Tu liras moins bête #1 : WC feuillus, méduse pas si molle et porte-monnaie au safran…

Alerte alerte, nouvelle rubrique à l’horizon ! Il y a peu, en me promenant parmi les lignes d’un bouquin exquis, j’ai été frappée d’une émotion que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps : celle de tomber sur un enseignement, très précis, comme une perle de connaissance qui m’attendais tapie au creux des pages. Depuis, je me suis amusée à relever les « facts » hétéroclites (et parfois inutiles !) disséminés çà et là par leurs auteurs, et s’ajoutant, mine de rien, à ma culture générale… Je vous livre ici un petit florilège… après vérification bien sûr !

° Pipissenlit °

urine-engrais
La relève de Monsanto – Photo droits réservés

Si, comme moi, vous essayez désespérément de faire pousser de pauvres plantes ramenées de chez Ikea (ce qui, au passage, n’est absolument pas un bon plan), sachez que le meilleur engrais pour ces mignonitudes fleuries se trouve… dans votre vessie ! Certes, il faut viser juste, et sortir le pince-nez. Mais l’astuce puantécologratuite a l’air de marcher, du moins pour Yan Lianke, qui, dans Les jours, les mois, les années, invite son personnage à se soulager sur un épi de maïs assoiffé…

  • Méthode validée par les jardiniers de « Binette et cornichon » (photos à l’appui), qui indiquent par ailleurs que 500 litres d’urine (une production humaine sur un an) permettent de fertiliser 400 m² de surface cultivable (soit 80 fois la taille de mon balcon, chouette !) Tout est bon dans le pipi : on y trouve de l’azote (jusqu’à 7 grammes par litre), dont les légumes à feuilles sont gourmands, mais aussi du phosphore et du potassium
    Attention toutefois : contrairement au héros de Yan Lianke, ne tentez pas un « jet direct» (charmante expression) mais préférez plutôt empuanter un arrosoir en diluant un volume du divin liquide dans dix volumes d’eau. Et ayez une pensée pour nos amis les vers de terre : trop d’azote signe leur arrêt de mort…
    Sur ce, bonne récolte et bon appétit !

° Un os dans ma méduse ! °

velella-velella-copyright-national-geographic
Une plage de Velella velella – Sherry L. Brukbacher pour le National Geographic

Le savoir étrange numéro 2 nous est offert par Murakami et ses Chroniques de l’oiseau à ressort, où l’auteur glisse subtilement une info complètement inutile… mais absolument fascinante : il parait que certaines méduses – oui oui, le truc tout mou et gluant qui se tord dans l’eau – ont… des os !

  • Après avoir sondé les abîmes des internets – à défaut de disséquer un spécimen sur la table du salon – j’en arrive à la conclusion que ce cher Murakami a fait fausse route : hélas, les méduses ne connaîtront jamais ni la joie d’une fracture ni les gratouillis d’un plâtre… Ni même les frayeurs d’un AVC, tiens, puisque les belles des mers se passent également de cœur et de cerveau. Néanmoins, il se peut que l’auteur se soit laissé induire en erreur par ce joli truc bleu sur la photo : il s’agit de la Velella velella, un animal de la même famille que la méduse (les cnidaires), mais qui se développe en forme fixe, asexuée (contrairement à la méduse qui est libre et sexuée), articulée autour d’un cartilage ovoïde et qui – c’est le plus important, non ? – ne provoque pas d’urticaire, yay !!
  • Se pourrait-il qu’une obscure légende japonaise ait conduit l’écrivain à doter sa méduse d’un squelette ? Un conte mythologique très court propose en effet une explication à la souplesse de l’animal : ses os auraient été réduits en bouillie par la colère et les coups de Ryujin, dieu des mers…

° Addition poivrée °

reliefs-n2
Cette revue est absolument géniale !

C’est dans une revue splendide, excellente à tous points de vue, que je suis allée pêcher le dernier savoir saugrenu du jour : il s’agit de Reliefs, deuxième numéro du nom (le troisième est sorti il y a peu, à retrouver dans toutes les bonnes librairies). Un long article très instructif portant sur « l’épopée des épices » à travers les siècles m’a permis de faire la lumière sur une expression de la vie quotidienne aux origines pourtant méconnue : « payer en espèces » serait ainsi un dérivé de « payer en épices », procédé très courant au Moyen-âge !

  • C’est en effet à la fin du Moyen-âge que les épices, connues depuis l’Antiquité première, viennent assaisonner les plats de la cuisine aristocratique. Safran, cannelle, noix de muscade : ces fines poudres en provenance d’un orient fantasmé couvraient alors les palais des européens fortunés… qui, s’ils ne manquaient pas de richesses, peinaient cependant à trouver des liquidités, l’économie médiévale s’avérant peu monétisée. Les épices – et surtout le poivre, très prisé – se sont ainsi imposées en tant que monnaie d’échange lors des trafics commerciaux.
  • Mais alors, pourquoi cette migration linguistique de « épices » à « espèces » ? Eh bien tout simplement en raison, d’une part, de la racine latine commune aux deux mots : species ; mais aussi du caractère assez vague du mot « espèces » au Moyen-âge : à l’époque, le terme désignait simplement des « choses », et n’était pas encore connoté du sens « flouze, biffetons, piécettes » (ce sème apparaîtra à la fin du XVe siècle), ce qui explique la confusion aisée entre les deux mots issus de la même racine.
Voilà pour cette première moisson, qui, j’espère, vous aura plu !
Pour ma part, j’ai beaucoup de plaisir à vous présenter cette nouvelle rubrique,
qui s’étoffera certainement au gré de mes nouvelles lectures !
Sur ce, je m’en retourne à Macondo avec les terribles Buendias
et je vous dis à très bientôt !
Et belles lectures à tous…
Lola
(Si au détour d’un bouquin, vous rencontrez vous aussi un savoir surprenant, n’hésitez pas à m’en faire part !)
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21 réflexions sur “Tu liras moins bête #1 : WC feuillus, méduse pas si molle et porte-monnaie au safran…

  1. J’adore ce genre d’article ! 🙂
    C’est vraiment intéressant toutes ces petites infos, notamment la dernière avec les épices !

    Je ferai plus attention dans mes lectures maintenant, à guetter les petites infos qui s’y promènent 😛

    A bientôt !

    Aimé par 1 personne

  2. Très fan de ta nouvelle rubrique ! Très intéressant : merci pour tout ce travail de recherche, c’est passionnant. Si je trouve quelques infos insolites dans mes lectures, je n’hésiterai pas à t’en faire part. En attendant, il ne me reste plus qu’à pisser dans mes plantes vertes 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis heureuse que cela te plaise ! Pour ma part j’ai trouvé Reliefs dans une toute petite librairie indépendante, mais je crois que la diffusion est assez large, et il me semble même que tu peux avoir une liste de tous les points de vente sur leur site internet 🙂

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  3. Tu ne penses pas si bien dire sur l’urine. Des tests sont en cours pour les récupérer au Canada car elles sont riches en phosphore, élément dont les stocks se raréfient. J’ai d’ailleurs entendu que récemment, au Danemark, lors d’une fête de la bière, ils avaient installé des WC géants publics avec récupération des urines pour en faire des fertilisants. Rien ne se perd, tout se transforme !

    Aimé par 1 personne

  4. Ahah, c’est super drôle et super sympa, comme concept, j’adore ! Merci !
    Si tu replonges le nez dans Envoyée Spéciale, ça fourmillait de petites infos qui m’ont parues (sans vérification aucune) à la fois hyper pointues et totalement délirantes ; je suis presque sûre qu’il y a matière à un article complet sur des infos inutilopratiques pêchées chez Échenoz.
    Au plaisir de lire tes prochains articles du genre.

    Aimé par 1 personne

    1. Ouiii je m’en rappelle en effet et c’est tellement bête, je n’ai pas pensé à prendre des notes pendant ma lecture. Et comme c’est un bouquin que Mollat m’avait prêté pour le prix RDE, impossible de faire marche arrière (cela dit il se peut que je le relise lors de sa sortie en poche héhé)

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