Bouquin #155 : L’Archipel du Chien, de Philippe Claudel

[L’Archipel du Chien – Philippe Claudel – mars 2018]

Philou ! Grands dieux, Philou ! Mais que s’est-il donc passé ? Rage de dents, vague à l’âme ? Crise de la pré-soixantaine ? Philou, où as-tu caché ton acuité à dire les choses ? Que signifie ce nouveau titre fourbi de haine et de dégoût des hommes ? A sa lecture, deux envies jumelles : plonger du viaduc de la Recoumène ou me jeter dans la Loire les pieds lestés. Adieu, monde cruel. L’Archipel du Chien en est le sale portrait. Vous êtes tous des bons gros connards, y’en a pas un pour rattraper l’autre, je me tire. On se revoit en enfer.

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Bouquin #154 : L’enlèvement des Sabines, d’Émilie de Turckheim

[L’enlèvement des Sabines – Émilie de Turckheim – 2018]

Quoi lire après My absolute darling ? Grand vide. Il faut pourtant continuer à avaler les pages, découvrir encore, ne pas rester pantois. Je me tourne d’abord vers un polar. Grand raté. Flic clichissime et répliques de brutasses : j’aurais pu me forcer pour gerber ici une chronique au vitriol comme j’aime en faire de temps en temps, mais l’effort me paraissait difficilement surmontable (objet du dégoût : Un travail à finir, chez Viviane Hamy, du grand nul, franchement, évite). Puis je tombe sur cette chronique du blog de Jostein, et ça me met l’eau à la bouche. Non pas que j’apprécie grandement les choix de la maison Héloïse d’Ormesson, que j’ai plutôt tendance à éviter, mais la tentation est là : je chope L’enlèvement des Sabines et je me lance. Et quelle surprise ! Nuit quasi blanche à me fendre la poire, post-it et crayon en main pour ne pas en perdre une miette. Régal !

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Bouquin #153 : My absolute darling, de Gabriel Tallent

[My absolute darling – Gabriel Tallent – 2017 ; 2018 pour la traduction française chez Gallmeister]

J’ai rallumé toutes les lumières. Je tourne en rond. J’aurais pu enclencher la radio, réveiller l’amoureux ou appeler untel – j’ai besoin de bruit et de gens normaux auprès de qui vider mon sac, m’exalter et comprendre. Je viens de lire My absolute darling. Je suis sonnée.

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Bouquin #152 : Les mauvaises, de Séverine Chevalier

[Les mauvaises – Séverine Chevalier – La manufacture de livres, 2018]

Fous-moi « Massif Central » dans le résumé et je suis toute à toi. L’éternelle histoire d’un terrain de jeu et d’enfance perdue : c’est ma période, faut croire. Être à l’ouest me travaille, et je signe au moindre volcan évoqué, au moindre indice de forêt.

Piochage de hasard – d’affinité territoriale, disons – et grande réjouissance : Les mauvaises a fait vibrer ma corde noire et m’a saisie à la gorge, battu et griffé le cœur. C’est une putain de découverte. Pas mignonne pour un sou et d’une poésie flamboyante. Une mini-bombe d’hiver.

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Bouquin #151 : Mauvais plan sur la comète, de Jean-Charles Chapuzet

[Mauvais plan sur la comète – Jean-Charles Chapuzet – Marchialy, 2018]

Ça tient un peu du voyeurisme, cette nouvelle lecture. De l’envie d’en savoir plus sur cette référence commune, ce « cassos » complètement à l’ouest et largement raillé, peut-être même un peu méprisé, et l’autre nénette pas finaude avec son perroquet et ses pousses de poireau… La découverte de Strip-Tease, naturellement entre copines, naturellement un peu paf un lendemain de bringue, fut pour moi un moment partagé entre admiration pour cette forme de journalisme à l’os, sans jugement – des histoires vraies parce que brutes, souvent même brutales – et stupéfaction (bien vite tournée en persiflage) quant à ces deux péquenauds charentais baignés dans leur misère et leur idiotie. Il faut bien se l’avouer : Strip-Tease est une bonne émission (ou peut-être la moins pire du genre), mais représente avant tout, de même que les télé-réalités d’aujourd’hui, une catharsis bien solide et rassurante pour celui qui la mate – ouf, ce n’est pas nous, il y a pire que nous.

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Bouquin #150 : Le colis, d’Anosh Irani

[Le colis – Anosh Irani – 2016 ; janvier 2018 pour la traduction française]

On entend souvent – et à juste titre – qu’on ne peut simplement apprécier l’Inde : soit l’on se prend de passion pour ce pays moite, bruyant et coloré, soit l’abhorre. Mon premier contact avec l’Inde remonte à 2009 : un baroudage familial de trois semaines entre Rajasthan et Uttar Pradesh dont je garde un souvenir douloureux – l’Inde m’a éprouvée, physiquement, moralement, et j’avoue (avec quelque surcouche de honte occidentale) y associer une grande violence et un profond malaise. Cela a joué dans mon ouverture culturelle : j’ai longtemps tenu le pays en dehors de mes attirances. Puis Le colis s’est immiscé dans la pile des nouveautés de janvier, puis je me suis décidée à retenter l’expérience Satyajit Ray en chopant deux-trois DVD à la médiathèque, puis j’ai regardé de nouveau quelques clichés de ce voyage amer…

De la à y retourner, je ne pense pas. Mais il semblerait bien que l’Inde et moi, nous fassions la paix.

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Bouquin #149 : Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin

[Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin – 2016 ; jan. 2018 pour la parution française]

Congères, montagne, solitude : les premières me manquent, la deuxième m’appelle et j’entretiens une relation complice avec la troisième – autant te dire que je n’ai pas résisté longtemps avant de fourrer le nez dans ce roman d’ermite. Et quelle belle surprise ! Quelle ambiance, franchement ! Le poids de la neige m’a totalement envoûtée, et son évocation me ramène à des images encore très fortes, d’une simplicité instinctive et à l’estompe difficile…

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