Bouquin #97 : Le jour se lève et ce n’est pas le tien, de Frédéric Couderc

[Le jour se lève et ce n’est pas le tien – Frédéric Couderc – 2016
NB : Mes critiques se basent sur la lecture d’un jeu d’épreuves non-corrigées.
Mes remerciements à Frédéric Couderc pour son attention
ainsi qu’aux éditions Héloïse d’Ormesson.]

J’aime que l’on me raconte des histoires. J’aime apprendre, flatter ma culture, trouver de la matière dans un roman et y plonger les mains. Encore faut-il que le conteur sache y faire : j’ai comme tout lecteur mes exigences, mes petites manies à satisfaire ; il me faut du style, des personnages un poil crédibles (ou au contraire caricaturés, mais avec maîtrise)… et du rythme, bon sang ! Trois points essentiels pour tisser un roman digne de ce nom… et trois points sur lesquels Le jour se lève et ce n’est pas le tien (sublime titre emprunté à Neruda) se plante, complètement. Et quel dommage, quand on sait que sous cet habillement romanesque bien mal cousu se cache une intention honnête et passionnée : nous parler d’un homme de bien, d’une figure héroïque et idéaliste de la révolution cubaine dont le nom ne résonne que trop peu : Camillo Cienfuegos. 97-le-jour-se-leve-etc

Que celui qui n’a jamais vénéré Che Guevara dans un élan de liberté adolescente me jette le premier pixel ! Moi-même, à quinze ans, je tremblais d’amour pour un camarade plus âgé, qui, comble de la coolitude, portait le Che tagué au pochoir sur son sac et parlait d’Ernesto avec tout autant d’étoiles dans les yeux que d’approximation – de quoi émouvoir un peuple de jeunes filles un peu sottes, et j’en faisais partie. Le Che, c’est avant tout un visuel : cette image bi-tons tirée de la photo d’Alberto Korda, à la dynamique pop (merci Warhol) ; cet homme au regard vissé sur le progrès, le futur, la liberté, aqui se queda la clara, etc. Un visage, une aura… mais aussi un spectre, un manque : dans l’ombre du Che, en orbite autour de sa popularité posthume, gravite une identité méconnue, un révolutionnaire négligé par les mémoires : Camillo Cienfuegos.

Camillo Cienfuegos.
Camillo Cienfuegos.

C’est à ce Camillo, dont la mort « accidentelle » fut savourée par les frères Castro, que s’intéresse Frédéric Couderc, qui rappelle le personnage à nos consciences et lui rend hommage – ou justice – dans un roman au parti-pris courageux et méritant… mais dont le résultat s’avère, ma foi, très très bancal.

Le pitch, en deux-trois mots : Léonard, médecin new-yorkais au train de vie bourgeois et bien installé, enterre sa mère et découvre dans la foulée que le padre jamais connu pourrait bien être un révolutionnaire cubain oublié de tous… Sur le papier, cela se tient, à condition de ne pas trop faire jouer le suspense : premier écueil dans lequel l’auteur s’embourbe, maniant le twist et la surprise au compte-goutte comme autant d’indices précieux… que l’on sent pourtant venir bien en amont de leur révélation. Le roman s’étiole, la narration en devient poussive : trop de phrases inutiles digressent sur des évidences et auraient pu être évitées, mais captain obvious en a décidé autrement et souligne chaque émotion à gros trait – le lecteur sait ainsi quand pleurer, quand s’offusquer, quand mimer l’étonnement… certes pratique, mais lourd, très lourd.

Même topo pour les personnages qui, à force de se chercher – maladroitement – une singularité, se transforment in fine en clichés de gare – donnant lieu à des dialogues tout aussi stéréotypés, à grands renforts de punchlines cool en apparence, risibles dans leur effet. Seul Camillo semble épargné par cette gaucherie, et présente une épaisseur bienvenue et, pour une fois, très bien travaillée.

Si la forme ne vaut pas un dollar, le fond, en revanche, mérite que l’on s’y attarde. Sous l’écriture malhabile se cache une page d’histoire absolument passionnante, un enseignement travaillé, référencé et livré avec dynamisme et beaucoup de pédagogie : de quoi satisfaire ma soif de connaissance. Outre les travers de la dictature castriste, l’auteur dévoile un Cuba méconnu, à mille lieues des vieilles américaines rouillées pour la forme et des façades bigarrées : sous la plume de Frédéric Couderc, La Havane s’offre pour ce qu’elle est – pauvre, déclinante, giron d’une génération sans espoirs. Il y a là tous les ingrédients d’un bon reportage, voire les prémisses d’une enquête de long cours, et cet éclairage ravira sûrement les lecteurs curieux… abstraction faite d’un texte largement perfectible !

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