Bouquin #112 : Amour sur une colline dénudée, de Anyi Wang

[Amour sur une colline dénudée – Anyi Wang – 1993]

Petite lecture choisie sur les bons conseils de mon pifomètre, et toute confiance placée dans les – toujours irrésistibles – éditions Picquier… Petite lecture qu’en apparence j’espérais choupette (pour changer du sordide De sang-froid), dont je n’attendais rien d’autre qu’un saut dans l’inconnu, de la tendresse sans trop de guimauve, des mots justes. J’ai été servie, et bien plus encore : de ce bouquin que j’abordais dans le hasard et sans trop d’espérances je retiens une agréable surprise, et des mots qui, dans leur expression de l’impossible, m’ont beaucoup émue. 112 Amour sur une colline dénudée

En quatrième de couverture, cette métaphore du livre en partition amoureuse : vu et revu, me dis-je. Pour autant, l’on ne saurait faire plus juste description du récit qui nous est conté : canon de deux chants de l’existence, duet subtil entre l’homme – timide, presque las – et la femme – fatale, sinon rien. Deux histoires s’expriment d’abord de concert : celle d’un adolescent débarqué à Shanghai et en proie à la famine ; celle d’une petite fille toute neuve et pourtant déjà séductrice, toujours apprêtée. De paragraphe en paragraphe, au rythme d’une écriture très simple et pourtant resplendissante, les deux vies se forment : lui voit sa maison partir en flammes sur la volonté d’un grand-père opposé à la Révolution culturelle ; elle repousse les avances de ses mille-et-un prétendants et tricote des pulls au kilogramme. Lui intègre une troupe d’artistes en tant que violoncelliste et prend femme ; elle cède finalement à la cour d’un militaire. Ils n’ont en commun que l’amour qu’ils se réservent, sans n’en connaître encore les contours.

Leur rencontre se tisse dans un périlleux dernier mouvement, au sein du palais de la culture où tous les deux, devenus travailleurs d’état, coulent des journées molles et ennuyeuses. Le désir naît : on l’observe croître de doutes (pour lui) en affrontements (pour elle), et envahir peu à peu l’espace de ces bureaux figés où seul l’amour impose sa cadence. Jusqu’à sa réalisation, cette épiphanie à la fois violente et délicate, mais non sans danger : dans un pays où l’adultère reste le plus grand des tabous, il ne fait pas bon exposer sa passion aux yeux indiscrets… La fin, fulgurante, rayonne de beauté comme une langue ainsi tendue aux carcans sociétaux et politiques : à ce roman déjà très réussi s’ajoute un soupçon subversif qui a achevé de me convaincre…

Ma lecture d’Amour sur une colline dénudée fut curieuse : un brin distraite, j’ai en effet confondu, pour un temps, deux personnages : la femme légitime et l’amante ! Avec le recul (et après avoir farfouillé dans le texte pour trouver l’origine de mon erreur), je me demande si l’auteure n’a pas tout simplement œuvré – notamment par l’absence de nom propre – à ce brouillage de pistes… Quoi qu’il en soit, cette bévue m’a offert une lecture d’autant plus intéressante et composée, puisqu’à la partition de tête s’est ajoutée, un temps, la voix de cette première femme aimée et délaissée pour sa fatale adversaire. Et le chœur n’en a résonné que plus vaillamment.

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