Bouquin #90 : Les enfants des beaux jours, d’Eduard Von Keyserling

[Les enfants des beaux jours – Eduard Von Keyserling – 1919]

C’est d’un tout petit livre au charme timide, presque insignifiant, dont je m’apprête à vous parler aujourd’hui. Une lecture de passage, un peu tendre ; une histoire simple qui se raconte au coin du feu et que l’on oublie le lendemain. Les enfants des beaux jours est arrivé entre mes mains à la faveur du hasard : braderie de bibliothèque, titre tendu comme un bouquet d’amours fanées, de nostalgie fluide. Je l’ai lu en sucrerie – c’était plaisant – et les mots sitôt fondus se sont évaporés sans bruit.

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Il est question d’ennui, d’attente : la mélancolie germe doucement au creux d’une femme, Irma. Son décor, ce sont les champs interminables, la nature routinière et laborieuse, le silence de coton de veillées bien trop longues et ce mari fermé, comme las. Deux enfants : Isa, la fille, sombre ; Uli, le garçon, lumineux. Les jours s’étirent et se brouillent, monotones, dans une torpeur que l’on dirait sans fond.

Mais Uli meurt.

Uli meurt dans un rayon de soleil et l’usure du temps, jusque-là si douce, en devient tranchante, insupportable : Irma se laisse aller à une dépression dont elle sera sauvée non pas par son mari, mais par le frère de ce dernier : Achaz, un homme du monde et des heures radieuses, dont la présence transforme le domaine lugubre en terreau de la joie. La suite est prévisible, la trame convenue. Le charme, un brin désuet, opère cependant : un nouvel amour éclot et avec lui ses rires, ses secrets, ses regards brillants et ce désir sans fin. On se laisse prendre, c’est agréable. Les phrases portent cette saveur lente des temps révolus.

Il y a quelque chose de modeste dans cette naïve histoire que nous offre le comte Von Keyserling : le propos est maladroit, l’énergie sur le point de jaillir reste confinée à une trame sommaire, et le tout donne un petit roman sans prétention – un de ceux qui auraient pu devenir grands avec quelques efforts et un brin d’envie, mais dont l’humilité satisfait toutefois le lecteur pour un temps de repos. On s’y délasse, on s’y prélasse et on se laisse bercer parmi les tableaux de l’aristocratie à son crépuscule, dans l’antichambre du monde réel, de la vraie vie…

On le lit un soir d’automne, avec un plaid et un thé, et on l’efface dans le sommeil.

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4 réflexions sur “Bouquin #90 : Les enfants des beaux jours, d’Eduard Von Keyserling

  1. Je rejoins Camilla sur l’élégance de l’article. Merci d’avoir mis en valeur Keyserling ; je l’ai découvert il y a deux ans grâce à Jean-Paul Kauffmann (« Courlande) et j’ai lu deux de ses ouvrages qui offrent un côté désuet charmant.

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