Bouquin #29 : Tendre est la nuit, de Francis Scott Fitzgerald

[Tendre est la nuit – F. S. Fitzgerald – 1934]

« C’est très beau », m’avait promis la libraire, lorsque je me décidai pour Tendre est la nuit. Et sur ce point, je ne peux la contester : l’écriture de Fitzgerald est douce, enveloppante, tissée d’une suave mélancolie… mais ce récit, quel ennui ! Certes, l’auteur dépeint, à travers les personnages de Dick et Nicole Diver, ses propres troubles, teintés de la folie de sa femme Zelda, et Tendre est la nuit s’avère sans doute très intéressant pour qui s’intéresse quelque peu au romancier. Mais, à trop se perdre dans des fresques mondaines interminables et déliées, ce travail d’introspection reste à mon goût trop peu perceptible, presque inabouti. La fin seulement redonne du souffle au récit – ou serait-ce le soulagement d’un adieu prochain aux personnages qui déforme mon jugement ? Quoi qu’il en soit, vous vous en doutez : j’ai été amèrement déçue par Tendre est la nuit, malgré la plume incontestablement belle de Fitzgerald.

Tendre est la nuit

Tentons de résumer cette épopée amoureuse en trois parties qu’est Tendre est la nuit. Les premières pages, baignées du soleil de la côte d’azur, nous introduisent à Dick et Nicole Diver, couple américain dont la popularité n’a d’égale que le luxe de leur vie confortable, menée entre Paris et les plages du sud de la France, qu’ils occupent en propriétaires satisfaits mais altruistes. L’on observe ces Barbie et Ken des années folles dans les yeux de Rosemary, jeune et innocente actrice captivée par l’aisance et le bon goût des Diver – et de Dick, tout particulièrement, qui, d’ailleurs, ne résistera pas longtemps à ce vent de fraîcheur sur sa vie sclérosée.

Par des indices plus ou moins identifiables, l’on comprend que l’unité des Diver n’est qu’une façade aux fissures adroitement cachées – quel est alors le mystère, le secret à percer ? La réponse nous est donnée au tout début de la partie deux – et heureusement, car au bout de 150 pages de diners mondains et de virées parisiennes, l’ennui commençait à poindre…

Cette partie deux, donc, est construite de manière très intéressante, et concentre à elle seule toutes les ficèles qui dirigent le couple : lors d’un flash-back de rigueur, Dick nous apparait alors sous un jour moins frivole, comme le psychiatre d’une patiente qui donne du fil à retordre : Nicole, bien évidemment. La folie ainsi entrée dans le jeu, le récit fait d’habiles ellipses sur l’union des Diver pour reprendre là où il s’était arrêté : après l’apparition de Rosemary dans la vie de Dick.

Outre le mental défaillant, un deuxième ingrédient s’invite dans l’affaire : le rapport à l’argent. Nicole est richissime, Dick travaille pour s’en sortir. Et ce déséquilibre malsain précipitera la chute du couple vers une fin inéluctable, que l’on pressent dès le début… et qui met beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de temps à arriver.

Malgré ces longueurs interminables, ma lecture fut plaisante. Plaisante à la manière d’une croisière dont on savoure chaque instant sans rien en retenir. C’est là tout le problème de Tendre est la nuit : trop d’éléments, parfois surprenants et atypiques, se succèdent avec la même intensité, comme une balade au pas toujours égal. Le tout couplé à des dialogues mesurés, à l’utilité relative, qui m’ont donné cette désagréable impression d’assister à un spectacle sans en ressentir l’intensité, le poignant, la moelle. J’ai refermé le livre il y a à peine vingt-quatre heures, et déjà les détails se confondent, se font distants, et ces bribes de souvenir finiront malheureusement par disparaître dans quelques jours, tant le récit a coulé sur moi sans y laisser de traces.

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4 réflexions sur “Bouquin #29 : Tendre est la nuit, de Francis Scott Fitzgerald

  1. « Plaisante à la manière d’une croisière dont on savoure chaque instant sans rien en retenir.  » Je trouve cette phrase géniale ! Mais je déteste quand ça m’arrive à la lecture, j’aime me souvenir de tout distinctement. Malgré tout, je retiens ce titre en me disant pourquoi pas… 🙂

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