l’idée de retraite et de solitude se découvre sous un jour grisâtre, utilitaire, pas même glacé.

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Bouquin #185 : Le diable emporte le fils rebelle, de Gilles Leroy

[Le diable emporte le fils rebelle – Gilles Leroy – 2019]

Sacrée claque. Attendue depuis longtemps et sur les crocs, puisque je rame, depuis le début de l’année, dans des lectures qui, à deux ou trois louables exceptions, manquent de piquant et me donnent les paupières lourdes – ou peut-être est-ce simplement mon attention qui hiberne, va savoir. J’avais donc besoin de court, de puissant, quelque chose de l’ordre d’un shoot pour me remettre dans les rails d’une vie littéraire curieuse et enthousiaste – en cas de coup de mou, se fier à la promesse d’un titre – et bim ! À point nommé, le diable m’a emportée moi aussi : chute en colimaçon dans l’âme maudite d’une si mauvaise mère…

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