Bouquin #72 : Memoirs of a geisha, d’Arthur Golden

[Memoirs of a geisha – Arthur Golden – 1997]

En rade de Duras, j’ai pioché ma lecture au petit bonheur la chance parmi les piles de bouquins ramenés d’Angleterre, il y a quelques mois. Je me réjouissais à l’idée de découvrir une belle histoire, très romanesque, avec son piquant d’exotisme et ses jalons historiques… et je suis tombée sur un best-seller par moments imbuvable, car d’une longueur affolante et ouvertement paternaliste de surcroit.

72 Memoirs of a geisha arthur golden

Les Memoirs (fictives) of a geisha  relatent le parcours de Chiyo, fillette de huit ans dont la destinée bascule lorsqu’elle se voit arrachée à sa famille mourante pour être vendue à un okiya, maison de geishas du quartier de Gion, à Kyoto. Stéréotype même de l’héroïne misérable à la vie pavée de déboires, Chiyo affronte obstacle sur obstacle jusqu’à parvenir, par une succession d’étapes codifiées, au statut de geisha, parmi les plus courtisées de la ville. Ce schéma fictionnel ne sort pas des sentiers battus, mais présente un avantage certain : celui d’introduire le lecteur ignorant, avec force détails et minuties, au monde clos – presque mystique – des geishas dans le Japon des années 1930-40. Très appliqué, Arthur Golden distille le produit de ses recherches et entretiens, et l’on en apprend énormément sur la figure révolue de la courtisane nippone, des étapes de son initiation à la recette d’un thé réussi, en passant – évidemment – par la description de kimonos somptueux et de l’art (douloureux) d’une coiffure réussie.

Toutefois, outre cet exposé très passionnant, Memoirs of a geisha ne présente pas grand-chose d’autre dans le ventre qu’une histoire très longue, dont la majeure partie des rebondissements trouvent leur appui sur une rivalité féminine digne d’un remake de Mean Girls… Cela va pour les premiers chapitres, que l’on enchaîne rapidement, mais la structure s’effondre peu à peu à force de répétitions, de jalousie et d’esprit de basse-cour.

J’espérais, au fil de ma lecture, voir l’héroïne s’étoffer, gagner en esprit et en rébellion, pour finalement émettre ne serait-ce que quelques doutes sur le système odieux et esclavagiste dans lequel elle évolue. Grande erreur : alors que sa virginité est vendue aux enchères, à peine Chiyo (ou Sayuri, son nom de geisha) ne fait-elle la moue quand elle découvre que son premier amant a – au moins – trois fois son âge… Et cette mentalité effacée, soumise, ne change pas d’un poil tout au long du récit : les dernières pages, où l’on constate que le destin fortuné de Chiyo/Sayuri n’est l’œuvre que d’un seul homme (auquel, bien entendu, la geisha voue une reconnaissance éternelle et dévouée), m’ont fait hurler de dépit tant le malaise est à son comble.

J’ai essayé, bien sûr, de replacer les évènements dans leur contexte, et de porter un regard plus juste sur les choix et les manigances de la protagoniste, qui ira jusqu’à offrir son corps à un homme qu’elle abhorre afin d’obtenir, par un schéma foireux de vases communicants, les faveurs d’un autre mâle pour qui elle se pâme… J’ai essayé, dis-je, mais j’ai eu du mal. Enormément de mal. Et lorsqu’une romance au twist final improbable et mielleux jusqu’à l’écœurement est venue gâcher l’affaire – déjà mal au point – j’ai laissé tomber.

Autre point dérangeant, et pas des moindres : tout innocemment, Memoirs of a geisha met en place une autre forme de suprématie, celle des bons et beaux américains sur les pauvres petits japonais. La guerre, ses bombes, Hiroshima Nagazaki et tout le toutim sont rapidement évoqués pour laisser la place aux heures de la reconstruction, durant lesquelles les soldats US se montrent, en fin de compte, bien braves et bien gentils. Aïe. Chiyo/Sayuri, pour éluder tout débat, précisera à de nombreuses reprises qu’elle n’est pas trop intéressée par la politique. Il m’est plutôt d’avis que le patriotique et maladroit Arthur Golden s’est lancé sur un terrain glissant qu’il aurait mieux fait d’éviter…

L’écriture, plutôt belle – malgré des efforts visibles pour « sonner japonais », qui donnent lieu à des métaphores très incongrues – sauve un peu le propos, et l’histoire peut s’avérer une bonne introduction à l’univers mystérieux des geishas. A condition d’accepter moult longueurs et une morale paternaliste difficilement supportable…

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12 réflexions sur “Bouquin #72 : Memoirs of a geisha, d’Arthur Golden

  1. Pour ma part, je l’ai également lu il y a longtemps, et je me souviens avoir été un peu attristée par la fin, que Sayuri devienne cette femme de l’ombre, sans pouvoir vraiment mettre de mot là-dessus du haut des mes 13 ou 14 ans. Et en lisant ta chronique, j’ai trouvé le mot qu’il me manquait, 10 ans plus tard : Paternalisme ! Donc merci =)
    Pour le film, il est très joli visuellement, mais relativement longuet.

    Aimé par 1 personne

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