Bouquin #211 : La nuit des béguines, d’Aline Kiner

[La nuit des béguines – Aline Kiner – 2017]

Je ne sais pas si c’est de saison, mais j’ai subitement eu besoin, il y a quelques jours, d’un roman érudit ambiance « Moyen-âge et héroïnes badass » – tout comme, à la même époque l’an dernier, je m’étais laissée séduire par Le cœur converti dont je garde un souvenir brillant et étrangement automnal… Je suis donc allée piocher dans l’insondable et délicieuse liste de mes envies et en ai tiré La nuit des béguines, très encensé à sa parution et dont j’avais mystérieusement loupé le coche (puisqu’on ne peut pas tout lire, frustration permanente du métier, que je compense allègrement en ce moment béni de congé mat’ où j’écume une PAL de cinq mètres…). J’y ai ainsi trouvé mon content de Moyen-âge et ma dose d’héroïnes badass, et me suis glissée, un temps, dans l’habit de ces femmes extraordinairement libres et savantes, à l’aube du XIVe siècle…

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Bouquin #169 : Casting sauvage, d’Hubert Haddad

[Casting sauvage – Hubert Haddad – 2018]

A petite dose, Hubert Haddad requinque. J’ai sur sa plume un regard un peu tendre – tu en fais trop, parfois – et une grande admiration – tu en fais trop mais tu le fais bien. Ce n’est pourtant pas mon genre, les livres écrits au dictionnaire, surtout en ce moment où je rêve de textes toujours plus libres et spontanés, mais je me suis prise au jeu de cette errance verbeuse dans un Paris de cicatrices, et Casting sauvage m’a emportée.

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Bouquin #96 : 14 Juillet, d’Eric Vuillard

[14 juillet – Eric Vuillard – 2016]

La Révolution, à première vue, ça me botte pas vraiment. Trop lointain. Trop éculé par des années d’enseignement à toujours scander la même ritournelle, sur le même air, avec les mêmes documents et les mêmes bouquins usés. Jusqu’à cette année, où, à l’université, je redécouvre cette période à la faveur d’un cours mêlant littérature et cinéma : certes, on se tape Pierre Michon et Rohmer et c’est d’un chiant incroyable, mais tout de même, il y a du bon dans ces vecteurs inattendus et inventifs, à mille lieues des sempiternels alignements de dates et de faits qui ont jalonné ma scolarité sans qu’on me les explique, ou si peu – il fallait faire vite avec les moyens du bord, et surtout, grands dieux, finir ce satané programme dans les temps. La Révolution, à présent, me plaît un peu plus, et surtout m’apparaît plus vivante, passionnelle : je comprends enfin toute son importance… voire même son actualité. Je baigne dedans, je la dissèque, j’explore ses résonances. Et par une heureuse coïncidence, 14 Juillet figurait sur la liste des ouvrages sélectionnés pour le prix #RDE… Lire la suite

Bouquin #71 : La douleur, de Marguerite Duras

[La douleur – Marguerite Duras – 1985]

Il y a, en littérature, toute une production de récits plaisants, véritables moments de grâce, de poésie, d’émotion parfois, merveilles de l’imagination et de la réflexion, pépites inoubliables : bref, du très beau, et du très bon. Pourtant, jamais – ou presque jamais – un écrit ne m’a, je pense, autant bousculée que « La douleur ». Je ne parle pas du recueil en soi, qui regroupe plusieurs textes rédigés pendant les deux dernières années de l’Occupation ou inspirés de cette période, mais de sa seule pierre de voûte : un journal livré dans sa matière brute, où l’écrivain, sans souci de la forme, oscille entre lumière et désespoir dans l’attente de l’homme qu’elle a aimé, Robert Antelme, déporté en 1944 à Dachau. Lire la suite

Bouquin #53 : Titus n’aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai

[Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai – 2015]

Voici une lecture dont j’ai repoussé l’échéance autant que faire se peut – le vote pour le prix RDE pointant son imminence à l’horizon, il a tout de même fallu s’y mettre. En vérité, j’avais peur : peur de m’aventurer hors de ma zone de confort, au seuil d’une littérature instruite portant sur un pilier de la culture française dont je n’avais lu jusqu’alors qu’une seule pièce, à reculons et pour les cours. Ainsi, mine de rien, histoire d’ajouter quelques vers de Racine à ma culture avant de me plonger dans la prose d’Azoulai, je me suis rencardée : il y a une semaine, j’ouvrai Bérénice. Puis Phèdre, Andromaque, Britannicus… et les alexandrins m’ont envoûtée comme autant de serpents charmeurs. Racine, c’est beau, c’est violent, c’est actuel et universel : et dire que sans mon effroi face au travail de l’auteur – par ailleurs parfaitement accessible – je n’aurais pu prendre la mesure de cette richesse ! Lire la suite

Bouquin #44 : La Cache, de Christophe Boltanski

[La cache – Christophe Boltanski – 2015]

Cette fin d’hiver, j’ai la chance de compter parmi les jurés du prix du Roman des étudiants lancé par France Culture et Télérama. Et l’expérience représente, pour moi, un grand avantage : celui de me faire lire des parutions récentes, fraîchement sorties des rotatives – ou presque. J’ai donc attaqué mon cycle #RDE par un nouveau-né de la rentrée littéraire 2015, de ceux qui me faisaient le plus envie : La Cache, de Christophe Boltanski.

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Bouquin #34 : La dentellière, de Pascal Lainé

[La dentellière – Pascal Lainé – 1974]

Un jour, sûrement d’ennui sévère, je suis tombée par hasard sur un téléfilm dont je ne me rappelle plus l’histoire, mais dont je sais seulement que l’ensemble m’avait paru plutôt nul. Dans ce téléfilm cependant, il était question, vaguement, d’un roman, apparu deux-trois fois dans un coin de l’écran. C’est ainsi que La Dentellière, Goncourt 1974, s’est invité dans ma bibliothèque, comme l’ultime résidu d’un scénario bien vite oublié. Fin de l’histoire. Lire la suite

Bouquin #29 : Tendre est la nuit, de Francis Scott Fitzgerald

[Tendre est la nuit – F. S. Fitzgerald – 1934]

« C’est très beau », m’avait promis la libraire, lorsque je me décidai pour Tendre est la nuit. Et sur ce point, je ne peux la contester : l’écriture de Fitzgerald est douce, enveloppante, tissée d’une suave mélancolie… mais ce récit, quel ennui ! Certes, l’auteur dépeint, à travers les personnages de Dick et Nicole Diver, ses propres troubles, teintés de la folie de sa femme Zelda, et Tendre est la nuit s’avère sans doute très intéressant pour qui s’intéresse quelque peu au romancier. Mais, à trop se perdre dans des fresques mondaines interminables et déliées, ce travail d’introspection reste à mon goût trop peu perceptible, presque inabouti. La fin seulement redonne du souffle au récit – ou serait-ce le soulagement d’un adieu prochain aux personnages qui déforme mon jugement ? Quoi qu’il en soit, vous vous en doutez : j’ai été amèrement déçue par Tendre est la nuit, malgré la plume incontestablement belle de Fitzgerald. Lire la suite

Bouquin #27 : Bye Bye Blondie, de Virginie Despentes

[Bye bye Blondie – Virginie Despentes – 2004]

L’on m’avait prévenue du style de Despentes : énervé, viscéral, ambiance crise d’ado dans ce qu’elle a de plus noble – une certaine terreur du vide et l’envie magnétique d’y sauter à pieds joints. Cette plume gorgée d’acides, soit on l’aime soit on la déteste, avais-je lu un peu partout. Et c’est bien cela le problème : sur Bye Bye Blondie, je n’arrive pas à me faire un avis. L’écriture de Despentes m’a aussi bien fait glapir d’énervement que tourner les pages avec avidité, mi agacée, mi enchantée. Essayons d’aplatir ces vents d’émotion sur papier pour y voir plus clair… Lire la suite

Bouquin #4 : Belle de Jour, de Joseph Kessel

[Belle de jour – Joseph Kessel – 1928]

De tous les Kessel qui attendent d’être dévorés dans ma bibliothèque, et parmi la petite pile emportée avec moi en Angleterre, j’ai choisi de me plonger en premier dans Belle de Jour. C’est la nature du roman, portant sur les sentiments et l’adultère, et intimement lié au personnage Kessel, que j’admire et tente de comprendre, qui a déterminé mon choix de lecture.
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