Bouquin #211 : La nuit des béguines, d’Aline Kiner

[La nuit des béguines – Aline Kiner – 2017]

Je ne sais pas si c’est de saison, mais j’ai subitement eu besoin, il y a quelques jours, d’un roman érudit ambiance « Moyen-âge et héroïnes badass » – tout comme, à la même époque l’an dernier, je m’étais laissée séduire par Le cœur converti dont je garde un souvenir brillant et étrangement automnal… Je suis donc allée piocher dans l’insondable et délicieuse liste de mes envies et en ai tiré La nuit des béguines, très encensé à sa parution et dont j’avais mystérieusement loupé le coche (puisqu’on ne peut pas tout lire, frustration permanente du métier, que je compense allègrement en ce moment béni de congé mat’ où j’écume une PAL de cinq mètres…). J’y ai ainsi trouvé mon content de Moyen-âge et ma dose d’héroïnes badass, et me suis glissée, un temps, dans l’habit de ces femmes extraordinairement libres et savantes, à l’aube du XIVe siècle…

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Bouquin #147 : Une vie comme les autres, de Hanya Yanagihara

[Une vie comme les autres – Hanya Yanagihara – 2015 ; janvier 2018 pour la traduction française]

J’ai laissé passer un temps, celui de la digestion, celui du ravalement d’aigreur, avant de me lancer dans ce billet mûri à grands renforts d’annotations, de schémas, de tableaux à points (oui oui !) et de recherche – assez vaine – d’exégèse éclairée sur ce long (et bavard, et éreintant) roman dont je ressors… perplexe. Pour ne pas dire déçue, du moins amère. Huit-cents pages et des brouettes, ça valait bien ce lourd attirail de notes que je trimballe dans mon carnet rouge pour tenter d’y voir plus clair – pour tenter, également, de déceler du positif sous le voile gris de ma rancœur et ne pas livrer ici un avis beuglard et las. Pourquoi A Little Life, succès quasi-univoque lors de sa parution anglophone en 2015, n’a-t-il pas su me toucher outre mesure ? Où se situe la faille – à l’intérieur, à l’extérieur du roman ? Quelques questions auxquelles je m’attelle aujourd’hui, histoire de perdre encore un peu de temps à tourner autour de ce bouquin qui m’a déjà occupée une belle douzaine de nuits, avec avidité, jusqu’au dégoût.

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Bouquin #139 : Pedro Páramo, de Juan Rulfo

[Pedro Páramo – Juan Rulfo – 1955]

Qu’elles sont douces et hors du temps, les lectures de vacances ! J’avais choisi, pour ma bienheureuse semaine de congés, plusieurs classiques à dévorer l’esprit libre, sans imminence de la nouveauté, afin de goûter – comme cela m’avait manqué ! – au juste recul de textes mûrs et socles. De la lecture de rattrapage, du plaisir brut, de l’éducation. Je n’ai eu, au final, qu’un compagnon de repos : Pedro Páramo, longtemps convoité et gardé au chaud pour les jours de calme. Je l’ai lu avec parcimonie, quelques pages par ci, quelques lignes par là, pour le simple bonheur de faire durer l’ambiance, de ne jamais quitter les terres nues et bouillantes du Mexique comme j’aurais aimé ne jamais quitter mes montagnes et ma pouzzolane auvergnate. Une pleine semaine, donc, aux côtés de ce livre étrange et cousu de cris, que je brûle déjà de relire tellement je l’ai aimé…

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Bouquin #128 : Une histoire des loups, d’Emily Fridlund (#RL2017)

[Une histoire des loups – Emily Fridlund – 17 août 2017]

J’ai attendu quelque temps – et beaucoup cogité – avant de me lancer dans la rédaction de ce billet. Histoire de mesurer les effets à long terme, de jauger les dégâts de la foudre une fois calmée la tempête. Quelques semaines après l’immersion, force est de constater : j’en suis toujours patraque, et repenser à l’expérience m’agace l’échine. Je cherche des qualificatifs. Étrange. Dérangeant. Organique. Sensible. Tout cela à la fois et encore : rien de suffisant, d’assez fort et oblique pour pleinement cerner la bête. Érotique. Glacé. Libérateur. Surpuissant.

On va commencer par ça : surpuissant. Lire la suite

Bouquin #87 : La puissance et la gloire, de Graham Greene

[La puissance et la gloire – Graham Greene – 1940]

Je croyais tout connaître du talent aigu et de l’excellence de Greene ; je me trompais. Car il y a eu La puissance et la gloire, cette masterpiece construite sur le terrain de la perfection. Soyons honnêtes : je suis une cible relativement facile lorsqu’il s’agit de sonder l’humanité dans ses méandres les plus obscurs, au-delà de tout manichéisme. Les histoires brutes et façonnées de questions existentielles me fascinent donc… mais rares sont les copies qui, à mes yeux difficiles, réussissent pleinement l’exercice : il y a toujours un manque par ici, une maladresse par là, et quelques moments d’apitoiement qui enfoncent le tout. Rien de tout cela chez Greene : le personnage avance nu, en errance, sans la sympathie de son auteur ; il agit comme en miroir de nos égarements, en appelle à notre culpabilité et nos doutes. Et c’est cette exposition sans pitié, à la fois très forte et terrifiante, qui m’a touchée en plein cœur. Lire la suite

Bouquin #85 : L’hibiscus pourpre, de Chimamanda NGozi Adichie

[L’hibiscus pourpre – Chimamanda NGozi Adichie – 2004]

L’été dernier, je connaissais un immense chagrin littéraire en quittant l’ « Americanah » Ifemelu et son ami Obinze, compagnons de papiers nés sous la plume brillante et explosive de Chimamanda NGozi Adichie. J’ai eu pour Americanah un amour fou, époumoné sur les toits et dans toutes les oreilles. Il en est de même avec L’hibiscus pourpre, premier roman de l’auteur, dont la lecture confirme haut et fort mon idée de départ : décidément, Adichie compte parmi les femmes de lettres les plus talentueuses de ce début de siècle ! Lire la suite