Bouquin #124 : Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley, de Hannah Tinti

[Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley – Hannah Tinti – 2017]

Oh l’heureuse surprise. La chouette histoire qui tombe à pic, change les idées, nous plie en quatre dans les valises de l’aventure et se dévore goulûment. Les personnages au sommet de leur rôle, ces bons copains que l’on peine à lâcher. La narration au poil, l’action pétaradante et rudement bien menée, les emprunts au cinéma, petits meurtres pour grands paysages, geyser de sang sur fond glaciaire, et puis l’amour, le vrai, donc sans larme ni cri ni exaltation superfétatoire, l’amour en silence ou qui peine à se dire, l’amour le plus beau car jusqu’à la mort : bref, que du bon et ça fait du bien.

124 les douze balles dans la peau de samuel hawley

Le gars du titre, Samuel Hawley, a une fille : Loo. Et cette fille semble ne pas avoir de mère, sinon la route et son lot de départs et d’abandons. Voilà toute l’enfance de Loo : à suivre le père dans une fuite qu’elle ne comprend pas, à errer de motels en campements, dans une solitude marquée par l’absence et les œillades en arrière, vers un danger tapis quelque part. Hawley, un jour, achète une maison et s’enracine pour de bon – au même instant, sa môme enfile une vie plus grande, une vie d’adolescente : c’est ici que l’histoire commence, depuis cette émancipation franche et bouffée de questions, depuis ce regard changeant sur le père à l’aura soudain défaite, sommé de faire le clair sur sa vie d’ours aux marges de la bonne société.

La narration se charge des réponses. En douze temps, comme autant de balles fichées dans le cuir de Samuel. La première lors d’un petit casse. Les autres à tenter de se sortir du merdier. A ces chapitres analeptiques se noue un autre récit : l’éclosion de Loo en jeune fille solitaire et frondeuse, son ouverture à la communauté et à la castagne, de timides moments d’amour, de solides instants de courage. Digne fille de son père, et tout aussi bonne tireuse : c’est dans ce lien du feu que les deux se retrouvent, unis par le canon et la poudre – pas une page ne se tourne sans la présence, en filigrane, de ces armes qui modèlent le récit.

C’est d’ailleurs à ces bêtes là que l’on doit toute l’ambiance : dure, résolument américaine, très cinématographique aussi – Tarantino et les frères Coen invoqués en quatrième de couv, à juste titre. Ça bouge, ça tire dans tous les coins, avec des bons vieux durs qui font le job, des répliques impeccables et une mise en scène qui tient en haleine, juste ce qu’il faut pour servir un rythme tendu de bout en bout. On avale, on jubile.

Et l’on tombe soudain, au détour de ces séquences musclées, sur un instant de grâce : quelques mots sans superflu qui dévoilent tout l’amour, toute la complicité entre Hawley et Loo, la tendresse du deuil pour une mère évanouie… Le propos reste modeste, et cette simplicité décuple l’attachement que l’on sent poindre, en nous, pour le duo et les ombres qui l’entourent.

J’aurais aimé ne jamais quitter ces amis plus vrais que nature, j’aurais aimé explorer encore leur vie tortueuse et baigner un peu plus longtemps dans cette ambiance aux contours très justes. Allons bon, je concède avoir senti la larmichette me chatouiller la cornée à l’approche de la fin : gage de qualité qui confirme la teneur de ce roman – costaud et finement mené.

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