Bouquin #27 : Bye Bye Blondie, de Virginie Despentes

[Bye bye Blondie – Virginie Despentes – 2004]

L’on m’avait prévenue du style de Despentes : énervé, viscéral, ambiance crise d’ado dans ce qu’elle a de plus noble – une certaine terreur du vide et l’envie magnétique d’y sauter à pieds joints. Cette plume gorgée d’acides, soit on l’aime soit on la déteste, avais-je lu un peu partout. Et c’est bien cela le problème : sur Bye Bye Blondie, je n’arrive pas à me faire un avis. L’écriture de Despentes m’a aussi bien fait glapir d’énervement que tourner les pages avec avidité, mi agacée, mi enchantée. Essayons d’aplatir ces vents d’émotion sur papier pour y voir plus clair…

Bye Bye Blondie Virginie Despentes

Bye Bye Blondie raconte Gloria, « femme blessée aux prises avec ses démons » (dixit le résumé), virée avec fracas par un énième mec dès la première page et en passe de renouer avec la solitude du pavé – et l’alcool, qu’elle n’a jamais vraiment quitté d’ailleurs. Gloria a la quarantaine, elle est érémiste, smicarde au meilleur de ses jours, et passe son temps au Royal, un bar de Nancy où elle retrouve ses vieux potes, ceux de ses premières lignes et de ses premières bagarres qui émaillèrent son quotidien d’ado punk dans les années 80. Et comme en littérature, le hasard fait toujours bien les choses, c’est au soir de ce désarroi intense que Gloria, carcasse bouffie par la bière et bousculée par la vie, retrouve Eric, son amour d’adolescence.

Les deux s’étaient rencontré en hôpital psychiatrique, où Gloria, quinze ans et rebelle en noir, avait atterri à la suite d’une énième crise de violence. Lui venait pour des troubles de la mémoire – surdose d’une mauvaise drogue. L’amourette avait fleuri aux creux des cris et des blouses blanches, à base de bonne musique et de joints fumés en douce. Elle s’était épanouie une fois dehors, lorsque les deux vivaient pour le son, la came et la casse. Puis Eric s’en était allé sans donner de nouvelles, placé par ses parents dans un pensionnat en Suisse alors que Gloria, pas assagie par les barreaux, s’était fait virer de chez elle.

Vingt ans ont passé et Eric ressurgit dans le quotidien abandonné de Gloria, tout pimpant et suintant le fric. Le monsieur est devenu vedette du petit écran, rien que ça, et dans un élan d’amour frais comme une Kro’ un soir d’été, il embarque sa belle déchue pour les beaux quartiers de Paris et la promesse d’une vie douce.

Et c’est ici que le récit a commencé à moins me plaire.

Si le long passage sur le séjour en HP et les années punkettes de Gloria m’avait absolument emballée, servi avec juste ce qu’il faut d’acide et d’épines dans le style, la deuxième moitié du roman est venue déséquilibrer ce beau travail. Passée du pavé nancéien au macadam parisien, Gloria se perd et ne loupe pas une occasion de se lancer dans une diatribe anti-riches, dans un langage grassement fleuri. Résultat : à lire trop de « putain » et d’ « enculé de sa race » à chaque page, l’écriture m’a lassée et a perdu à mes yeux toute sa crédibilité, surtout lors des dialogues…

Heureusement, Despentes garde la maîtrise du rythme et malgré quelques passages agaçants, un peu trop rebelles pour être honnêtes, je me suis attachée à sa Gloria, que l’on imagine bonne copine mais ultra-chiante et distributrice de coups de boule. La fin, touchante et toute belle, surprendra celui qui, comme moi, se réfère à l’image médiatique de Despentes en nana trash au verbe tranchant. Car l’émotion est au rendez-vous : une vraie de vraie, simple et pas surjouée, loin des lieux communs et des clichés d’un happy end. Et ça, c’est une belle surprise.

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5 réflexions sur “Bouquin #27 : Bye Bye Blondie, de Virginie Despentes

  1. Je n’ai jamais lu de Despentes mais c’est une auteure qui m’intrigue beaucoup du fait, comme tu le mentionnes, de son image médiatique. J’hésite toujours à me lancer parce que j’ai aussi peur d’être un peu agacée par ces personnages trop rebelles et vulgaires, pas assez fins. Ta chronique me donne quand même envie de tenter le coup…

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  2. Je me suis enfin décidée à lire Despentes il y a peu de temps, la snobant jusqu’alors en raison de son image médiatique sulfureuse. Contrairement à toi, j’ai été totalement séduite par son écriture, énergique, révolté et viscérale… Cependant, je l’ai découverte à travers sa dernière œuvre, Vernon Subutex, qui est, à mon humble avis, beaucoup plus littéraire et aboutie que Bye Bye Blondie. J’ai lu ce dernier roman il y a quelques mois et, comme toi, je n’ai pas trop su quoi en penser (d’ailleurs, je n’ai pas eu le désir de le chroniquer). Je pense également que les deux parties du roman sont inégales, mais, comme tu le précises dans ta chronique, la maîtrise du rythme de Despentes m’a permis de dévorer à toute allure la seconde partie ! Dans cette deuxième moitié, Despentes s’emploie à critiquer le monde du spectacle (tv, ciné), opportuniste et « suintant le fric », pour reprendre ta judicieuse expression, monde, à mon avis, bien plus vulgaire que quelques « putain » ou « enculé de sa race », dont effectivement, Despentes use et abuse sans vergogne ! Néanmoins, je suis d’accord avec toi : il y a chez Despentes une justesse de ton contrastant avec cette écriture vive, parfois grossière, et surtout une profonde empathie. Je t’avoue qu’après quelques mois, il ne me reste plus grand-chose de Bye Bye Bondie, mais ta chronique m’a permis de me rappeler que ce n’était pas si mal !

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  3. Bye bye Blondie a été le bouquin (emprunté à ma fille) qui m’a fait découvrir Despentes. Il faut dire que nous avons beaucoup de choses en commun concernant nos passés respectifs. Il reste toutefois évident que Vernon Subutex est à ce jour ce qu’elle a écrit de plus abouti à mon sens.

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