Bouquin #67 : Abandons (nouvelles), de Hiromi Kawakami

[Abandons – Hiromi Kawakami – 1999]

Puisque je souhaite découvrir la littérature du pays du soleil levant, et que, malgré l’élaboration de listes d’écrits à aborder, je reste très bordélique, je me laisse souvent tenter par l’inconnu lorsque le nom de l’auteur correspond à l’idée que je me fais d’un patronyme japonais : une mélodie saccadée avec quelques W, deux-trois K et pas mal de I. C’est sur ce schéma bancal qu’un recueil de nouvelles sobrement intitulé Abandons a atterri sur mes étagères à l’issue d’une énième virée chez les bouquinistes. Erreur : plutôt que de me fier à mon instable « pifomètre », j’aurais mieux fait, cette fois-ci, de demander conseil à un libraire. Sur les huit nouvelles présentées, deux ont su me ravir ; quant aux autres, je reste perplexe…

67 Abandons

Parler des « dérapages de l’amour et du désir » : tel est le projet annoncé en quatrième de couverture. Soit. Hiromi Kawakami relève prudemment le défi, à travers une poignée de nouvelles très courtes et très variées… en apparence seulement. Si les sujets abordés (mort, sadomasochisme, maladresse des premiers émois…) ne sont jamais les mêmes d’un récit à l’autre, le schéma et le ton, eux, ne changent pas. Il est question de couples (toujours hétérosexuels), d’un regard narratif (toujours féminin), d’une posture dominante (toujours masculine). Les huit femmes des huit nouvelles racontent, avec imprécision, incertitude. Elles « ne savent pas trop » ce qui leur arrive, elle « ne sont pas sures » de l’ordre des évènements. Peut-être l’auteure souhaitait-elle, à travers ces voix ambigües, recréer une atmosphère onirique, impalpable, propre au ballet de l’amour. Las : le procédé rate son effet, ne parvenant qu’à uniformiser l’ensemble des récits en un magma vaguement soporifique, à peine remué par des narratrices un peu sottes et complètement soumises pour qui chaque respiration semble être un effort insurmontable : en terme de personnages antipathiques et sans saveur, on ne pourrait rêver mieux.

L’écriture, très limpide et minimaliste, se donne des airs de Nouvelle vague : rien n’est à sa place, les dialogues déstructurés laissent entrevoir une certaine poésie… Mais là encore, les ficèles sont grosses, et l’on ne perçoit que trop distinctement les efforts fournis par l’auteure pour faire naître le décalage, l’impromptu, le transitoire : on y croit – un peu – sur les premières lignes, puis on finit par se lasser.

Toutefois, deux nouvelles, des plus violentes, se distinguent : j’ai été particulièrement touchée par « Le chant de la tortue » : l’homme frappe, la femme subit, la tortue couine de désespoir et le tout saisit par son intensité graduelle, parfaitement maitrisée et très émouvante. J’ai aussi beaucoup apprécié « Pauvre petite », où l’on observe un jeu de domination se mettre en place entre deux corps dépendants. Pour le reste, cela ne vaut, hélas, pas grand-chose.

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4 réflexions sur “Bouquin #67 : Abandons (nouvelles), de Hiromi Kawakami

  1. oh, quel dommage. Il est vrai que ce n’est pas le meilleur Kawakami (très inégale dans ses textes). Si tu veux lui donner une seconde chance, essaie « les années douces » (sans doute son plus célèbre) ou « les 10 amours de Nishino »
    Sinon, en japonais contemporain, Ogawa est aussi très chouette (plus l’accent sur l’histoire que sur l’ambiance, peut-être).
    Et en classique, je te conseille Kawabata et ses « belles endormies » ! 😉

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