Bouquin #25 : Le Rouge et le Noir, de Stendhal

[Le Rouge et le Noir – Stendhal – 1830]

J’ai ouvert Le Rouge et le Noir comme l’on s’attelle à une tâche fastidieuse mais nécessaire : dans mon esprit de jeune lectrice au seuil d’une Culture déifiée, il fallait que je lise ce classique connu de tous et pilier du patrimoine littéraire français. Ce fut sans doute là une erreur de débutante, je le reconnais : peu préparée, j’ai été déroutée par la densité historique de l’œuvre, publiée en 1830 et véritable fresque sociale et politique de la France sous une Restauration menacée. Cependant, si les nombreuses longueurs du récit m’ont quelquefois perdue et souvent conduite au sommeil, la plume conventionnelle mais fluide de Stendhal m’a elle, paradoxalement, tenue en alerte et permis d’aller au bout des aventures de son héros Julien Sorel.

[Edit : ne vous fiez surtout pas à mon embryon d’analyse, s’il en est : je suis passée à côté de la majeure partie de l’oeuvre. Eh oui, ça arrive !]

Le Rouge et le Noir

Ledit Sorel, donc, est fils de charpentier à Verrières, village Franc-comtois qui, malgré ses airs tranquilles, s’agite en creux sous les tensions politiques et miniaturise à lui seul la jalousie et la perfidie suintant des hauts milieux français du début XIXe. C’est d’ailleurs ce que j’ai préféré dans le récit : le regard aigu et vaguement ironique de Stendhal sur les préoccupations des beaux salons parisiens comme des élites de campagne, et ce malgré mon ignorance crasse des courants politico-religieux de l’époque.

Mais revenons-en au héros Julien : à vingt ans, ambitieux, plus intellectuel que manuel, il sera tiré de la misère sociale en devenant précepteur des enfants du maire de village. De fil en aiguille, le jeune homme entrera au séminaire (un passage délicieux où les liens étroits entre État et Église sont décortiqués par l’auteur). Julien intègrera ensuite les beaux milieux de Paris, toujours comme subalterne mais bouffi d’une ambition hypocrite et sans limite. Fragile jeunesse dans un monde de requins…

Cette ascension sociale prétexte ainsi un regard plus global sur la société post-Napoléonienne, et c’est ici que le lecteur novice et sans références s’ennuie parfois et se perd souvent.

Pour autant, plus qu’un roman à l’âme purement historique, Le Rouge et le Noir se révèle aussi sous son aspect psychologique : le sujet Julien est passé au crible et ses émotions détaillées comme en miroir des tourments de l’auteur. Pour ceux qui, comme moi, ne sont pas au fait des évènements de l’époque, ce côté introspectif (et notamment les deux histoires d’amour qui donneront lieu à une fin grandiose) vous permettront de tenir, on l’espère… Attendez-vous tout de même à des longueurs pénibles, surtout dans la deuxième partie… mais le final, mémorable et tragique, en vaut la peine.

Advertisements

10 réflexions sur “Bouquin #25 : Le Rouge et le Noir, de Stendhal

  1. Il est parfois difficile de lire de « grands classiques », lorsque l’histoire a déjà été partiellement dévoilée par nos souvenirs d’élèves ayant dû plancher sur tel ou tel extrait. Personnellement, je n’ai pas eu envie de relire Le Rouge et le Noir à l’âge adulte. En revanche, j’ai dévoré La Chartreuse de Parme du même auteur, à propos duquel je ne savais presque rien avant ma lecture, et j’ai littéralement adoré !

    litteratureportesouvertes.wordpress.com

    Aimé par 1 personne

  2. Effectivement, on sent en lisant ta chronique sur tu es un peu passée à côté de l’œuvre, pas étonnant, alors, que tu te sois ennuyée pendant la lecture. En fait, Stendhal, même s’il est un pilier patrimonial de la littérature française, n’a rien de « conventionnel », au contraire, c’est un peu un « inclassable » (ce que détestent les universitaires qui aiment tant mettre nos auteurs dans des cases !). Tu as senti une vague ironie, ce qui est une bonne intuition, mais Stendhal est totalement ironique de bout en bout du roman. Julien Sorel, archétype du héros romantique, est une grotesque tête-à-claques arriviste que Stendhal s’emploie à nous faire adorer détester ! Avec ce personnage, Stendhal détourne les stéréotypes romantiques initiés par Chateaubriand en France, en confrontant ses tourments de l’âme à son ambition grandiloquente et calculatrice. Difficile alors de voir dans Sorel l’alter égo de son auteur !
    Mais effectivement, c’est un roman difficile à appréhender sans y être un tant soit peu préparé : personnellement, je l’ai lu après avoir été parfaitement préparée par un stendhalien illustre, ce qui m’a permis de dévorer ce roman en quelques jours. Si je peux me permettre un conseil, je t’encourage vivement à ne pas rester sur cette mauvaise impression et relire ce roman après avoir acquis une solide culture en histoire de la littérature.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est effectivement ce que je compte faire, dans quelques années, lorsque ma culture sera moins parcellaire. Mais je suis ainsi : avide de tout découvrir, je le fais sans méthode et sans préparation, passant au travers de toutes les époques et de tous les pays pour, peut être au fond, pouvoir dire « je l’ai lu ». C’est surement une méthode déplorable, mais elle colle à mon âge et à ma génération : on souhaite tout découvrir, très vite et parfois très mal. Cela dit, j’ai bien senti mon erreur, dès les premières pages : c’est déjà un bon point !
      J’espère simplement que cette chronique ne donnera pas de fausses idées à ceux qui la liraient sans connaitre l’oeuvre de Stendhal : c’est pourquoi j’ai préféré mettre en avant mon expérience de lecture (ratée !) qu’une analyse que je serais bien incapable de livrer.

      Aimé par 1 personne

      1. Être « avide de tout découvrir… sans méthode et sans préparation » est tout sauf une méthode déplorable ! Au contraire ! Nous autres lecteurs nous laissons trop souvent « formater » et guider dans nos lectures (personnellement, je ne lis les préfaces des livres qu’après avoir lu le récit, et assez rarement en fait…). Une expérience de lecture, même si tu la juges ratée, est toujours enrichissante.
        Néanmoins, Stendhal est un iconoclaste, aussi, pour comprendre son œuvre, faut-il savoir à quels symboles et quels clichés il s’attaque ! Et peut-être que tu n’aimeras jamais Stendhal, cet écrivain mal-aimé, même avec davantage d’expérience !
        Ah ! Et le besoin d’assouvir très vite une irrépressible soif de connaissances n’est pas l’apanage des jeunes, dis donc !!! 😉

        Aimé par 1 personne

      2. Il n’y a pas de bien ni de mal quand la curiosité et la passion sont là. On ne vient pas sur votre blog pour prendre un cours de français ! Heureusement. On y trouve un ton plein de vitalité. Des auteurs très anciens s’attaquent à des concepts universels et intemporels, on peut les lire comme des contemporains (Montaigne), d’autres sont à remettre dans le jus de leur époque et certains de leurs codes sont moins lisibles sans une analyse du contexte. Mais je voudrais bien voir ce bon Stendhal face à un roman 2.O!
        Sylvie Arditi troisrouges.com

        Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s