Bouquin #101 : La quête, de Naguib Mahfouz

[La quête – Naguib Mahfouz – 1964]

A la faveur d’une énième braderie de bibliothèque (sacro-saint désherbage pour lequel je réponds toujours présente), me voici à lire, pour une fois, autre chose que de la « littérature blanche », à explorer une zone inconnue, en dehors de celle qui m’est confortable et à laquelle je ne déroge finalement que peu. Mahfouz entre mes mains : auteur prolixe, prix Nobel 88 et dont, pourtant, je n’avais jamais goûté la plume – je commence donc à tâtons, avec La quête

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Cette quête-là, c’est celle d’un personnage grand enfant, d’un propre à rien à la vie de prince et aux finances erratiques : à la mort de sa mère, belle intrigante d’Alexandrie, Sabir décide de retrouver l’absent, le père – un notable qu’il sait fortuné et dont il cherche la trace pour se sauver de la misère à venir. Investi de sa nouvelle errance, le jeune homme débarque au Caire, multiplie les avis de recherche – en vain. Mais que faire, qui devenir sans le sou ni l’éducation ?

Sabir tourne en rond, explore les rues d’un regard pâle, les pensées noyées dans cette perte de temps, qui, au final, constitue le véritable but de « la quête » : il s’agit de trouver comment occuper les heures qui s’étiolent et le porte-monnaie qui se vide, quel sens donner à un âge adulte que l’on rejette aveuglément. Dans ce quotidien délavé, deux femmes : Ilham, douce amie aux projets tendres et aux attentions soignées ; et Karima, corps de braise et ambitions carnassières. L’ange face au démon, le bien contre le mal. Au centre de la bataille, Sabir ne sait à quelles sirènes se vouer…

Je ne dévoilerai (presque, mais c’est pas gagné) rien de plus* pour ne pas gâter la surprise, sinon cette vivacité formidable avec laquelle Mahfouz dirige son intrigue : à l’instar du personnage qu’elle habille, l’écriture traîne, hésite, pour finalement s’emballer à mesure que les événements se succèdent, buter sur l’imprévu, jusqu’au cauchemar, perdre son souffle et le reprendre, parler vite, se méfier. Les phrases se font vivaces, les dialogues, nombreux et saccadés, éclairent la scène : on ne lâche plus ce bouquin où tout s’accélère, où la balance oscille jusqu’à la fin. C’est endiablé, grandiose. Presque impressionnant.

Pas de père ici – il restera un songe, un mirage hors d’atteinte – mais ce regard tendre que jette, par œillades, l’écrivain sur son personnage : à Sabir, Mahfouz s’adresse parfois en « tu », apportant au récit quelques moments de repos et la promesse d’une rédemption. Inaccessible, elle aussi : germée sur un mélange de grandes illusions et de profond ennui, la folie s’empare peu à peu d’un héros que l’on observe évoluer dans ses délires, dans le flou de la haine. Là encore, la plume nous entraîne et ourle la lecture d’une tension palpable, aux limites du malaise : un tragique brillamment mené.

« Seule la folie vaut mieux que le silence. Les berges du Nil sont plongées dans les ténèbres ; qui verrait l’arme, le gant, le sang ? »…

Bref, une découverte dont je ressors enchantée et très curieuse : à ce propos, auriez-vous d’autres titres de Mahfouz à me conseiller ?

* moui, bon : je ne suis pas très forte au jeu du premier-qui-spoile-a-perdu, toutes mes excuses…
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