Bouquin #59 : Le bouddha de banlieue, de Hanif Kureishi

[Le bouddha de banlieue – Hanif Kureishi – 1991]

Ça commençait sur les chapeaux de roues, dans une tornade de rires et de bons mots, au cœur d’un Londres banlieusard et camé des années 70. Puis la plume s’est étalée, satisfaite, dans les méandres d’un humour trop facile et de schémas sans surprises : traverser 400 pages, sitôt passée la moitié du chemin, m’a fait l’effet d’une épopée interminable. Je suis tout de même venue à bout de ce monstre nauséeux, sans trop savoir comment, l’envie d’en finir me poussant sans doute à dérouler les lignes sans m’attarder. Dommage, puisque sous son manteau lourdingue, le premier roman de Hanif Kureishi conserve du potentiel, et présente l’avantage d’interpeller le lecteur – avec force drôleries – sur la difficile assimilation des pakis dans une Angleterre grippée… 59 Le bouddha de banlieue

Londres, banlieue sud, au crépuscule des seventies. Vous vous appelez Karim, vous avez 17 ans, un goût prononcé pour les pattes d’eph’ turquoise, une ivresse tournée vers les nouvelles drogues et un amour curieux pour les deux sexes. Votre mère est une parfaite anglaise parée de déprime, votre père, un immigré pakistanais un brin flemmard qui, dernièrement, s’est piqué de devenir le nouveau bouddha et d’enseigner la sagesse à quiconque voudrait l’entendre, entre deux routines métro-boulot-dodo. C’est ce père-là, dodu et excentrique, qui mènera la première partie du récit : celle passée en périphérie de la ville, dans un environnement pauvre et délaissé où l’on sent naître, entre deux folies adolescentes, le malaise du thatchérisme.

La vie est douce, la plume agréable : on rit beaucoup des bons mots de l’auteur, qui semble se revivre à travers son Karim de papier, ses maladresses et sa découverte d’un monde pas toujours très cleanfils de paki tu es, étranger tu resteras.

Puis arrive la moitié du roman, et l’installation en ville : la banlieue n’est plus qu’un vague souvenir où se réfugier de temps en temps, et la cité prend le pas sur la vie de notre jeune héros. Affolé par les lumières, les espoirs et le monde du théâtre dans lequel il essaie de percer, Karim se perd en expériences et en échecs : l’écriture suit le même chemin. Porté par un début très prometteur, Hanif Kureishi saccage le tout à grand renfort de récits inintéressants, de name dropping à la pelle et de bite-chatte-couilles glissés un peu partout entre les pages. Orgies multipliées et réflexions naïves sur le monde adulte se succèdent, jusqu’à l’overdose et cette hâte de sortir du tourbillon qui m’a trop vite saisie – ce n’est jamais bon signe…

Heureusement, le travail des personnages – à défaut de celui de l’histoire – reste maîtrisé par l’auteur, et, sans cette galerie de caractères qui marquent le roman, j’aurais très probablement abandonné le navire à mi-chemin entre la banlieue pauvre mais confortable et cette ville où les âmes s’égarent… Il y a Jamila, jeune femme frondeuse face au rigorisme paternel, mariée de force à Changez, un homme qu’elle mène à la baguette et qui, fraîchement immigré et absolument pataud, découvre l’Angleterre avec un regard interloqué – le couple se place au centre de situations cocasses qui m’ont fait rire plus d’une fois. Je me suis aussi attachée, malgré moi, à la figure du père, bonhomme jubilatoire dont les séances de méditation parodient, sous la plume de Kureishi, les « croyances bizarres » que les anglais ignorants associent, dans un élan de racisme, à leurs voisins à la peau un peu trop sombre.

Il y a sans doute, dans ce roman inégal, beaucoup de la vie de l’auteur lui-même : s’il souhaitait rendre hommage aux êtres qui peuplèrent son passage à la vie adulte, le résultat est une réussite. Mais il ne faudrait pas oublier que toutes les histoires ne sont pas intéressantes pour le lecteur, et que l’ennui point vite entre deux dialogues à l’arrachée et deux traits d’esprit malhabiles…

Advertisements

6 réflexions sur “Bouquin #59 : Le bouddha de banlieue, de Hanif Kureishi

  1. Personnellement j’ai accroché et adoré jusqu’au bout, je trouve ce roman tellement enrichissant sur l’intégration des communautés en Angleterre! Mais je comprends ton sentiments, il y a moins d’humour sur la dernière partie et cela ajoute un peu de lourdeur.

    Aimé par 1 personne

    1. Au contraire je trouve qu’il y a trop d’humour dans le deuxième partie, ce qui alourdit beaucoup la chose… c’est vrai qu’il est enrichissant, mais l’auteur se perd dans beaucoup de digressions (les partouzes, ça va un moment, mais trop c’est trop), ce qui fait que le message politique s’en retrouve caché, c’est dommage.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s