Bouquin #144 : Sonietchka, de Ludmila Oulitskaïa

[Sonietchka – Ludmila Oulitskaïa – 1992]

C’est une histoire de prénoms presque jumeaux, c’est une histoire d’échos : la Sonetchka si petite et désespérée offrant sa prose dans L’accompagnatrice a réveillé une sœur cadette, quasi homonyme, en sommeil depuis bien longtemps dans ma pile à lire : Sonietchka. Sonietchka qui fut donc un peu également de hasard, et dont la lecture m’a bien troublée : je peine à rassembler mes pensées autour de ce roman court et étrange, comme empli de promesses volontairement non assumées…

sonietchka fait la vaisselle

Qui est donc cette Sonietchka au nom scandé en couverture, majestueuse nonobstant le diminutif ? Lecteur, tu n’en sauras presque rien. Elle est là au début : bibliothécaire de sous-sol, un peu laide, très solitaire. Elle est là à la fin : après un mariage, un enfant, les tromperies, la perte. Toujours constante, généreuse. Une femme simple en apparence.

Et solaire, et pure, et héroïque – ce qu’en dit le résumé. Mais que penser d’une femme qui s’efface face à l’adultère de son grand enfant de mari, jusqu’à accueillir l’amante sous son toit comme une seconde fille ; que penser d’une femme dont la seule audace aura été, un jour, de lever les yeux vers cette homme qui fera sa vie et son malheur ?

Je dis malheur au regard des faits, et par présomption : effacée, reléguée au rang de ménagère en dépit de son intellect, Sonietchka n’a pas droit à la parole – ne prononce d’ailleurs presque rien – et se contente d’apposer un regard égal sur toute chose, sans plainte ni regret. Qu’attendre alors de cette femme transparente : une révolte ? Un départ ? L’esquisse de quelque brisure ?

Un mouvement, au moins… mais qui ne vient pas. Me voilà estomaquée, en colère face à cette résignation détachée, face à cette acceptation du bon ou mauvais sort, de la vie comme elle vient : si j’étais à sa place, mon dieu, si j’étais à sa place

Puis je me rappelle de la seule action entière et strictement égoïste menée par Sonietchka à la toute fin de ce récit troublant, sitôt cessés les cris, les embrassades, les drames nouées par d’autres dans un quotidien qu’elle habite bon gré mal gré. Ouvrir un livre. Reprendre à telle page, se laisser entraîner. Y trouver sa nourriture en dépit de toute vie matérielle. Peut-être réside-t-elle dans ce geste, la luminosité de Sonia. Sa pureté. Peut-être est-ce le fruit d’un mépris pour toute chose basse car trop réelle – peut-être trouve-t-elle sa grandeur dans ce savoir littéraire solitaire et jaloux…

Il n’empêche : je ne suis que moyennement convaincue, et encore trop secouée par le décalage produit entre mes attentes de femme du XXIe siècle et la nonchalance de cette Sonietchka bien trop opaque et redoutable à mes yeux…

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