Bouquin #38 : Moderato Cantabile, de Marguerite Duras

[Moderato Cantabile – Marguerite Duras – 1958]

Dans ma boulimie de nouvelles découvertes littéraires, je vogue aux quatre vents sans me soucier de mes grands écarts entre les plumes, les langues, les genres. Et si je ressens les différences d’une lecture à l’autre, ce n’est que pour mieux les apprécier. A l’exception de ce dernier virage, amorcé entre la narration épaisse et fouillée de Ken Kesey et le minimalisme propre au Nouveau roman servi par Duras dans Moderato Cantabile. Le décalage fut trop abrupt pour que je puisse estimer l’œuvre de Duras à sa juste valeur. J’en ai simplement perçu l’étrange beauté derrière une écriture toujours singulière et retenue, tissant un récit en éternel point d’interrogation.

Moderato Cantabile

Je pourrais, comme à mon habitude, cracher des bribes d’un vague résumé : Anne Desbaresdes, femme solitaire, un enfant. Sa vie heurtée par un crime passionnel commis dans un café. Le hasard des choses, la rencontre de Chauvin, un homme qui la désire, et des conversations nourries par le vin. Voilà pour esquisser la trame de cette énigme qu’est Moderato Cantabile. Mais le récit va au-delà de ce qu’il ne tente même pas de raconter et semble vouloir se dépouiller des faits pour toucher, du plus près, aux sentiments et au désir. Par essence, les mots sont obligatoires : leur usage sera donc parcimonieux et étudié.

Au final, on ne comprend pas tout et cela peut énerver par moment. Un peu de patience et un certain abandon suffisent néanmoins pour se laisser porter, en toute confiance ; la beauté du texte jaillit alors d’elle-même, puissante et révélatrice, comme lors de cette scène, vers la fin, où un magnolia à demi fané concentre la force du désir de deux êtres, ébauché en quelques lignes par une plume dépouillée, à nu.

On ne lit pas Moderato Cantabile pour le comprendre, on en apprécie simplement la pudique poésie. Peut-être est-ce cette absence d’intrigue, de logique, de matière qui m’a surprise, alors que neuf cents pages et trois semaines de Kesey m’avaient habituée à un fourmillement de mots et une narration établie. Je relirai donc ce bel écrit, mais la tête vide, les pensées vierges et l’esprit ouvert à cette étrange beauté née sur le fil de trois fois rien.

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