Bouquin #26 : L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, d’Haruki Murakami

[L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage – Haruki Murakami – 2013]

Il y a de ces auteurs vers lesquels on aime revenir, pour une lecture dont on sait par avance qu’elle sera belle et tendre, poétique et réconfortante. Pour moi, Murakami est de ceux-là. Son univers tout particulier m’a frappée à l’été 2013, lorsque j’ai découvert sa trilogie 1Q84 ; le coup de foudre s’est confirmé quelques mois plus tard, aux premières lignes de Kafka sur le rivage, qui reste depuis mon grand favori. Et si jusque-là, je n’avais lu que les traductions françaises, j’ai choisi de me pencher sur le travail de l’écrivain sans sa version anglaise, dont on jure souvent qu’elle serait plus « fidèle » à la plume Murakamienne. Soit. La différence ne s’en est pas trop ressentie mais le plaisir est resté intact : une fois de plus, la créativité et l’écriture de Murakami m’ont envoûtée, et son évocation de la solitude m’a touchée en plein cœur.

L'Icolore Tsukuru Tazaki - Murakami

Les personnages d’Haruki Murakami sont presque tous, invariablement, empreints d’une douce mélancolie, mélange de souvenirs, de regrets et d’un certain mal-être social. Tsukuru Tazaki en est l’exemple le plus certain. A trente-six ans, ce tokyoïte, célibataire à la vie morose, construit des stations de train. Le quotidien déroule son fil sans que rien ne change dans l’existence fade de ce héros effacé, à demi-fantôme, à la conscience comme rescapée de la mort.

La mort, c’est à elle qu’il pensait, seize ans auparavant, lorsque, sans explication, ses quatre meilleurs amis (deux garçons et deux filles, tous portant une couleur dans leur prénom), lui ont tourné le dos, à lui, l’incolore Tsukuru Tazaki, particule solitaire d’une entité qui le rejette soudain. La tristesse est montée, la tristesse s’est répandue comme un liquide amer dans le vide d’une existence soudain délaissée, puis la tristesse s’est tassée : malgré une blessure toujours ouverte, il a fallu passer à autre chose, s’éloigner des abîmes de la solitude, devenir adulte.

La raison de cette brusque séparation, Tsukuru Tazaki n’a jamais cherché à la découvrir, jusqu’au jour où il rencontre Sara. Et contre un sentiment qu’il découvre à peine – l’amour – Tsukuru part en quête des réponses qui lui manquent pour panser, une fois pour toutes, la déchirure de ces amitiés perdues.

Voilà donc tout l’art de Murakami : à partir d’un plot banal (avec l’écueil éventuel de finir en débauche de bons sentiments), l’écrivain, d’une plume simple et visant juste, nous met face à une introspection contemplative de son héros, toute en finesse et en métaphores. L’on retrouve dans L’incolore […] les indispensables piliers du registre Murakamien (compilés dans le bingo ci-dessous) : l’adolescence, l’ennui, les stations de train, un érotisme rêvé… Et tous ces ingrédients, cuisinés dans le bain d’une écriture relaxante, nous livrent un portrait très émouvant de la solitude du héros.

Bingo Murakami

Peut-être trop court, quelquefois trop appuyé (malgré la plume délicate, j’ai relevé quelques passages soulignant à gros trait ce qui était joliment évoqué quelques pages plus haut), L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage ne rejoint pas pour autant, selon moi, le top 5 des pépites de l’auteur : forcément, avec une écriture qui ne me déçoit jamais, le moindre faux-pas, aussi minime soit-il, sonne comme une aberration. Pour autant, partager les aventures de Tsukuru au creux de son existence m’a transportée, et je conseille cette lecture à quiconque voudrait découvrir Murakami et son univers.

Une bonne nouvelle pour finir ?
En France, le bouquin vient de paraître en poche, chez 10-18 !
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