Bouquin #10 : Les Vestiges du jour, de Kazuo Ishiguro

[Les vestiges du jour – Kazuo Ishiguro – 1989]

Que l’on aimerait, à 21 ans, avoir lu et savouré toutes les grandes œuvres de ce monde ! J’ai beau être attirée par les bouquins comme un papillon en soif de culture vers la lumière, il subsiste tant d’auteurs illustres que je n’ai pas encore lus. Kazuo Ishiguro était de ceux-là, jusqu’à ce que je déniche Les Vestiges du jour chez un bouquiniste de la Croix-Rousse, il y a quelques mois. Je me suis laissé tenter, intriguée par la poésie du titre, sans avoir la moindre idée de la qualité de l’écrivain et de la renommée de sa petite pépite (Man Booker Prize 1989, tout de même). Il ne m’a fallu que quelques lignes pour m’abandonner au livre, et me laisser couler dans les souvenirs de Mr Stevens, majordome d’une grande maison dans l’Angleterre de l’entre-deux guerres.

Les vestiges du jour

Il est extrêmement rare que je pleure sur un bouquin. Non pas que l’émotion ne soit jamais présente, mais en général, le rire me vient beaucoup plus facilement que les larmes. Les Vestiges du jour ont pour une fois changé la donne. Car dès les premières pages, je me suis sentie me jeter à corps perdu dans les souvenirs que nous relate Mr Stevens, majordome au crépuscule de sa carrière.

D’une plume sensible et pudique, Ishiguro observe le dévouement de toute une vie qu’a Mr Stevens envers son maître, Lord Darlington. A jamais lié à cette maison et à cet homme, le majordome s’efface et s’abandonne à une seule tâche dévote : servir les désirs du Lord et veiller au bon déroulement du quotidien intérieur. De vie personnelle, il n’est pas question : Mr Stevens ne respire que pour le travail, et pour cet idéal de dignité et de respect que l’on incombe aux plus humbles majordomes de l’Angleterre. Rien ne déviera ce grand homme de sa tâche, pas même le décès de son père, encore moins les sentiments qu’il développe pour l’intendante de la maison. Acharné mais pas fou, solitaire, passionné, le majordome Stevens est un homme de travail et de confiance, qu’Ishiguro sculpte d’une écriture fluide et un brin poudrée, dévoilant derrière le personnage strict et organisé une âme sensible et innocente face au monde extérieur.

Portrait touchant et maîtrisé à la perfection, Les Vestiges du jour se révèle également sous son aspect historique, et l’on entraperçoit, avec la discrétion du professionnel Stevens, les affaires diplomatiques de l’entre-deux guerres se tramer au secret des pierres de la maison Darlington. Souvent son maître prendra-t-il de mauvaises décisions en la matière, toujours le majordome dévoué le lui pardonnera, dans un religieux respect.

Et que dire de la fin, cette fin que l’on économise pour ne pas se séparer des récits de Mr Stevens, cette fin tendue d’espoir et de chagrin, cette fin où l’on pleure, d’abandon peut-être, d’admiration surement ! J’ai refermé Les Vestiges du jour chancelante et essoufflée, toute gorgée d’émotion, cette émotion qu’une jeune lectrice de 21 ans ressent, avec humilité, à la découverte d’un grand auteur, et de son œuvre magistrale.

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8 réflexions sur “Bouquin #10 : Les Vestiges du jour, de Kazuo Ishiguro

    1. Vraiment. Ce personnage est tellement bien travaillé par l’auteur, et c’est touchant de voir qu’il ne connaît que si peu la vie extérieure (et ses problèmes de badinage) puisqu’il a passé toute sa carrière au service d’une même maison !

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  1. Je n’avais jamais entendu parlé de ce bouquin, ni de cet illustre auteur mais tu as écrit juste ce qu’il fallait pour attiser ma curiosité et ça me fait un bouquin de plus sur ma wishlist ! Je reviendrais faire un tour par ici quand je l’aurais déniché, et lu 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Je n’en avais jamais entendu parler non plus avant d’être attirée par le titre. Vas y, fonce, c’est une merveille qui vaut le détour. Apparemment l’adaptation ciné est très belle aussi mais je ne l’ai pas vue.

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  2. « Les vestiges du jour » est un roman magistral que j’ai également chroniqué sur mon blog Vert Céladon. Il est à mon sens, un des plus grands livres parus ces dernières années. Le film qu’en a tiré James Ivory est également remarquable et je vous le conseille vivement, c’est un modèle d’adaptation, ce qui n’est pas toujours le cas au cinéma. Félicitations pour votre blog qui est très intéressant. Bien cordialement.

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