Bouquin #50 : La splendeur dans l’herbe, de Patrick Lapeyre

[La splendeur dans l’herbe – Patrick Lapeyre – 2016]

Le titre est magistral. Le contenu, d’une chiantise absolue. Par honnêteté, autant vous avouer que ce bouquin m’est tombé des mains après cent cinquante pages de lutte et de vains espoirs. J’espérais, par goût du symbole, un coup de cœur pétaradant pour la cinquantième chronique de ce blog. Au lieu de quoi, je m’apprête à vous parler d’un des pires romans qu’il m’ait été donné de lire depuis mes sept ans…

la splendeur dans l'herbe

Parce qu’il vaut mieux en rire, commençons par cette mignonette punchline trouvée page 103 : « Tandis qu’il réfléchissait dans le noir en écoutant les bruits de la rue, il se sentait aussi heureux qu’un homme capable de goûter la fraîcheur du vent, même en l’absence de vent. » Je vous laisse ainsi juger de l’extrême pauvreté du style, à travers cette phrase à deux balles qui concentre, dans son éclat de naïveté, tous les défauts de ce roman interminable : des lieux communs servis à la pelle, un personnage principal charmant comme un bulot et surtout, summum du grand Nul, cette plume fadasse, répétitive, sans vocabulaire et ne connaissant de la conjugaison qu’être et avoir… bref, quel calvaire !

Or, difficile pour l’auteur de faire oublier son « style » tout à fait navrant par la présence d’une intrigue bien construite et haletante… car d’intrigue, il n’y a pas, ou si peu. Homer et Sybil ont été trompés par leurs conjoints respectifs et, blessés, se retrouvent pour réapprendre la confiance et l’amour. Le sujet, délicat, est traité dans la longueur – soit – et l’on observe au microscope la naissance des sentiments, disséqués dans le moindre détail et soulignés par l’auteur à gros traits maladroits. Pour la subtilité, on repassera.

Homer incarnant l’homme à fleur de peau et en constant questionnement, on ponctuera ses pensées intérieures d’un désagréable semis de points de suspension. Nos deux héros s’avérant tout de même cultivés derrière leurs apparences falotes, on s’adonnera au name dropping mal placé et sans valeur : hello David Lodge, coucou Kubrick ! Et puisque le lecteur suit les pensées du bulot Homer, on écrira à l’oral, à grand renfort d’hideuses formules (« en même temps », « en tout cas », « de suite »…)

Bref, ce qui aurait dû rester un premier jet dans un tiroir a tout de même atterri chez P.O.L (donc Gallimard), et c’est une belle fumisterie.

Retrouvez ici mes lectures pour le Prix du roman des étudiants 2016.
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20 réflexions sur “Bouquin #50 : La splendeur dans l’herbe, de Patrick Lapeyre

  1. Tout comme le commentaire précédent, je ne connais ni l’auteur ni le livre concerné mais je voulais tout de même laisser un commentaire de remerciement pour cette chronique drôlissime qui m’aura fait passer un très très bon moment ! Vivement les 50 suivantes, en espérant qu’elles soient sur le même ton 😀 Belle soirée.

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  2. Contrairement à toi j’ai bien aimé « La splendeur dans l’herbe », mais c’est intéressant comme tu dis de voir que les avis divergent ! En plus ta critique n’est pas infondée, et surtout elle est très franche et tu assumes 😉 ! Lors d’une rencontre avec Patrick Lapeyre, il a expliqué qu’il s’était beaucoup inspiré du cinéma asiatique, de sa lenteur et de sa pudeur dans la description des relations humaines. Il a notamment cité « In the mood for love » de Wong Kar-Wai et le cinéma d’Ozu. Je ne sais pas si tu aimes le cinéma asiatique mais son roman m’y a en effet fait penser (et j’apprécie ces films très lents, même s’il faut parfois s’accrocher !)

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis un peu (beaucoup !) une bille en cinéma, mais en littérature, la lenteur ne me gêne pas (Duras notamment, dans Le marin de Gibraltar, observe la naisance de l’amour et c’est très long et tout aussi beau). Toutefois, l’immense faiblesse de l’écriture a totalement gâché ma lecture et, à mes yeux, souille les intentions de l’auteur. Au final, je n’ai pas pu apprécier la beauté des sentiments qui émergent dans la lenteur, à cause de cette plume trop peu travaillée et toute en bons sentiments.
      Heureusement pour l’auteur que les avis divergent 🙂

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