Bouquin #13 : Less than zero (Moins que zéro), de Bret Easton Ellis

[Moins que zéro – Bret Easton Ellis – 1985]

J’ai quelque peu hésité avant de me lancer dans l’écriture de cette chronique. Car elle parle d’un livre… que je n’ai pas lu, ou plutôt, que j’ai abandonné au bout d’une cinquantaine de pages, tellement son écriture et sa vacuité m’ont mise hors de moi.

Less than zero

L’objet de cette colère, Less than zero, est pourtant tissé de la plume d’un des plus grands auteurs contemporains outre-Atlantique : la scandaleuse, glorifiée machine à best-sellers Bret Easton Ellis. Less than zero, sa debut novel, avait pétrifié l’Amérique lors de sa parution en 1985, portant sur le devant de la scène littéraire un jeune écrivain de 21 ans, aux mots frondeurs et au ton insolent.

Le plot ? Clay, freshman de 18 ans, rentre à Los Angeles pour Noël. Il boit, prend de la drogue, baise, et boit, et prend de la drogue, et baise, et boit, et… Le tout trimballé par une écriture simpliste et tiède, assemblage de mots je-m’en-foutiste et têtes-à-claque à la première personne du singulier. L’auteur, par une plume volontairement épurée, outrageusement inintéressante, cherchait surement à se passer de formes pour exposer, dans une crudité extrême, l’idiote et violente jeunesse de son personnage autant gorgé de thunes que d’acides. Las – ce stratagème, s’il a plu à certains, n’a pas fonctionné avec moi. Au bout de trois pages, je m’ennuyais, au bout de dix, je luttais pour garder le livre ouvert. Agacée, impatiente de voir s’opérer un changement moindre dans cette écriture linéaire et navrante.

Après quelques recherches sur Internet (Google, dis-moi, va-t-il se produire quelque chose d’un peu moins chiant que jusqu’à présent ?), j’ai tout de même lu une des scènes les plus insoutenables du roman : le viol collectif d’une esclave sexuelle de 12 ans, maintenue dans une léthargie d’étoile de mer par des intraveineuses d’héroïne. Scabreux, n’est-ce pas ? Pourtant, je n’ai rien ressenti. Ni empathie, ni dégoût. Juste cet ennui persistant face à une plume mécanique et fadasse qui n’a, une fois de plus, pas réussi – a-t-elle au moins essayé ? – à faire naître la moindre étincelle d’émotion entre deux grands soupirs.

Alors, j’ai abandonné. Frustrée et en colère. Avec l’amer ressenti d’avoir perdu mon temps, et le désir répulsif de ne plus voir ce livre répandre sa chiantise sur ma table de chevet, appelant plus à la corvée qu’au plaisir. Et de Bret Easton Ellis, je ne pense pas lire d’autres bafouillages (même American Psycho) de sitôt…

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12 réflexions sur “Bouquin #13 : Less than zero (Moins que zéro), de Bret Easton Ellis

  1. C’est vrai que ce n’est pas le meilleur roman de Bret Easton Ellis, bien que la plume témoigne judicieusement du désœuvrement de cette jeunesse que l’auteur décrit, jeunesse qui parvient vaguement à s’émouvoir devant le snuff movie évoqué dans ton article. Si je peux me permettre un conseil c’est de ne pas rester sur cette mauvaise impression et de lire Glamorama, à mon avis son meilleur titre !

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    1. Glamorama, c’est noté ! Je pensais plutôt me tourner vers American Psycho en premier (mais pas avant longtemps), étant donné qu’il s’agit d’une masterpiece, mais le style serait apparemment à peu près le même, et je crains une nouvelle déception… Donc je m’attellerai à Glamorama avant, lorsque je me sentirai capable de m’y lancer sans amertume.

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      1. Je te déconseille effectivement d’enchaîner un Bret Easton Ellis après un Nabokov ! Même si Glamorama est un très bon livre, totalement frénétique, il semblera bien fade après Lolita 🙂

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  2. Pas pour me faire l’avocat du diable mais juste pour défendre un auteur qui le mérite:
    Ne pensez-vous pas que cette vacuité et ce vide émotionnel que l’on ressent à la lecture de ce livre est peut-être précisément ce que Bret Easton Ellis veut transmettre au lecteur pour que celui-ci sache la détresse affective que connait la jeunesse dorée qu’il met en avant ?

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    1. C’est ce que je pense en effet, et j’en parle dans ma chronique : l’auteur se passe de formes dans le texte pour contraster avec son fond violent. Ça marche avec certains, ça n’a pas accroché avec moi.

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  3. C’est peut-être bête ce que je vais dire, mais je pense que nos colères littéraires veulent toujours dire quelque chose. Que ça n’est pas seulement qu’on n’accroche pas à un moment donné, mais que le livre contrevient sans le savoir à notre petit manuel littéraire inconscient.
    A vous lire, je pense que je n’apprécierais pas Ellis non plus. Si je recherche des styles épurés, le côté volontairement désincarné, le tableau amer d’une génération en perdition me mettraient mal à l’aise, et ne sont pas des thèmes qui m’intéressent s’ils sont seuls dans une œuvre (mis en regard d’autres, pourquoi pas ^^).
    Dans tous les cas, je pense qu’il ne faut pas avoir honte de ses colères littéraires. On se construit autant par nos modèles que par nos répulsions, après tout. 🙂

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  4. Alors moi je suis (presque) tout à fait de ton avis! J’ai lu le livre en entier et l’ai fini vendredi. C’est le livre le plus choquant et ennuyeux que j’ai lu de ma vie (à égalité avec Madame Bovary niveau chiant à mourir)! Tout d’abord contrairement à toi la scène du viol de la petite de 12 ans m’a dégoutté. Hélas c’était la seule action (si j’ose dire) du bouquin. Au cours de la lecture on commence à s’imaginer la suite. Par exemple, Clay va mourir d’un accident de voiture ou d’une overdose… Et bien non! Il retourne seulement à sa fac. Donc pas d’actions au début, au milieu ni même à la fin du livre. Quand à l’écriture, qui reflète le côté blasé de son héros, est d’un ennuie qui vous donne envie soit d’arrêter le livre soit de secouer ce gosse de riche pour qu’il arrête de faire des répétitions comme un gamin de 6 ans (et moi et machin et bidulle et çi et ça…). Donc voilà! Un livre que je ne conseillerai à personne.

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    1. Rien à rajouter, on est complètement d’accord (à part pour la scène du viol qui m’a complètement laissée de marbre, mais cela dit, je l’ai lue à part puisque j’avais abandonné le bouquin une soixantaine de pages avant.)
      Félicitations pour en être venue à bout !

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  5. Je savais bien que Bret Easton Ellis me disait quelque chose. Je ne connais absolument pas ce roman mais American Psycho si, et je voulais le lire il y a deux ou trois ans. Et je l’ai perdu…
    Enfin je note, Less than zero n’est vraiment pas pour moi.

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  6. Je comprends tout à fait le sentiment que tu évoques et c’est pour les même raisons que je trouve que c’est un livre à lire. Bret Easton Ellis est un auteur qui ne ménage pas son lecteur, d’autant plus choquant que le fond n’est pas loin d’être autobiographique.
    Je trouve très important de ressentir des choses en lisant, même si ce sont des choses désagréables. Bret Easton Ellis a réussi son coup avec ce premier roman de jeunesse.

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