Bouquin #160 : La bête à sa mère, de David Goudreault

[La bête à sa mère – David Goudreault – 2015 (Québec) ; 2018 (France)]

Encore une littérature qui a de la gueule ! Et drôle, en plus ! Découvrir David Goudreault, tout juste installé dans les librairies françaises, fut un sacré plaisir – comme l’impression de renouer avec ce genre de plume qui me réconforte, gouailleuse, entraînante et extrêmement sensible. Personnage de choix, parmi mes préférés : un loser, bien sûr ! Tu sais à quel point je les aime, ces grands dadais pathétiques, carcasses d’erreurs et de maladresses qui malgré moi me rassurent, m’offrent une respiration. Cette fois-ci, cependant, notre antihéros a des circonstances atténuantes, et une logique de vie somme toute compréhensible : il l’assume avec franchise – un soupçon de mauvaise foi, et beaucoup d’autodérision. Ce n’est pas un simple loser, c’est un loser droit dans ses bottes, une crapule accomplie et sereine. Et on ne peut, au fond, s’empêcher d’admirer cet étrange type…

160 La bête à sa mère

…qui d’ailleurs n’a pas de nom. On peut y coller n’importe quel visage, n’importe quel passé. Toi ou moi si nous avions déraillé un jour. Une somme de petits riens, la société qui vous crache à la figure : le mépris des institutions, ingrédient majeur dans la grande cuisine des laissés pour compte. Bref, notre héros vadrouille, claque ses maigres thunes en amphets et en alcool, refile son herpès génital à tout va, chipe un peu ça et là pour survivre. Et se met en tête de retrouver Maman.

Maman qu’il n’a plus revue depuis l’âge de sept ans, après avoir assisté à toute une galaxie de ses tentatives de suicide absolument ratées. Suite de l’enfance en familles d’accueil, sans lieu à soi, sans repli. Un peu de foyer, puis le grand bain de l’âge adulte, et cette envie tenace de retrouver la mère.

La proie est localisée à Sherbrooke : notre héros y emménage, et prend même un boulot à la SPA – un bonheur, pour qui, comme lui, trouve son exutoire dans la torture de petites bébêtes à poils. Le voici donc de jour à sillonner les routes du comté pour sauver chiens et chats en détresse ; de nuit à espionner maman caché sous sa fenêtre…

Tu t’en doutes, rien ne va se passer comme prévu. La vie, la vraie, avec ses bouses et ses malaises. Ce pourrait vite tourner au tragique, tant il y a matière à coudre un bel ouvrage de désespoir. Que nenni ! Rien de mieux que le noir pour se fendre la poire ! Balance ta tristesse, que l’on finisse en liesse ! Fais péter la souffrance, (ok, je m’arrête là, t’as compris le topo, et puis la boîte à rimes est cassée).

On se marre. On jubile. Et puis on est touché, parfois, au détour d’un sourire un peu jaune, cache-misère. J’ai follement aimé suivre les errances de cette grande teigne magouilleuse, qui parle en son nom et dans une verve endiablée, terriblement attachante. Charmeur comme un enfant qui sait y faire, bâti tout seul sur sa grande gueule et son assurance (ce que j’ai pu rire à la lecture de « citations » très approximatives de Platon ou du Dalaï-lama, lâchées avec un aplomb de fer !)…

David Goudreault nous régale. Mais le meilleur reste à venir : la suite des aventures de son délicieux personnage est déjà sortie au Québec, et j’attends avec impatience la parution de ces deux prochains tomes en France…

5 réflexions sur “Bouquin #160 : La bête à sa mère, de David Goudreault

  1. la couverture avait titillé ma curiosité (trop souvent impressionnée par les couvertures que j’en oublie de lorgner les noms d’auteurs, voir le résumé). je pense que je vais aller mettre mes mirettes bien rapidement dans cette lecture !

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