Bouquin #34 : La dentellière, de Pascal Lainé

[La dentellière – Pascal Lainé – 1974]

Un jour, sûrement d’ennui sévère, je suis tombée par hasard sur un téléfilm dont je ne me rappelle plus l’histoire, mais dont je sais seulement que l’ensemble m’avait paru plutôt nul. Dans ce téléfilm cependant, il était question, vaguement, d’un roman, apparu deux-trois fois dans un coin de l’écran. C’est ainsi que La Dentellière, Goncourt 1974, s’est invité dans ma bibliothèque, comme l’ultime résidu d’un scénario bien vite oublié. Fin de l’histoire.

Pascal Lainé La dentellière

Et début d’une autre, puisque, derrière ce titre intriguant et sous la plume d’un auteur qui m’était jusqu’alors inconnu, je me suis plongée dans la modeste vie d’une modeste fille que l’on appelle Pomme, tant pour ses joues rondes que pour son caractère lisse, dénué d’espoir, de désespoir, de volonté, d’envies.

Pomme est une pauvrette : jeune fille des années 70 dans un bourg du nord de la France, une mère un peu putain, un père-souvenir, un quotidien au jour le jour, cloisonné par la Nationale, la vaisselle dans l’évier et la boue des champs. Pomme arrive à Paris, devient shampooineuse dans un salon de coiffure, toujours bonne fille, un peu simple, un peu bête. Arrive sur scène Aimery de Béligné : il est étudiant, ambitieux, bon chic bon genre, et tombe amoureux de notre Pomme sans avenir ni désirs. C’est le choc des esprits et des classes sociales, un carambolage de perspectives qui explose : l’amour s’étiole puis devient rupture, et Pomme, croquée par Lainé en heureuse simplette, n’a toujours pas eu sa ligne de dialogue dans ce – court – roman.

C’est dans la quatrième partie du récit, alors que la séparation des deux êtres a eu lieu depuis quelques mois, que la jeune fille s’exprime enfin, et que l’on découvre, derrière sa personnalité abandonnée, une étincelle de vie normale, un mirage de désirs, d’inquiétudes, le croquis d’une personnalité animée, vivante. Mais c’est aussi cette quatrième partie qui, selon moi, détruit l’ensemble : l’auteur, qui ne nous avait pas épargné de quelques pointes de style légèrement m’as-tu-vu dans les cent premières pages, fait montre de sa belle plume, et c’en devient épuisant. Passé d’un narrateur impersonnel au « je » d’Aimery, Pascal Lainé conclut son récit avec maladresse, en forme de bilan tourné vers le futur dont on se serait bien passé. Dommage, puisque le reste n’est pas si mal, et que l’auteur, certes un peu lourd sur l’écriture mais jamais pathétique, jamais larmoyant, rend hommage, dans ce bref écrit, à une Pomme universelle, une enfant mal lotie pour qui l’on se prend d’amitié lorsque l’on perçoit, sous sa platitude, un acharnement muet face à une vie qui la dépasse.

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9 réflexions sur “Bouquin #34 : La dentellière, de Pascal Lainé

  1. Le film avec Isabelle Huppert m’avait laissé un souvenir agréable. Cela fait longtemps que je l’ai vu peut-être cela a-t-il vieilli. Mais plus récemment sur un thème similaire Brodeuses avec Ariane Ascaride était super.

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  2. Ba oui parce que ce n’est pas du tout comme ça que je me figure Pomme. En même temps, l’auteur reste assez ambiguë quant à son physique. Au final, j’ai eu du mal à comprendre si elle était attirante ou pas. Idiote, naïve, ça c’est clair mais belle, je ne sais pas. Mais bon, elle est jouée par Isabelle Huppert dans l’adaptation au cinéma….donc…

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