Bouquin #131 : C’est le cœur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood (#RL2017)

[C’est le cœur qui lâche en dernier – Margaret Atwood – 2017]

Août – soleil en joie, sommeil en berne, et pas de congé pour les braves : autant te dire que tout ce que je demande à la littérature en ce moment, c’est juste de bonnes trames, avec du rythme, des personnages racés et pléthore de rebondissements histoire de ne pas piquer du nez passée la dixième page. J’ai choisi Atwood au pifomètre, avec l’envie de me laisser couler dans le premier scénario venu – je me devais aussi, je pense, de découvrir cette plume en retour de vogue (promis, un jour, je lirai La servante écarlate au delà des quelques bribes et bonnes images déjà chopées ça et là. Promis.) J’ai jubilé tout du long et j’en suis sortie totalement revigorée, avec la poire fendue jusqu’aux oreilles : exactement ce dont j’avais besoin !

C'est le coeur qui lâche en dernier atwood

C’est la fin du grand capitalisme : on l’apprend en deux-trois mots – « crise », « subprimes », « crash » – et sans trop de détails. Stan et Charmaine, ces bons enfants de la classe moyenne, sont complètement à sec : ils subsistent de petits boulots miteux et n’ont pour toit qu’une vieille Honda puante et étriquée. Soudain, le salut sur écran plat : une publicité attire l’œil de Charmaine, qui presse son jeune mari de rejoindre, à deux, la cité idéale de Consilience, maison douillette et plein emploi à la clé.

A la condition, seulement, de renoncer à ses libertés personnelles et de passer un mois sur deux dans la prison de Positron, au service de la communauté. Ce qui ne pose aucun problème, face au désespoir d’une vie libre mais miséreuse…

Stan et Charmaine intègrent ainsi – et pour toujours ! – la salvatrice ville de Consilience… et les désastres s’enchaînent.

Je ne t’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le biscuit, mais une chose est sûre : il y a dans ce roman un rythme de dingue, et l’on rit de bout en bout. La faute à ces personnages tellement balourds et clichissimes – un croisement obscur entre Barbie/Ken et les Bidochons – que Margaret Atwood mène à la baguette comme le ferait Feydeau : quoi de mieux en effet que quelques couchailleries vaudevillesques pour insuffler un peu d’action sur les eaux plates et liberticides de Consilience ? Dopés par leurs « bas instincts », l’ingénue Charmaine et son Stan tout en beaufitude se livrent de bon cœur aux manipulations de leur hiérarchie – Atwood au sommet – et l’on rit, avec un temps d’avance, de les voir s’empêtrer dans leurs petits mensonges et leur grande mauvaise foi, l’une moins cruchotte qu’on ne le pense, le second définitivement phallocentré.

Toujours ironique, la plume sourire en coin, Atwood chatouille aux endroits sensibles et égratigne comme il le faut le WASP archétypal et l’Amérique d’aujourd’hui, sa pop culture vintage et ses outrecuidances consuméristes. Pas question cependant de taper sur autrui sans passer à la loupe les défauts de son propre nombril : exercice réussi pour Margaret Atwood, qui satirise à mort sur son propre genre – la dystopie devient ainsi purement parodique, cousue de grosses ficelles destinées à se voir et présentée comme un panier garni de topoï vus et revus (le lavage de cerveau, les droïdes, l’observation permanente…).

Bref : c’est judicieux, super frais, et totalement exaltant !

14 réflexions sur “Bouquin #131 : C’est le cœur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood (#RL2017)

  1. J’ai lu La servante écarlate et une amie qui l’avait également lu m’a fait un retour quelque peu déçu par ce nouveau titre… Cela m’avait un peu refroidi mais en vérité ce livre me fait de plus en plus de l’oeil et ta critique aussi enthousiaste finit d’achever ma petite réticence :).

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