Bouquin #146 : Les grandes marées, Jim Lynch

[Les grandes marées / précédemment paru en français sous le titre A marée basse – Jim Lynch – 2005]

Douceur bienvenue pour commencer l’année – d’autant plus après ma lecture du lugubre et éreintant pavetton Une vie comme les autres (dont je vous parlerai très vite, bien sûr)… Douceur, donc, que ce premier roman judicieusement reparu en français, qui insuffle un peu de peps à cette rentrée littéraire de poids lourds à mes yeux bien moins alléchante que celle de septembre : on tient là une petite pépite de tendresse et de nostalgie, et quelques bons conseils pour qui aime courir les plages à marée basse…

les grandes marées lynch

En y repensant, je visualise un moment magique. Un aparté moelleux et malicieux comme un endroit où prendre refuge. Rien d’étonnant : c’est un roman de l’enfance, et l’enfance, ces derniers temps, brûle dans mon dos, bras tendus. J’essaie de la saisir au vol, d’en retranscrire les odeurs et les timbres, les lumières et les peines, et voici qu’un autre gosse se présente à moi : c’est un nouveau copain, il s’appelle Miles O’Malley et sa voix a résonné pour la mienne, avec les mêmes joies, presque les mêmes angoisses et cette candeur délicieuse que je regrette et dont je rougis. Miles O’Malley m’a passionnée, fait beaucoup rire, et a rappelé en moi la gosse des volcans et des forêts ainsi que ceux, plus proches et tout aussi insatiables, dont j’ai pu avoir la garde pour quelques kopecks ces dernières années. On ne pouvait rêver meilleur camarade pour baptiser janvier.

Mais il faut que je te dise qui est Miles O’Malley. Il a treize ans, il est tout minus – un mètre quarante-deux – et il connaît les étendues du Puget Sound en long, en large et en travers. C’est un môme de vent et de sel d’il y a quelques décennies, un vrai mordu, capable de te parler des heures durant de bernacles et de méduses et de palourdes et de tous ces trucs visqueux, avec ou sans coquille, qui peuplent les sables à marée basse.

Mini-Cousteau en pince si fort pour l’océan qu’une nuit d’exploration, le voilà qui tombe, privilégié, devant un disque noir et luisant aussi large qu’une roue de vélo : cette chose-là est un œil, un œil de calamar géant et la bête git, cadavre, au seuil de la baie.

La rareté du fait hisse subitement Miles O’Malley au rang de star, et les chaînes TV s’emparent du phénomène : on est mi-août, il n’y a ni meurtre sordide ni incendie ni mouvement politique en vue, alors un petit drôle qui joue les apprentis-scientifiques aux portes du Pacifique, ça a peut-être de quoi faire grimper l’audience, faute de mieux.

Et comme tout bon roman initiatique repose sur des mois de soleil et de relâche, comme toute adolescence digne de ce nom semble éclore en un été de découvertes et de tentatives, aussi clichée – mais véridique – cette image soit-elle… la vie de Miles O’Malley va changer du tout au tout à la belle saison de ses 13 ans.

Et c’est tendre. Et c’est beau. Et ça fourmille de connaissances enthousiastes sur le monde des eaux. Miles O’Malley nous ramène au préado incertain que nous avons été, au premier de la classe que nous avons su incarner ou détester et à une innocence flamboyante et franche du collier passée entre copains à essayer de franchir les petites lignes de la transgression pour quelques frissons mignonnets.

C’est un livre savoureux et universel. Un moment de répit, une étoile.

« Très tôt, j’ai compris que lorsque vous racontez aux gens ce que vous observez à marée basse, ils pensent que vous exagérez ou que vous mentez, alors qu’en fait vous essayez simplement d’expliquer des choses étranges et merveilleuses, aussi clairement que possible. »

NB : Gallmeister édite également ce mois-ci Face au vent, du même auteur.

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6 réflexions sur “Bouquin #146 : Les grandes marées, Jim Lynch

  1. Tu sais que je suis inévitablement attirée par toutes les phrases (ou tous les titres d’articles) qui portent le prénom Jim… (à cause du Jim Hawkins du Disney « Treasure Planet » ^^’) et de ce fait, quand je croise un auteur qui se prénomme ainsi, je jette toujours un œil…
    Il faut croire que j’ai bien fait, car ta superbe chronique me donne on ne peut plus envie de lire ce roman ! Hop, dans la wishlist 😀

    Aimé par 1 personne

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