Bouquin #61 : Voyage en Laponie (1681), de Jean-François Regnard

[Titre original : Voyage de Laponie – Jean-François Regnard – publication posthume en 1731]

Un voyage en Laponie, cette contrée si lointaine, si nordique ! Et en 1681 ! Je venais de passer les portes du salon du livre de Bordeaux lorsque mes yeux ont accroché à cette promesse d’aventure, et un bref échange avec l’éditeur a achevé de me convaincre. Pourtant, après deux jours passés en compagnie de Regnard à la découverte des indigènes du Grand Nord, je ne peux m’empêcher de ressentir un chouïa de frustration… 61 Voyage en Laponie

L’on connaît Jean-François Regnard (ou non, mais heureusement, il y a les préfaces) pour ses pièces Le joueur et Le légataire universel. Mais l’homme ne resplendit pas encore de son aura de dramaturge lorsqu’il entreprend, à 26 ans, un voyage diplomatique en Laponie, avec deux camarades : cette expédition en pays glacé lui fournit alors la matière à ses premiers écrits. Toutefois, si Regnard rédige son Voyage de Laponie dès son retour, en 1681, il faut attendre 1731 – soit vingt-deux ans après sa mort ! – pour que le premier jet soit publié tel quel. Aussi, le texte, bien que rédigé dans un délicieux passé simple qui rend la lecture très agréable, reste très convenu, presque schématique, et truffé de répétitions : l’on apprend par exemple à trois reprises, dans la même syntaxe ou presque, que les vessies de renne servent à stocker le sang de l’animal, congelé par le froid et découpé comme du boudin !

J’ai aimé le récit pour ces petites anecdotes précises, témoignant d’un regard qu’on espère attentif de la part de l’explorateur… mais qui, nous apprend la préface, ont été largement inspirées des écrits de ses prédécesseurs (notamment ceux de Johann G. Scheffer) ! Ainsi, les nombreuses descriptions, établies à la manière d’un rapport, ne proviendraient pas toutes de l’œil aiguisé de l’auteur… et cela enlève, malgré l’ancienneté de l’écrit – donc son courage, « pour l’époque » – une belle part de son charme.

Passé cette déception quant à l’authenticité relative des faits racontés, j’ai décidé d’aborder le récit pour son genre en lui-même, et ma curiosité de jeune fille du XXIe siècle s’est ainsi attardée sur le ressenti de Regnard au fil de sa progression lapone, plus de trois siècles plus tôt. Entre ingénuité et répulsion, marqués par un racisme de rigueur, les mots de l’écrivain prêtent aujourd’hui à sourire, tant ils reflètent à la fois la curiosité naïve du jeune français qui découvre le monde et sa pensée conformiste quant aux étrangers – les Lapons, bien qu’évangélisés, se situent quelque-part entre l’animal et l’homme primitif…

 En bref, le Voyage en Laponie, bien que partiellement « pompé » et souvent fantasmé, reste une lecture curieuse et sympathique, qui nous éclaire à la fois sur le genre du récit de voyage au XVIIe siècle comme sur les habitudes et mœurs du peuple lapon. On regrette seulement le style, peu élaboré (Regnard ne destinait surement pas ses cahiers à une publication littéraire) et la « lourdeur » propre aux rapports diplomatiques qui aplanit quelque peu l’ensemble.

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5 réflexions sur “Bouquin #61 : Voyage en Laponie (1681), de Jean-François Regnard

  1. C’est dommage que toutes ses remarques ne viennent pas de son propre voyage mais ont été reprises d’autres explorateurs ! Le récit doit en effet prêter à sourire, car le regard d’un homme du XVIIe siècle est bien éloigné du nôtre. Je note ces quelques petites informations car le caractère diplomatique de ce voyage attise ma curiosité.

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