Bouquin #19 : « Novecento : pianiste (un monologue) », d’Alessandro Baricco

[Novecento : pianiste – Alessandro Baricco – 1994]

J’aimerais cette chronique simple et juste, pour rendre un parfait hommage au texte d’Alessandro Baricco ; pourtant, face à la feuille vierge, je me sens tout à coup désemparée comme une petite enfant. Les mots les plus grandioses et les plus belles des emphases ne suffiront surement pas, alors laissez-moi me rabattre sur une supposition surannée mais efficace : à l’aube d’un grand départ pour une île déserte, je ne mettrais que Novecento : pianiste dans ma valise. Parce qu’il est de ces textes que l’on souhaite relire comme une drogue. Et que le récit nous prouve, tant par sa sobriété que par sa morale, que des limites naissent l’art, la création et son infini.

Novecento pianiste

L’œuvre, publiée en 1994, a d’abord été écrite pour les planches et jouée au festival d’Arsi, en Italie. Pour autant, Novecento : pianiste ne se limite pas à sa définition théâtrale : ni complètement nouvelle ni complètement monologue, le récit de Baricco a quelque chose d’hybride et de novateur, et on l’imagine tout autant conté sur scène face au public que dévoré dans une pénombre solitaire.

Le narrateur-comédien est trompettiste dans l’orchestre de bord du Virginian, bateau de croisière reliant l’Europe à l’Amérique, au crépuscule des années folles. Ce –celui – qu’il raconte, c’est Danny Boodman T.D. Lemon Novecento, pianiste virtuose dont la musique défie les sens, né sur le bateau pour ne jamais en descendre. Vivant mystère aux notes improbables, Novecento hante le bateau comme une âme de proue, et de cet espace borné dont il est devenu le rouage germe son plus grand art.

Ainsi qu’avec Soie, petite merveille littéraire à laquelle je reviens très souvent, Baricco livre, dans Novecento : pianiste, toute l’excellence de son art. Guidé par une plume nue et poétique, l’auteur italien a enfanté de la plus belle des pépites. Le texte, furtif et touchant, se lit avec lenteur et délectation, à haute voix ou en chuchotant, et offre un havre de paix sensible où s’abriter, déconnecté du présent.

Car c’est pour cela que les livres existent, non ?

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5 réflexions sur “Bouquin #19 : « Novecento : pianiste (un monologue) », d’Alessandro Baricco

  1. C’est un bouquin magnifique. En V.O., il y a en plus un rythme, une musique vraiment géniale dans le texte. J’ai également vu une pièce adaptée du roman. J’ai été un peu moins convaincue car comme c’est un monologue il faut vraiment que l’acteur soit exceptionnel et là ce n’était pas le cas (il n’était pas mauvais non plus, mais je n’ai pas retrouvé la fascination que j’éprouvais lors de la lecture…)

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