Bouquin #91 : Watership down, de Richard Adams

[Watership down – Richard Adams – 1972 et 2016 pour la traduction chez Monsieur Toussaint Louverture]

Echec total. Mais où s’en est donc allée mon âme d’enfant ? Suis-je devenue une vieille aigrie avant l’heure, pour ne pas avoir apprécié les pérégrinations lapines de Watership down, grand succès mondial, best-seller « vendu à 50 millions d’exemplaires », promesse d’une aventure trépidante aux grandes oreilles et aux rebondissements multiples ? Mince alors. Moi qui attendais impatiemment la parution de ce chef d’œuvre unanimement loué et revisité chez les géniales éditions Monsieur Toussaint Louverture – et justement parce que la maison m’avait accoutumée à des publications d’une qualité rare et mille fois digne de défendre – j’accuse un choc bien sonnant et complètement inattendu : je me suis ennuyée à ne plus savoir que faire de ce gros pavé qui traînait entre mes mains, sinon le reposer après trois-cents pages de galère et de gros soupirs. 91-watership-down

Je vais essayer, promis, de ne pas trop me montrer lapidaire, mais tout de même : sur le coup, je me sens flouée. Comprenez : c’est certes récent, mais depuis ma découverte de Ken Kesey (Et quelquefois j’ai comme une grande idée fut la première lecture de mon année 2016… et sûrement la meilleure), je suis de près les activités de Dominique Bordes, qui reste, à mes yeux, l’un des artisans du livre les plus rigoureux, investis et talentueux de ce début de siècle (oui, rien que ça). Cet éditeur est un modèle : il sait y faire, sur tous les plans. Ses produits, ce sont des écrits précieux, novateurs et importants, couchés dans des écrins très beaux et solides, durables : il y a de quoi devenir fidèle rien qu’à la vue du livre incarné en objet-étendard, dont l’aspect séduit le lecteur et le mène ainsi à la rencontre d’un texte qui vaut la peine d’être défendu.

En toute confiance, et très impatiente en raison du teasing au poil qu’en a fait son éditeur sur les réseaux sociaux, j’ai acheté Watership down les yeux fermés, convaincue que la maison ne pourrait jamais se – me – tromper. L’objet, une fois encore, est un produit magnifique, une merveille d’édition : je présume que le fond sera à la hauteur, et je salive des jours durant avant ce moment béni où je pourrai enfin attaquer le morceau, le mordre aveuglément : ma foi est sincère… et je me pète les dents.

Je me pète les dents parce que ce roman, que j’espérais « épique » (pour reprendre l’argumentaire de MTL), finit par m’ennuyer au bout de quelques chapitres. Je me pète les dents parce que l’écriture, présumée grandiose, ne casse finalement pas trois pattes à un canard / cinq pattes à un lapin. Et j’abandonne définitivement le récit peu après l’apparition d’un mulot bavassant du « petit nègre » avec l’accent portugais : complètement WTF, même pas drôle, et franchement relou à la lecture.

La raison de cette déception, je présume, repose dans le fait que Watership down m’a été vendu comme de la littérature adulte ; or, je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette vision que j’estime incomplète, voire même franchement biaisée. Certes, plusieurs passages toucheront le lecteur expérimenté, grand et déjà accompli, mais ces occurrences restent trop peu nombreuses pour occulter la structure même des péripéties : les rebondissements s’avèrent surement palpitants pour un môme de 10 ans mais demeurent à mes yeux grossièrement ficelés : le problème amène souvent à une résolution immédiate et simplissime, les relations entre lapins ne me semblent pas si élaborées, le suspens marche au petit bonheur la chance… et avec tout ça, ma concentration s’évapore : c’est l’abandon, le fail intégral ; je suis déçue.

Déçue, mais pas amère : je garde une confiance totale en les éditions Monsieur Toussaint Louverture, auxquelles je resterai loyale, promis, mille fois promis. En attendant, je garde Watership down en tête pour dans une quinzaine d’années, lorsque je me retrouverai avec un gamin braillard à occuper pendant un long trajet de voiture : qui sait, peut-être que le bouquin trouvera alors son vrai public ?

J’ai beau ne pas saisir le pourquoi de la chose, mais Watership down fait l’objet de belles critiques et grands éloges parmi son lectorat. Je t’engage donc à fouiller ici et là sur la toile, et à ne pas rester sur cet avis un peu grognon et bien dépité que je viens de servir ! 🙂
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17 réflexions sur “Bouquin #91 : Watership down, de Richard Adams

  1. Je me retrouve complètement dans ta lecture de Watership Down : il semble qu’on avait à peu près les mêmes attentes, et qu’on a de toute évidence les mêmes déceptions. En toute sincérité, je ne te souhaitais pas le même désappointement que moi, mais, de manière parfaitement égoïste, je suis pleinement rassurée de ne pas être la seule à ne pas avoir aimé ce roman !!! De telles louanges accompagnent cette publication ! J’avoue être assez déconcertée par cet engouement général pour ce petit roman d’aventures, certes fort sympathique, mais sans envergure. Ta chronique me fait beaucoup de bien car je me sentais bien seule du côté des vieilles aigries 😀

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    1. J’espère que ta lecture sera plus heureuse que la mienne ! Il y a beaucoup d’avis très positifs de la part des blogueurs et de la presse en général donc ne t’en fais pas, il se peut que Watership down te plaise quand même 🙂

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  2. Je l’ai vu hier en librairie et j’ai été intriguée par la couverture, mais au final, je l’ai reposé parce que je suis toujours un peu méfiante avec ces fameux best-sellers que tout le monde trouve incroyable..peut-être que j’ai eu raison…

    Aimé par 1 personne

  3. Ahh, super intéressant de lire ton avis !
    Je viens de le commander chez mon libraire, et j’ai très hâte de le lire…! Je suis contente d’avoir lu ton article avant, ça m’évitera d’entrer dedans en m’attendant à un émerveillement total. En revanche je « sais » à peu près à quoi m’attendre car on me l’a toujours vendu comme du fantastique pour jeune public, du Narnia, qui s’est rétamé en France la première fois pour cause de traduction toute pourrite, et s’est vu donner une vraie (2e) chance grâce aux éditions Toussaint Louverture (et donc une nouvelle traduction). Du coup (moi qui n’ai pas adoré Narnia : sympa pour enfants mais pas hyper transgénérationnel je trouve) je m’attendais vraiment à un bon roman d’aventure, plein de fantaisie, écrit pour la jeunesse. Et (peut-être ?) transgénérationnel ? Si je t’en crois, c’est surtout sur cet aspect qu’ils ont planté leur com’ !
    Quand même hâte de le lire. Et la couv est maaaagnifique !

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    1. Pour le coup, j’ai suivi l’opération de com’ de près et en effet, l’aspect jeunesse était, je trouve assez occulté… Après, ça ne me gêne pas de lire un roman jeunesse de temps en temps, même si ce n’est pas vraiment ma came, mais il faut clairement que je sache à quoi m’attendre avant de croquer le biscuit 🙂
      J’espère que ta lecture sera plaisante !

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  4. Hello, encore une chronique très agréable à lire même si apparemment, tu ne peux pas en dire autant de son sujet.
    J’ai Watership Down dans ma PAL en version originale car on me l’a fortement recommandé. Je suis surprise qu’il sorte en français dans une collection pour adulte car chez les anglophones, Watership Down est clairement un classique de la littérature jeunesse…
    Aussi, je me demande si la traduction est pas à la hauteur de la version originale … Bref je suis encore plus curieuse de la lire après ton avis clairement désappointé.

    Aimé par 1 personne

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