Bouquin #36 : Les captifs, de Joseph Kessel

[Les captifs – Joseph Kessel – 1926]

Il y a de ces auteurs vers lesquels on se tourne les yeux fermés, en lecteur pieux et confiant. Au prix, quelquefois, d’une rude déception. Est-ce vraiment Kessel, le grand Joseph Kessel, que j’ai lu avec Les captifs ? Indubitablement, si l’on se fie à la beauté de la plume, qui raconte sans démesure et sait toucher juste. Mais cela ne suffit pas à combler les failles d’un récit poussif, déséquilibré, et, au bout du compte, vaguement ennuyeux.

Joseph Kessel Les captifs folio

L’idée, pourtant, germait d’un bon terreau : l’immersion de Kessel, encore jeune homme, dans un sanatorium à Davos, en Suisse. L’auteur y venait soutenir sa femme Sandi, atteinte de tuberculose, jusqu’à sa mort en 1928, deux ans après la publication des Captifs (Grand prix du Roman de l’Académie Française, soit dit en passant). L’on imagine mal le journaliste, consacré par le public et par ses pairs après L’Equipage, avide d’aventures, de sables étrangers et d’histoires inconnues, se contraindre à l’enfermement d’un hôpital funèbre, dans la pesanteur du silence et l’ombre de la mort.

Par amour (c’est à Sandi qu’est dédié Les captifs), Kessel y envoie son double littéraire, l’insouciant Marc Oetilé, dont la vanité n’a d’égale que la misogynie. Archétype même du personnage exécrable, Oetilé-le-Dur se laisse pourtant happer par la triste monotonie du sanatorium, et le quotidien marqué par la mort de pensionnaires devenus camarades dilue toute arrogance et amollit son âme.

A bien y réfléchir, Les captifs aurait pu se passer du pluriel dans le titre, puisque Kessel s’y livre, à demi-mots, à un travail d’introspection nécessaire et difficile, alors qu’il sait sa femme perdue. Lu sous cet angle, le roman se révèle enrichissant pour qui souhaite se pencher sur la personnalité du grand écrivain. Pris sous l’angle de la fiction, en revanche, Les Captifs déçoit, et la douceur humble de la plume ne parvient pas à rattraper l’étrangeté d’un récit décousu, où s’entremêlent des personnages de passage, puisque vite achevés par la maladie. Seule la fin interpelle, et insuffle une nouvelle dynamique à l’histoire, engoncée dans des mondanités de condamnés à mort. Mais elle intervient trop tard, et se boucle trop vite, laissant le lecteur avec une impression amère d’un récit inachevé, qui sera bien vite oublié.

Pour qui souhaite découvrir pour la première fois Kessel, le génial Kessel, l’inégalable Kessel (oui, je m’emballe vite), je ne conseille donc pas tellement Les captifs.

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3 réflexions sur “Bouquin #36 : Les captifs, de Joseph Kessel

    1. Le lion est une bonne porte d’entrée en effet. Je l’ai lu au collège, mais je me rappelle l’avoir bien aimé. Je suis loin d’avoir lu tout Kessel, malheureusement, mais j’ai aussi apprécié Avec les alcooliques anonymes pour le côté reportage, et Mermoz pour la biographie.

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