Bouquin #9 : La Chatte, de Colette

[La chatte – Colette – 1933]

Il y a tant à dire sur ce roman très court et très fort, tragédie étouffante à trois personnages : cet exécrable et misogyne Alain, cette jalouse et meurtrière Camille, et la chatte, Saha, idéal félin pour l’un et danger pour l’autre. La Chatte est le premier roman que je lis de Colette : j’ai été quelque peu déroutée par le style de l’écrit, sans raison, mais l’histoire, si riche et dramatique, m’a laissée sans voix.

La chatte

« Tous mes romans ressassent l’amour », écrivait Colette dans Mes apprentissages (merci la préface !). Ainsi en est-il pour La Chatte, théâtre d’un jeu de couple dangereux et sans issue. Alain, jeune nanti né dans la soie, épouse Camille, son amie d’enfance. Voici l’heure venue pour le couple de s’installer dans leur nouvelle vie : que va-t-il advenir de Saha, la chatte du jeune homme, à laquelle il voue un amour inégalé ?

Voici pour les bases de ce triptyque (dés)amoureux, où la chatte, silencieuse et sublimée, fait figure d’idéal féminin, de douceur fidèle, de port d’ancrage aux mélancoliques rêves d’enfance d’Alain. Le jeune marié cherche en sa femme Camille une beauté divine et immobile (« Mais il n’avait d’yeux que pour l’ombre. ʺQu’est-ce qu’elle est belle sur le mur ! Juste assez étirée, juste comme je l’aimerais. ʺ ») La réalité l’inconforte : Camille est imparfaite et exubérante, présente les défauts d’une jeune femme qui vit, loin du rêve idéaliste, empreint d’une misogynie d’ignorant, qu’en a Alain. La chatte Saha, d’une noblesse sans prix, devient alors pour le jeune homme une chimère symbolique, une amante idéale… et, pour Camille, une rivale à la sensualité dangereuse, qu’elle tentera d’éliminer.

J’ai souffert à la lecture de cette tragédie. Souffert pour Alain, grand enfant pathétique (ou, plus platoniquement, véritable connard), incapable d’aimer une femme, baigné par ses envies inavouées d’enfance et de sécurité dans sa grande propriété de Neuilly. Souffert pour Camille, ses efforts et ses envies de jeune femme qui se heurtent au dédain de son mari. Souffert, enfin, pour Saha, placée au centre de toutes les attentions mais victime malgré elle de l’amour aveugle que lui voue son maître.

Il m’a cependant été difficile d’accrocher au style de Colette, particulièrement lors des dialogues, qui, au début, m’ont souvent perdue. Passé ce fait, je me suis plu à observer les tristes chemins des personnages, dans une histoire tragique brillement mise en scène par l’auteur.

La Chatte, Colette, éditions Le livre de poche (éditeur d’origine Hachette), 1971, 192 pages.
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