Bouquin #39 : Amok, de Stefan Zweig

[Amok – Stefan Zweig – 1922]

Pourquoi, pourquoi donc je ne goûte pas plus régulièrement au talent de Zweig ? C’est une question que je me pose à chaque nouvelle lecture de cet écrivain qui a atterri dans mes bibliothèques en 2013, lors de mon retour aux livres après plusieurs années d’abîme culturel. Le joueur d’échecs lançait alors son harpon et Vingt-quatre heures de la vie d’une femme le fichait dans mon esprit de toute jeune lectrice en émoi.

Amok Stefan Zweig

Je suis donc retournée à mes premières amours le temps d’une soirée, loin dans un Est moite, berceau de la folie, avec Amok.

Et j’ai retrouvé avec délice l’écriture de Zweig, doux mélange de précision et de souplesse, d’intelligence et de concision. Une fois encore, le narrateur installe son décor en quelques pages – une nuit étoilée et silencieuse sur un paquebot de croisière, en vogue entre les Indes et l’Europe. Le lecteur s’y pelotonne dans l’attente d’une histoire. Et le récit arrive, de la bouche d’un homme à peine esquissé, resté dans l’ombre, mystérieux et vaguement fou.

Nous voici alors immergés dans l’exil brûlant d’un camp colonial isolé, au cœur d’un « pays maudit qui vous ronge l’âme et vous suce la moelle des reins ». Il n’y a qu’un seul Blanc, un médecin : c’est celui qui raconte. Ses sept ans de solitude, rompus par l’arrivée d’une femme, une anglaise, froide et distante, venant éliminer dans les tréfonds de la cambrousse une vie illégitime nichée au creux de son ventre.

Refus du médecin. Inexpliqué, barbare, déclenché comme naît la folie, par l’orgueil effronté de cette femme qu’il désire, mais qu’il désire soumise, matée, hors de nuire. Le récit se fait haletant, semé de points de suspension, et l’on sent l’inconnu resté dans l’ombre agonir sous la honte, et se laisser gagner par l’amok : cet énigmatique délire oriental qui pousse les hommes à courir droit en tuant tout obstacle.

Menée par le couple de la honte et de la folie et sublimé par une fin inévitablement tragique, Amok se lit d’une traite, et comme pour toutes les autres nouvelles de Zweig, constitue un bon début pour qui souhaite découvrir l’écrivain.

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8 réflexions sur “Bouquin #39 : Amok, de Stefan Zweig

  1. Zweig est l’un de mes auteurs préférés. Découvert au lycée grâce à un prof super qui m’avait conseillé sur une copie de contrôle de lire Le joueur d’échec et Amok, j’ai immédiatement été fascinée par sa plume, par sa justesse, par les émotions qu’il décrit avec tant de subtilité. J’ai ensuite dévoré un recueil de nouvelles, puis La pitié dangereuse. Certaines m’ont profondément marquée, d’autres un peu moins, mais je les ai toutes aimées. Ses biographies (Marie Stuart, ma préférée, Marie Antoinette, Fouché…) sont tout aussi passionnantes. Vraiment un grand grand grand écrivain à lire et à relire.

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    1. C’est un de mes auteurs favoris également, vers lequel je reviens régulièrement depuis ma découverte du Joueur d’échecs puis de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme qui reste un de mes textes préférés. Je ne me suis pas encore attaquée à la partie biographique de son oeuvre, mais j’ai hâte !

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