Bouquin #15 : The Ballad of a Small Player, de Lawrence Osborne

[The Ballad of a Small Player – Lawrence Osborne – 2014]

« A new Graham Greene », plaidait le Sunday Times en couverture. Rapide, efficace, la référence a fait mouche et The Ballad of a Small Player, trouvé lors de mon marathon des bookshops à Londres, s’est rajouté à ma Pile à lire. (Que les éditions anglophones sont douées pour étaler les éloges de la presse entre le titre et le nom de l’auteur !) Si je n’ai pas lu assez de Greene pour clairement observer le rapprochement avec Osborne, je peux cependant affirmer ceci : The Ballad of a Small Player est bon, vraiment bon, et malgré un scenario un brin trop maigre, le roman initie aux deux voyages : la découverte de Macau, ancienne colonie portugaise devenue nid de parieurs maladifs, et l’exploration de l’Homme, son rapport à l’argent et sa faim de petites victoires.

The ballad of a small player review

L’Homme, ici, est incarné en la personne de Lord Doyle, qui n’a de lord que le nom. Installé à Macau, très, très loin à l’est du monde, il parie et crame de l’argent sale, siphonné des comptes d’une riche veuve anglaise dont il eut autrefois la tutelle. Son sport de hasard ? Le Punto blanco, version portugaise du Baccarat où lever un neuf en deux cartes (un natural dans le jargon des casinos) assure le gain. Lord Doyle perd beaucoup, gagne un peu, et dilapide sa fortune amaigrie, animé par un espoir fiévreux, porté par la religion absurde et frénétique des parieurs locaux, où le dieu Chance aspire beaucoup d’argent.

La chance, justement : elle sourit à Lord Doyle sous l’apparence d’une jeune prostituée, Dao-Ming, qui sauvera l’homme, fauché par le jeu, d’un embarras certain en réglant pour lui son opulente commande au comptoir d’un salon de luxe – le parieur n’avouant jamais au bas-monde l’état famélique de son portefeuille. Les deux âmes passeront quelques jours sur une île à l’écart des tables de jeu et de leur cash volatile : un moment de répit pour le lecteur, plongé dans une ambiance sereine, presque hors du temps, merveilleusement bien travaillée par l’auteur.

Mais Dao-Ming existe-t-elle vraiment ? Certains affirmeront à Lord Doyle l’avoir vu parler tout seul, et cette absence de certitude sur le rôle de la jeune femme affaiblit quelque peu le roman. Est-ce une métaphore de la chance ? Un ange de rédemption ? Un « fantôme », selon les croyances locales ? On aurait aimé en savoir plus, ou ne rien savoir du tout, mais surtout ne pas avoir à traquer l’énigme sur des pistes incertaines lancées d’un jet de plume.

Quoi qu’il en soit, Lord Doyle se refait une santé (financière) et, guidé par son addiction, quelques billets en poche, il joue. Les naturals se succèdent. L’homme devient riche. Riche. Riche encore. Et parie par défi, celui de remporter un nouveau pactole sans nom et sans visage, d’aller plus loin que la chance, de « voir jusqu’où… » car un bon parieur est un parieur qui ne craint pas la défaite, mais en savoure l’amertume.

Perdre au jeu, il n’en est plus question, mais, porté par une vague de chance malsaine et infinie, c’est son âme que Lord Doyle abandonne entre les cartes et le feutre des tables. Et voici là tout le sens du titre : la ballade se mue en une complainte erratique, portrait d’un homme creux, perdu dans une ville clinquante et absurde, royaume d’un argent sans valeur. S’il n’y a pas vraiment de plot, c’est que la vie de Lord Doyle elle-même ne suit aucun scenario, sinon celui, cyclonique, de la perte de soi.

Et pour ce regard porté sur l’homme riche et déchu, baigné dans le non-sens, le tout emmené par une écriture réaliste et très douée, The Ballad of a Small Player vaut assurément le détour.

[L’ouvrage n’a, pour l’instant, pas été traduit en français, et c’est bien dommage. Pour les anglophones, vous pouvez vous le procurer ici.]
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