Bouquin #211 : La nuit des béguines, d’Aline Kiner

[La nuit des béguines – Aline Kiner – 2017]

Je ne sais pas si c’est de saison, mais j’ai subitement eu besoin, il y a quelques jours, d’un roman érudit ambiance « Moyen-âge et héroïnes badass » – tout comme, à la même époque l’an dernier, je m’étais laissée séduire par Le cœur converti dont je garde un souvenir brillant et étrangement automnal… Je suis donc allée piocher dans l’insondable et délicieuse liste de mes envies et en ai tiré La nuit des béguines, très encensé à sa parution et dont j’avais mystérieusement loupé le coche (puisqu’on ne peut pas tout lire, frustration permanente du métier, que je compense allègrement en ce moment béni de congé mat’ où j’écume une PAL de cinq mètres…). J’y ai ainsi trouvé mon content de Moyen-âge et ma dose d’héroïnes badass, et me suis glissée, un temps, dans l’habit de ces femmes extraordinairement libres et savantes, à l’aube du XIVe siècle…

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Bouquin #196 : Les habits du plongeur abandonnés sur le rivage, de Vendela Vida

[Les habits du plongeur abandonnés sur le rivage – Vendela Vida – VF printemps 2019]

En voici un que je conseille à toutes nos clientes en quête d’une lecture « fraîche pour l’été, pas prise de tête, quelque chose de léger mais pas gnangnan, vous voyez ? » Je dis clientES à dessein : si d’ordinaire je suis plutôt réticente à l’idée de binariser la littérature à base d’a priori genrés, Les habits du plongeur […] fait à mes yeux exception : c’est un livre puissamment féminin, sororal avant tout, le regard tantôt cruel, tantôt compatissant d’une femme – l’autrice – sur les mésaventures burlesques de son héroïne – laquelle pourrait tout à fait être nous-même, puisque le texte est au « tu », et nous plonge d’emblée dans le cauchemar de la débrouille…

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Bouquin #168 : L’art de la joie, de Goliarda Sapienza

[L’art de la joie – Goliarda Sapienza – 1998]

J’avais besoin d’un supplément d’Italie à mon excursion littéraire bien tiède du côté de la Basilicate (dont je te parle en vitesse par ici) : L’art de la joie, que je me réservais pour mes congés d’été, s’est ainsi imposé un peu plus vite que prévu – je n’ai pu résister à l’appel de la Sicile et de la liberté. Le voyage m’a pris deux semaines – deux semaines où je n’ai fait que penser à elle, Modesta, admirée, haïssable, furieuse, comédienne.

Je ne sais pas si j’ai aimé L’art de la joie. Mais ce bouquin m’a emportée comme jamais, et je t’en parle aujourd’hui en ramassant toutes mes ficelles et mes vides pour tenter de faire la paix, l’amour et surtout le clair avec Modesta.

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Bouquin #154 : L’enlèvement des Sabines, d’Émilie de Turckheim

[L’enlèvement des Sabines – Émilie de Turckheim – 2018]

Quoi lire après My absolute darling ? Grand vide. Il faut pourtant continuer à avaler les pages, découvrir encore, ne pas rester pantois. Je me tourne d’abord vers un polar. Grand raté. Flic clichissime et répliques de brutasses : j’aurais pu me forcer pour gerber ici une chronique au vitriol comme j’aime en faire de temps en temps, mais l’effort me paraissait difficilement surmontable (objet du dégoût : Un travail à finir, chez Viviane Hamy, du grand nul, franchement, évite). Puis je tombe sur cette chronique du blog de Jostein, et ça me met l’eau à la bouche. Non pas que j’apprécie grandement les choix de la maison Héloïse d’Ormesson, que j’ai plutôt tendance à éviter, mais la tentation est là : je chope L’enlèvement des Sabines et je me lance. Et quelle surprise ! Nuit quasi blanche à me fendre la poire, post-it et crayon en main pour ne pas en perdre une miette. Régal !

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Bouquin #144 : Sonietchka, de Ludmila Oulitskaïa

[Sonietchka – Ludmila Oulitskaïa – 1992]

C’est une histoire de prénoms presque jumeaux, c’est une histoire d’échos : la Sonetchka si petite et désespérée offrant sa prose dans L’accompagnatrice a réveillé une sœur cadette, quasi homonyme, en sommeil depuis bien longtemps dans ma pile à lire : Sonietchka. Sonietchka qui fut donc un peu également de hasard, et dont la lecture m’a bien troublée : je peine à rassembler mes pensées autour de ce roman court et étrange, comme empli de promesses volontairement non assumées…

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Bouquin #106 : Sula, de Toni Morrison

[Sula – Toni Morrison – 1973]

Si j’ai pour habitude d’écrire sur mes lectures sitôt après en avoir refermé la dernière page, ce billet échappe à la règle : d’une part par cruel manque de temps (je vis une période chargée en travail, en déplacements et en décisions, ce qui est plutôt chouette, mais moins pour le blog), d’autre part parce que – avouons tout – j’ai quelque mal à rassembler mes pensées sur ce bouquin qui n’a pas sur me marquer autant que je l’espérais… Lire la suite

Bouquin #85 : L’hibiscus pourpre, de Chimamanda NGozi Adichie

[L’hibiscus pourpre – Chimamanda NGozi Adichie – 2004]

L’été dernier, je connaissais un immense chagrin littéraire en quittant l’ « Americanah » Ifemelu et son ami Obinze, compagnons de papiers nés sous la plume brillante et explosive de Chimamanda NGozi Adichie. J’ai eu pour Americanah un amour fou, époumoné sur les toits et dans toutes les oreilles. Il en est de même avec L’hibiscus pourpre, premier roman de l’auteur, dont la lecture confirme haut et fort mon idée de départ : décidément, Adichie compte parmi les femmes de lettres les plus talentueuses de ce début de siècle ! Lire la suite

Bouquin #51 : Celle que vous croyez, de Camille Laurens

[Celle que vous croyez – Camille Laurens – 2016]

Ne jamais se fier à un résumé : sous un abord plutôt chick-lit présenté en quatrième de couverture (Claire, 48 ans, se rajeunit sur Facebook et tombe amoureuse d’un beau spécimen photographe), Celle que vous croyez livre une réflexion très juste et intimement touchante sur la « valeur » de la femme dans le déclin de l’âge. Mené par une plume engagée et féministe, drôle et décomplexée, ce récit fut dévoré en deux soirs, et vient dangereusement challenger Envoyée spéciale et En attendant Bojangles parmi mes favoris pour le prix #RDE…
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