Bouquin #5 : Brighton Rock (Rocher de Brighton), de Graham Greene

[Rocher de Brighton – Graham Greene – 1938]

Inculte littéraire en rémission que je suis, j’applique une théorie bien à moi pour dénicher de bons romans sur les étagères des bouquinistes : plus il y a de livres du même auteur, plus l’auteur est bon. Car oui, shame on me, shame on the fool I am, je ne connaissais pas Graham Greene. J’ai donc choisi Brighton Rock en mode random sur une étagère de bouquins de la même plume et, bien que le démarrage ait été difficile, l’anglais argotique des années 1930 n’aidant pas, j’ai fini par pleinement accrocher à l’histoire, à la fois sombre et cruelle, mais aussi candide par la jeunesse des ses protagonistes.

Brighton rock

Pinkie, 17 ans, malin et sans pitié, a tué un homme, nous apprend le résumé. Fred (Charles ?) Hale, la malheureuse victime d’une vengeance, meurt ainsi au premier chapitre. Et nous voilà plongés dans un Brighton pauvre et sombre, bien loin de son glamour touristique, un Brighton régi par des voyous en bandes, prêts à tout pour asseoir leur pouvoir, mais victimes malgré eux d’un cercle vicieux les liant à jamais à cette ville dont ils ne sortiront pas. Pour assurer ses arrières, Pinkie se marie à Rose, pauvre serveuse docile et influençable, témoin indirect du meurtre. Et l’on suit l’itinéraire sans issue de ces deux gamins aux destins brisés d’avance, aux ailes coupées par la force des choses.

Les cent premières pages ont été pour moi les plus ardues à assimiler : qui s’oppose à qui, pourquoi… Ces questions me taraudaient l’esprit, et m’ont obligée, à plusieurs reprises, à revenir en arrière pour retrouver les réponses au fil des pages. Puis j’ai décidé, pour ne plus ralentir ma lecture, de me laisser aller sans trop m’interroger. Peu importent les motivations viles des personnages : dans ce bas-monde que nous conte Greene, il n’y a pas de place pour la morale. Dès lors, Brighton Rock est devenu pour moi un théâtre des pauvres âmes, où l’on observe, avec pitié et effroi, l’évolution (la stagnation ?) de Pinkie, mu par une fierté aveugle, de Rose, soumise et sans jugement, et l’effort pugnace d’Ida Arnold, femme curieuse et généreuse jetée en travers du récit pour sauver ces deux mômes de leur bourbier de vie.

Liés par leur religion, catholique, plutôt que par amour, Pinkie et Rose s’enfoncent au fil des pages dans le « pêché mortel », persuadés (et presque enorgueillis) de leur damnation. L’impétueuse Ida, figure de justice, multipliera les efforts pour tenter d’arracher Rose, innocente et dévouée, à son gamin de mari, et de lui expliquer le diptyque Bien et Mal – deux notions que la jeune fille ne semble pas comprendre. Le final, tourmenté, grandiose, cinématographique (Greene ayant écrit Brighton Rock dans le but de l’adapter facilement à l’écran), porte le drame à son paroxysme, mêlant sur scène raison et morale, repentance, et, on l’espère, pardon.

Pour une première lecture de cet auteur britannique, et malgré quelque peine à me plonger dans le récit, Brighton Rock m’a aisément convaincue ! Je file donc chez mon bouquiniste me procurer plus de Graham Greene… en VO bien sur !

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2 réflexions sur “Bouquin #5 : Brighton Rock (Rocher de Brighton), de Graham Greene

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