L’an 1

Aujourd’hui j’ai un an de toile. Alors je te raconte ma vie.

Ça a commencé sur un canapé bariolé en rose et vert, dans « la pièce du fond ». A sept ans. Il y avait les livres, on allait les chercher parmi les rayonnages d’une minuscule bibliothèque de village, lovée dans la tourelle attenante à la mairie. On les ramenait comme des trésors, et ils étaient là en piles, ou en vrac, compagnons de ma solitude dans ce cocon où je me suis étalée des années durant, à manger les mots comme des bonbons.

Mais sans l’indigestion. Quoi que. A l’adolescence, la faim de belles histoires s’est fait la malle, me laissant seule dans un désert d’années, sans littérature, sans syllabes, sans volutes. Ce n’était pas si dur – je me complaisais dans d’autres domaines, me mentais sur l’absence de temps pour lire, perdais mes heures et me foutais des poètes.

Puis il y a eu ce bouquin, tendu un soir d’anniversaire – je fêtais mes 19 ans – sous un beau papier, par ma colocataire au nez fin. La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett, a occupé mes premières semaines de 2013. Il neigeait dehors, je vivais en pleine campagne et lisais lentement, pelotonnée dans ce même canapé de l’enfance et savourant chaque soir, après une journée de travail dans le froid social, mes retrouvailles avec un peuple de mots inchangés et toujours fidèles.

La littérature, c’est quand même chouette, pensais-je alors.

Blog 1 an

Je me suis mis à acheter des livres. Pleins de livres. Avec ardeur et impatience. J’avais laissé filer un temps précieux après lequel je courrais, chevauchant les phrases et multipliant les influences. J’ai plongé le nez dans le papier pour me laver du quotidien. Je me suis brossée aux belles lettres et aux grands discours. J’ai pleuré et ri et gueulé et exulté dans les bras de ma bibliothèque. J’ai façonné mes goûts, trouvé mes propres fétiches : grand amour pour Kessel d’abord, Greene ensuite, Duras quelques mois plus tard.

Et en mars 2015, au 35 Cavendish Road d’une petite ville anglaise, premier étage, chambre ouest, je t’ai parlé bouquin. A travers le web, sur un blog tout nouveau-né pour lequel j’avais peu d’espoirs, mes précédentes tentatives d’invasion des Internets ayant lamentablement échoué depuis l’âge de quatorze ans et ses skyblogs hasardeux.

Toujours là, vaillante du pixel et battant le clavier, un an après. Dans une nouvelle ville, une nouvelle vie, mais avec ce même carnet de bord virtuel, compagnon et réceptacle de mes lectures, et prête à faire de cette passion la cause de toute une existence. Ouais, rien que ça.

Internet est formidable : tu en es la brique et la preuve. Pas un jour sans que tu ne sois là, lecteur fidèle ou de passage, avisé ou curieux, pour réagir, conseiller, m’orienter sur le chemin d’une pépite de la langue. Grâce à toi, grâce aux bouquins, je me suis décroché la mâchoire sur de belles découvertes, j’ai étoffé à outrance la liste de mes envies, et j’ai perçu le monde d’un autre œil – plus ouvert, moins réac’, se délestant peu à peu (même s’il reste du chemin à parcourir) de tous aprioris. Alors je t’envoie des MERCI gros comme ça, parce que de tous les mots qui me sont passés sous les yeux, celui-ci est encore le plus beau.

La littérature, c’est quand même chouette, me dis-je toujours.

Et je repars pour un an de plus.

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20 réflexions sur “L’an 1

  1. Très bel article, très émouvant. J’aime vraiment beaucoup ta plume, j’espère que tu nous en feras profiter pendant encore quelques années ! Le premier anniversaire est toujours très spécial, alors je te le souhaite incomparable et très heureux, évidemment 🙂

    Aimé par 2 people

  2. Je me suis retrouvée dans tellement de choses que tu décris… le canapé, la bibliothèque, les mots comme des bonbons.
    Et mes retrouvailles avec la lecture plaisir n’a pas été The Help, mais le Hussard sur le toit. Chaque fois que je pense à ce livre, je vois les champs de blé décrits par Giono, et le contraste avec l’horreur du choléra.
    Très joli billet.

    Aimé par 1 personne

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