Bouquin #20 : Our man in Havana (Notre agent à la Havane), de Graham Greene

[Notre agent à La Havane – Graham Greene – 1958]

En mars dernier, je découvrais Graham Greene avec son très sombre Brighton Rock, choisi au hasard sur les étagères d’un bouquiniste. Coup de foudre pour le style, la féroce tristesse des personnages, le rythme de l’histoire : je me promettais alors de revenir très vite à l’auteur. C’est chose faite aujourd’hui, avec l’excellent Our man in Havana : une histoire très drôle de (faux) espion alcoolique et menteur, portée par une plume d’une ironie délicieuse.

Our man in havana graham greene

La Havane, Cuba, à l’aube de la Guerre Froide. Jim Wormold, anglais expatrié au passé blanc comme neige, tente de vendre des aspirateurs dans cette cité vivant au rythme des coupures électriques. Évidemment, le business va mal, et le compte d’épargne du pauvre Jim fond comme un glaçon dans un verre de whisky, sous les dépenses capricieuses de sa fille Milly et les bourbons du Wonder Bar. Ainsi, lorsque le mystérieux agent Hawthorne lui propose d’enquêter pour le compte du MI6, salaire et primes à la clé, Wormold accepte sans sourciller.

Enquêter sur quoi, si ce n’est l’ennemi communiste dans une ville encore à l’abri du danger, ni notre antihéros ni le lecteur ne le sauront clairement, et c’est bien là la clé de l’intrigue et la source de tout l’humour sarcastique qui habille les aventures de Jim. Car Graham Greene, ayant lui-même servi au sein des renseignements britanniques, excelle à tourner en dérision les méthodes du MI6 : toutes les informations qu’envoie Wormold à Londres sont inventées et ces affabulations bernent aisément les recruteurs de notre espion du dimanche.

Mais à trop mentir et à déclarer des subalternes (inexistants, bien sûr) pour accumuler les primes, Jim Wormold joue avec le feu, jusqu’à déclencher une série de quiproquos sanglants (et toujours comiques) qui pimentent le récit d’une dose d’action bien méritée. Tout cela sous le soleil de Cuba, dans les rues d’une ville où argent et pouvoir jouent dans le même camp, quelques mois avant que les guérilleros de Castro s’emparent de la Havane.

Plus qu’un roman d’espionnage mâtiné d’humour, le récit de Graham Greene étaye ainsi un pan de l’Histoire, illustrant la faiblesse britannique après la catastrophe de Suez de 1956, et rendant compte d’une ville encore sous influence américaine, avec tout ce qu’il faut d’alcools, de filles de joie et d’expatriés heureux en bras de chemise. Rien que pour l’ambiance, Our man in Havana vaut bien le voyage.

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