Bouquin #30 : Le vicomte pourfendu, d’Italo Calvino

[Le vicomte pourfendu – Italo Calvino – 1952]

Il me fallait une courte fable, un bonbon de littérature pour résister à la pression d’un mois bien rempli et souffler entre deux lectures universitaires. Pour sa minceur (physique, non pas d’esprit) et les bonnes critiques que j’en avais lu, j’ai ainsi choisi Le vicomte pourfendu comme compagnon de mes trajets quotidiens. Et cette petite merveille a fait le job : j’en sors avec le sourire, et la mise en scène du Bien face au Mal (deux moitiés bien réelles du vicomte) m’a aiguisé l’appétit pour le reste de la trilogie héraldique – et, tant qu’à faire, la bibliographie de cet auteur que je connais fort mal.

Le vicomte pourfendu

Médard de Terralba se rend à la guerre. Grand naïf face à des armes dont il ne soupçonne pas la puissance, l’idiot sans expérience se place en valeureux guerrier face aux bouches des canons. Il en ressort… pourfendu.

La moitié droite est retrouvée, cautérisée, ramenée sur ses terres : dès lors, le mal court par monts et par vaux : le diable semble s’être incarné en la (demie)personne de Médard, qui jouit de ses méfaits avec la perversité d’un enfant capricieux. Feux impromptus, innocents pendus par dizaines… c’est un village tremblant de peur, au bord de l’agonie, que découvre la seconde moitié de Médard, elle aussi rafistolée et bien vivante, arrivée sur le tard à Terralba. Mais cet hémi-Médard n°2 s’avère aussi bon que son compère est mauvais, et s’efforce de réparer toute injustice et toute horreur commise par son cruel alter-égo.

Nous voici alors plongés dans une fable pétrie d’humour, monde comique où se succèdent des personnages tout aussi particuliers : des lépreux heureux de l’être, une communauté huguenote pingre à l’extrême, un docteur anglais qui n’en a que le nom… Cette fresque bigarrée, contée par le jeune neveu du Médard pourfendu, et ciselée par une écriture toute simple et très fluide, couve cependant une belle morale philosophique, que l’on pourrait résumer ainsi : en l’homme s’entremêlent, fatalement, le mode des Bisounours et les flots du Styx. Trop de bien réveille le mal, et il convient alors d’agir, toujours, avec prudence et sagesse. Fin de l’histoire.

Je ne compte qu’un seul regret vis-à-vis de cette excellente découverte : ne pas l’avoir faite plutôt. En effet, je me serais bien vu lire ce conte dans le cadre scolaire, au collège, à l’âge où l’âme se construit et l’esprit se forge…

« Oh ! Paméla, dit alors le bon Médard, c’est l’avantage d’être pourfendu, que de comprendre dans chaque tête et dans toute chose la peine que chaque être et toute chose ressentent d’être incomplets. J’étais entier, je ne comprenais pas. J’évoluais sourd et incommunicable parmi les douleurs et les blessures semées partout, là même où un être entier ne saurait l’imaginer. Ce n’est pas moi seul, Paméla, qui suis écartelé et pourfendu, mais toi aussi, nous tous. »

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8 réflexions sur “Bouquin #30 : Le vicomte pourfendu, d’Italo Calvino

  1. Je partage totalement ton enthousiasme pour ce livre que j’ai lu l’année dernière (et qui m’a vu enchaîner avec les deux autres livres de la série^^). Je n’y avais jamais mais ta réflexion est très juste : pourquoi ne nous fait-on pas découvrir Calvino en secondaire ? Ses thèmes sont nombreux, profonds, mais attaqués avec une légèreté qui permet de les aborder tout en douceur !

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  2. Tu peux déculpabiliser, je ne connaissais pas cette nouvelle non plus! Mais ta chronique m’a donnée envie de la lire, tellement tu as l’air de bien savoir mettre les mots qu’il faut sur les œuvres : )

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